À Paris, dans le 18e arrondissement, Le Point d’Accroche est l’atelier de Wolfgang Früh, maître luthier spécialisé dans les instruments à cordes pincées pour les musiques anciennes et orientales. Depuis 1995, il fabrique des instruments à la main, restaure des pièces anciennes et accompagne les musiciens dans leurs choix de cordes, de réglage et de location. L’atelier accueille des projets très différents : un luth destiné à un répertoire Renaissance, un théorbe pour la basse continue, une guitare baroque, une vihuela, une mandoline ou un aoud. Chaque demande commence par une écoute du musicien et de sa pratique.
Le travail de Wolfgang Früh se situe entre patrimoine et création. Un instrument neuf peut suivre un plan historique, reprendre un modèle documenté ou être défini avec un musicien qui cherche une réponse particulière. Une restauration doit préserver l’histoire, la voix et la matière de l’instrument tout en permettant son usage. Dans les deux cas, le geste repose sur l’observation, l’ajustement et l’écoute. De la sélection du bois au montage des cordes, les étapes sont décidées au plus près de la pièce et de la sonorité recherchée.
La formation de Wolfgang Früh commence en Italie. Né à Aoste en 1970, il étudie d’abord au lycée scientifique puis entame un cursus d’ingénierie au Politecnico de Milan. En 1994, il choisit une autre voie et rejoint la Scuola statale di Liuteria Antonio Stradivari à Crémone. Il y obtient son diplôme de luthier en 1998 dans la classe du maître Stefano Conia. Cette école lui transmet les techniques de construction, la lecture des modèles et la rigueur nécessaire à la restauration d’instruments historiques.
Après Crémone, il fréquente plusieurs ateliers et fabrique ses premiers instruments chez lui. Son expérience dans le laboratoire d’Alessandro Voltini devient une étape déterminante. Il y travaille sur des instruments neufs, la restauration, la mise au point acoustique et la finition des vernis. La réalisation d’un instrument sous supervision lui apprend à relier chaque décision de construction à la réponse obtenue sous les doigts et à l’archet. Ce rapport entre la matière, la vibration et le musicien reste présent dans sa pratique actuelle.
L’atelier propose une famille de luths destinée à plusieurs répertoires. Le luth Renaissance, le luth soprano et le luth à dix chœurs répondent à des tessitures et à des usages distincts. Le luth baroque et le luth baroque théorbé s’inscrivent dans d’autres traditions de construction. Un luth oriental complète cette gamme. Les longs manches comprennent l’archiluth et le théorbe ; un chitarrone peut être étudié sur demande. Cette diversité permet de choisir un instrument en fonction de l’accordage, du diapason, du nombre de chœurs et de la musique jouée.
La section consacrée aux guitares et à la vihuela comprend une guitare Renaissance, une guitare baroque française, une guitare baroque de type Voboam et des vihuelas. Les mandolines se déclinent en modèles milanais, napolitain, napolitain décoré et brescian. Chaque catégorie possède ses proportions, son registre, sa tension de cordes et son rôle musical. Le choix d’un modèle ne se réduit donc pas à une silhouette : il dépend du répertoire, de la position de jeu, de l’accordage et de la manière dont le musicien souhaite faire respirer les phrases.
La commande est organisée comme un dialogue en quatre temps. Le premier échange porte sur le répertoire, l’accordage, la projection et les habitudes de jeu. Le musicien peut décrire une sensation recherchée, un instrument qu’il apprécie ou une difficulté rencontrée avec son modèle actuel. Vient ensuite le choix du modèle : plan historique, diapason, nombre de chœurs et essences de bois sont mis en relation. La fabrication se déroule à l’atelier et les remarques du musicien peuvent être intégrées au fil du processus. Enfin, le montage, les réglages et la mise au point accompagnent l’instrument jusqu’à son équilibre.
Cette méthode laisse une place à l’essai et à l’écoute. Un instrument qui semble convaincant à vide peut répondre autrement dans une salle ou sous les doigts d’un musicien. La projection, la couleur, l’attaque et le sustain se jugent en jouant. Le luthier peut modifier une hauteur, une courbure, un chevalet ou une tension afin de rapprocher la réponse de l’usage prévu. Le musicien reste associé à la mise au point et peut préciser ce qu’il ressent, ce qui donne au réglage une direction concrète.
