À Courtefontaine, dans le Jura, Le Prieuré réunit haut artisanat d’art, gravure, design graphique et création d’objets. L’atelier travaille à partir d’histoires, d’archives, de symboles et de récits pour concevoir des pièces qui associent une image, une matière et un geste. Les papiers dominotés occupent une place singulière dans cet ensemble : imprimés manuellement, parfois fondés sur une xylogravure et rehaussés de retouches peintes, ils donnent au décor une présence à la fois graphique et sensible. Chaque feuille peut porter un motif, une mémoire ou une intention décorative.
Le fondateur, Alexandre Aubertin, a grandi au sein de la Manufacture d’Orgues Bernard Aubertin, dans une famille où le travail de la matière et la recherche du beau occupaient une place quotidienne. Il a commencé un parcours d’ébéniste à dix-huit ans, puis a poursuivi ses études à l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Franche-Comté. Sa rencontre avec le Maître d’Art Didier Mutel l’a conduit vers la gravure en taille-douce. Une formation en sciences humaines et en design aux États-Unis a ensuite élargi son approche. Le Prieuré naît de ce croisement entre savoir-faire manuel, culture visuelle et désir de raconter des histoires par l’objet.
Cyril Guffroy, graveur-imprimeur et cofondateur, a lui aussi découvert la gravure auprès de Didier Mutel pendant ses études aux Beaux-Arts de Franche-Comté. Son travail s’attache aux traces laissées par le geste sur la plaque, au rapport entre lumière et encre et à la précision de l’impression. Dans une estampe, chaque ligne modifie la densité du noir, la profondeur d’un fond ou la lisibilité d’un détail. Cette compétence nourrit les projets du Prieuré, depuis la préparation d’un motif jusqu’au choix du papier et à la mise en relation des différentes étapes.
La dominoterie peinte à la main commence par une composition dessinée pour un usage précis. Il peut s’agir d’un décor destiné à un particulier, d’une image à intégrer dans un projet d’intérieur ou d’une création conçue autour d’un récit. La xylogravure fournit la structure du motif : la planche gravée transmet les lignes au papier et impose une relation particulière entre les pleins et les réserves. Des retouches peintes à la main viennent ensuite enrichir l’image. Elles peuvent renforcer une teinte, donner du relief à un détail ou introduire une nuance qui ne serait pas obtenue par la seule impression.
Le papier dominoté floral explore la mémoire des décors du XVIIIe siècle. Le Prieuré présente une estampe imprimée manuellement en monochromie, inspirée de motifs floraux anciens et réinterprétée pour des projets décoratifs contemporains. Une composition florale doit rester lisible tout en créant un rythme sur la feuille. Les tiges, les feuilles, les fleurs et les espaces laissés en réserve construisent une circulation du regard. Le choix du format, de l’échelle et de la teinte permet d’adapter cette écriture à un panneau, à un objet ou à une composition plus vaste.
Les papiers dominotés à deux tons mettent la couleur au premier plan. Une impression en bichromie ne consiste pas seulement à juxtaposer deux teintes : elle demande de décider quelles lignes seront portées par chaque couleur et comment elles se répondront. Un ton peut dessiner la structure tandis qu’un autre installe un fond, souligne un motif ou crée une profondeur. Le Prieuré a conçu une telle collection pour un décorateur et un architecte d’intérieur. Le papier devient alors une partie d’un projet global, en dialogue avec les murs, les bois, les textiles et les objets de la pièce.
La recherche symbolique intervient dans les projets décoratifs sur mesure. Un commanditaire peut apporter un signe, une histoire familiale, une référence à un territoire ou un univers visuel. L’atelier transforme ces éléments en composition, en choisissant un vocabulaire de formes, une organisation des masses et une palette cohérente. Le motif ne doit pas seulement être joli : il doit porter une intention et rester compréhensible dans le format retenu. Cette attention donne aux papiers dominotés une dimension narrative, qu’ils soient destinés à un intérieur, à un écrin ou à une édition d’art.
Les estampes d’art montrent comment la gravure peut faire vivre des récits historiques et mythologiques. L’atelier présente notamment une estampe consacrée à Méduse, une autre autour de Mars, ainsi que des compositions liées à Saint Louis, au Memento Mori, à l’aigle du Premier Empire ou à des légendes franc-comtoises. Ces sujets ne sont pas traités de manière uniforme. Une figure peut être isolée dans un espace très dépouillé, inscrite dans un décor plus dense ou accompagnée d’éléments symboliques. La taille-douce, la xylogravure et la dorure permettent de varier les effets de ligne, de matière et de lumière.
Le travail sur le patrimoine apparaît aussi dans les projets menés autour des Archives Aubertin. Des marque-pages et des estampes sont gravés sur bois puis imprimés sur parchemin ou papier coton. Le choix du support modifie la sensation de l’objet et sa relation au temps. Le parchemin introduit une matière souple et résistante, tandis que le papier coton offre une surface adaptée à l’impression et à la conservation. Le dessin, la typographie et les marquages d’archives sont réunis pour prolonger la mémoire de la facture d’orgue et transmettre un savoir-faire au-delà de l’objet initial.
Le Prieuré associe également gravure et matières nobles dans des objets de petite ou de grande échelle. Un luminaire en bois et parchemin met la surface du parchemin en relation avec la lumière. Un serre-livre en chêne du Jura recouvert de cuir gaufré transforme un objet fonctionnel en pièce de collection, avec des motifs dessinés et réalisés à la main. La maroquinerie gaufrée utilise le relief pour faire apparaître un signe ou un décor sur le cuir. Dans chacun de ces cas, le support impose ses propres contraintes : le papier se plie et s’imprime, le bois se sculpte, le cuir se presse, le parchemin filtre la lumière.
L’atelier développe des identités visuelles et des packagings lorsque le récit d’une marque doit se prolonger dans des objets physiques. Une typographie sur mesure, une estampe, un papier imprimé ou un étui peuvent partager le même langage. Pour une petite série, la répétition doit rester régulière tout en conservant la présence du geste. Pour une pièce unique, la composition peut être poussée plus loin et intégrer des choix spécifiques de matière, de dorure ou de finition. Le Prieuré travaille ainsi à la rencontre de la création artistique et de l’usage, sans séparer le dessin de la manière dont l’objet sera tenu, offert ou exposé.
La préparation d’un projet commence par les documents et les intentions du commanditaire. Archives, photographies, textes, croquis, références historiques ou symboles peuvent servir de point de départ. L’atelier étudie ensuite le format, le support, la technique et le niveau de détail souhaité. Une estampe destinée à être encadrée ne demande pas le même équilibre qu’un papier dominoté prévu pour un décor intérieur. Une impression sur soie, sur parchemin, sur papier coton ou sur un support destiné au gaufrage appelle également des essais adaptés. Le choix du procédé accompagne donc le sens du projet.
À Courtefontaine, Le Prieuré fait dialoguer gravure en taille-douce, xylogravure, impression manuelle, retouches peintes, dorure, gaufrage et design graphique. Ses papiers dominotés floraux, ses créations bichromes et ses projets décoratifs sur mesure prolongent une tradition ornementale dans des usages actuels. Les estampes, les objets en bois et parchemin, la maroquinerie gaufrée, les packagings et les identités visuelles composent un même univers où l’histoire devient matière. Les dimensions, le support, la technique, les finitions et le calendrier sont à définir directement avec l’atelier.