La restauration-conservation constitue un autre axe de l’atelier. Wolfgang Früh est habilité par la Direction des Musées de France et a participé à des projets pour des collections publiques, notamment à la Cité de la Musique à Paris et au Musée de la lutherie à Mirecourt. Une pièce ancienne demande de distinguer ce qui relève de sa construction, de ses transformations et de ses fragilités. L’intervention vise à stabiliser l’instrument, préserver les éléments significatifs et rendre sa voix à nouveau accessible sans effacer les traces de son histoire.
La conservation se prépare avec soin. Une fissure, un décollement, une déformation ou une ancienne réparation ne se traite pas de la même manière. Le luthier observe les bois, les collages, les vernis et les tensions exercées par les cordes. Il établit une stratégie qui peut privilégier une intervention minimale ou prévoir une remise en état plus large lorsque la jouabilité et la sécurité de l’instrument le demandent. Les décisions sont expliquées au propriétaire ou à l’institution afin de respecter la valeur patrimoniale et l’usage musical.
Le choix des cordes fait partie du service. Le Point d’Accroche propose des cordes en boyau, nylon, fluorocarbone, métal et matériaux synthétiques. La matière influence la tension, la souplesse, l’attaque et la couleur. Une corde en boyau peut répondre à une recherche historique et expressive ; une corde synthétique peut offrir une stabilité adaptée à une pratique régulière. Le choix dépend aussi du diapason, du chevalet, de la construction et du répertoire. L’atelier peut aider le musicien à comparer plusieurs solutions plutôt qu’à retenir une référence uniquement par habitude.
La location offre un accès souple aux instruments. Elle peut convenir à une personne qui découvre un répertoire, prépare un concert ou souhaite disposer d’un instrument pendant un projet limité dans le temps. Cette formule permet d’essayer une famille d’instruments sans investir immédiatement dans une fabrication ou un achat. Un échange préalable précise la durée, le niveau, le contexte musical et les attentes afin de proposer un instrument adapté.
La visite de l’atelier se prépare sur rendez-vous conseillé. Le site indique des horaires habituels du mardi au vendredi après-midi et le samedi matin puis après-midi, avec des fermetures ponctuelles annoncées pour les vacances ou une journée d’inventaire. Pour un déplacement lointain, un appel préalable permet de confirmer l’ouverture et de préparer l’essai. Le musicien peut venir avec ses partitions, ses cordes ou un instrument à comparer.
Le dépôt-vente complète les activités de fabrication, de restauration et de location. Un instrument qui change de propriétaire peut être présenté, examiné et remis en état avant d’être proposé. Le luthier apporte son regard sur la construction, l’état, la jouabilité et la cohérence avec le projet du futur musicien. Cette médiation permet de donner une nouvelle vie à un instrument sans le détacher de son histoire.
Le Point d’Accroche s’adresse à des musiciens aux profils variés. Un étudiant peut chercher un instrument d’étude fiable ou louer un modèle avant de choisir. Un professionnel peut commander un luth correspondant à un répertoire précis, faire restaurer une pièce ancienne ou ajuster la tension des cordes. Un ensemble de musique ancienne peut demander plusieurs instruments cohérents. Un collectionneur peut solliciter une intervention de conservation. Dans chaque cas, l’échange porte sur l’instrument réel, la manière dont il sera joué et la durée du projet.
La fabrication manuelle demande du temps et une succession d’étapes peu visibles. Le bois doit être sélectionné, préparé et mis en forme ; les épaisseurs et les barrages influencent la vibration ; les assemblages doivent rester précis ; le vernis protège et colore sans étouffer la réponse. Le montage des cordes révèle ensuite le caractère de l’instrument et fait apparaître les réglages nécessaires. Cette progression explique pourquoi un modèle historique et un projet personnel ne se construisent pas de la même façon, même lorsqu’ils partagent une silhouette.
À Paris, Wolfgang Früh fait vivre une lutherie où le geste ancien reste ouvert aux besoins du présent. Luths, théorbes, archiluths, guitares baroques, vihuelas, mandolines et aouds sont fabriqués ou restaurés avec une attention portée au répertoire et à la personne qui joue. Cordes, location, dépôt-vente, essais et maintenance prolongent la relation avec l’instrument après sa sortie de l’atelier. Le Point d’Accroche offre ainsi un lieu de dialogue entre patrimoine, création et pratique musicale, où chaque réglage cherche à rendre le son plus libre et le musicien plus confiant.