À Albi, dans le Tarn, Les Artisans du Cadre réunissent deux métiers complémentaires : l’encadrement d’art et la dorure sur bois. Magali Hauret et Raphaël Cierco accueillent particuliers et professionnels autour de projets qui peuvent concerner une peinture, un dessin, une photographie, un objet ou un cadre ancien. Leur atelier associe le conseil, la fabrication sur mesure, la restauration du bois doré et la recherche d’une présentation adaptée à chaque œuvre.
Le cadre ne sert pas uniquement à entourer une image. Il crée une distance, protège les bords, organise le regard et établit un rapport entre l’œuvre et le mur qui la reçoit. La largeur d’une baguette, sa profondeur, sa couleur et son profil modifient la perception d’un tableau ou d’un document. Un encadrement peut souligner une ligne, calmer un contraste ou créer une transition entre une œuvre et son environnement. Le choix se fait donc en fonction du format, des couleurs, de la matière et de l’effet recherché.
Raphaël Cierco est encadreur. Pendant son apprentissage, il a découvert le métier dans un atelier attaché à un savoir-faire traditionnel, puis il a diversifié ses expériences dans différents ateliers parisiens. Il a notamment travaillé à la préparation d’expositions dans des musées et dans des ateliers plus classiques. Ce parcours lui a apporté une connaissance de situations variées, depuis la présentation d’œuvres destinées à être montrées au public jusqu’aux demandes plus personnelles d’un particulier.
Son travail couvre l’encadrement sur mesure de nombreux supports : dessin, aquarelle, tableau, gravure, photographie, sérigraphie, lithographie, affiche, soie, maillot et objet d’art. Chaque support possède ses propres contraintes. Une aquarelle ou une photographie doit être maintenue sans contact dommageable ; une toile peut nécessiter un châssis adapté à sa tension ; un textile ou un maillot demande un montage qui soutient la pièce sans la déformer ; un objet d’art exige une présentation qui respecte son volume et sa stabilité.
Les Artisans du Cadre réalisent plusieurs types de montages. Le passe-partout biseauté crée une marge autour du document et dirige le regard vers son centre. Le sous-verre bordé permet de présenter une œuvre avec une séparation nette entre le support et la vitre. Le montage entre deux verres donne une impression de légèreté et peut laisser visibles les deux faces d’un élément. La caisse américaine offre une présentation adaptée à certaines toiles et laisse un espace entre la peinture et la structure extérieure. Le boîtage et le sujet flottant répondent à des objets ou à des documents qui demandent une mise en scène particulière.
La conservation des documents guide le choix des matériaux. L’atelier utilise des matériaux sans acide afin de limiter les risques liés au contact prolongé avec le support. Le verre anti-reflets améliore la lecture en réduisant les reflets de la lumière ambiante. Le verre anti-UV contribue à protéger les couleurs et les fibres sensibles contre une partie des rayonnements ultraviolets. Ces choix ne remplacent pas une bonne exposition, mais ils participent à une présentation plus attentive de l’œuvre.
Le montage doit aussi tenir compte de la circulation de l’air, de la distance entre la pièce et le verre et de la manière dont le document sera maintenu. Un papier, une photographie ou une gravure peut réagir aux variations de température et d’humidité. Une fixation trop contrainte risque de marquer le support ; une fixation insuffisante peut provoquer un déplacement. La qualité d’un encadrement se voit dans son apparence, mais elle dépend aussi de solutions discrètes qui maintiennent l’œuvre sans attirer l’attention sur elles.
Magali Hauret est doreuse sur bois. Son parcours a commencé par un CAP d’ébénisterie, suivi d’un CAP de sculpture sur bois obtenu au Lycée de l’Ameublement de Revel. Elle a continué au Lycée des Métiers d’Art de Coarraze avec un BMA d’ébénisterie. Après un apprentissage en dorure sur bois, elle a perfectionné ses gestes et enrichi sa pratique dans un atelier parisien reconnu. Cette progression relie la connaissance de la construction en bois, la compréhension du relief sculpté et le traitement des surfaces dorées.
La dorure sur bois concerne des cadres anciens, des mobiliers et des objets sculptés. Le bois doré peut présenter des éclats, des manques, des fissures ou des zones où les apprêts se sont fragilisés. Avant de poser une nouvelle feuille, il faut comprendre l’état de la surface et la place du décor. Les moulures, les angles et les reliefs ne reçoivent pas la lumière de la même manière. Une réparation locale doit s’intégrer à l’ensemble sans effacer les traces qui appartiennent à l’histoire de l’objet.
La dorure à la feuille d’or demande une préparation précise. Les couches qui donnent sa régularité à la surface doivent être suffisamment stables pour recevoir la feuille. Les apprêts, les reliefs et les zones de transition conditionnent la netteté du résultat. La feuille d’or est très fine et réagit au geste, à l’air et à la préparation du support. Le doreur travaille donc avec patience, en suivant le profil de la sculpture et la continuité du décor.
Deux techniques traditionnelles sont mentionnées pour les restaurations de l’atelier : la dorure à la détrempe et la dorure à la mixtion. Elles ne produisent pas la même relation à la surface ni la même manière de poser la feuille. La détrempe s’inscrit dans une préparation à base d’eau et permet des finitions caractéristiques de la dorure traditionnelle. La mixtion utilise un mordant adapté à la pose de la feuille. Le choix dépend de l’objet, de son état et de l’effet recherché sur les différentes parties du décor.
La restauration d’un cadre doré peut comporter plusieurs opérations. Les apprêts d’origine peuvent être renforcés lorsqu’ils se soulèvent ou présentent une faiblesse. Une surface peut être nettoyée ou éclaircie avec mesure afin de retrouver une lecture plus équilibrée. Une reparure peut être nécessaire lorsqu’un relief ou un ornement a disparu. L’assiette, qui participe à la préparation de la dorure, est ensuite posée avant l’application des feuilles. Chaque étape doit tenir compte de la précédente et du caractère de la pièce.
Une réalisation présentée par l’atelier montre cette succession de gestes : renfort des apprêts d’origine, nettoyage, reparure, pose de l’assiette puis application des feuilles d’or. Le cadre n’est pas traité comme une simple bordure. Ses reliefs, ses angles et ses moulures sont considérés dans leur continuité. La reparure redonne une forme aux parties manquantes, mais elle doit rester lisible comme une intervention de restauration. L’objectif est de rendre au cadre sa cohérence visuelle et sa stabilité sans fabriquer une surface uniforme qui ferait disparaître son passé.
Les Artisans du Cadre travaillent également avec des professionnels spécialisés pour la restauration de peinture et de papier. Cette coopération est adaptée aux œuvres dont le support ou la surface nécessite des compétences spécifiques. L’encadreur prépare la présentation et la protection, tandis que le restaurateur intervient sur la matière de l’œuvre elle-même. La distinction entre ces actions permet de choisir les bons gestes et de préserver l’intégrité du document, de la toile ou de l’objet.
Un encadrement peut accompagner une peinture ancienne, un dessin fragile ou une œuvre contemporaine. Pour une toile, l’atelier réalise notamment des châssis sur mesure destinés au tendage. Le châssis doit soutenir la toile sans la soumettre à une tension excessive. Pour une photographie ou une gravure, le montage et le choix de la vitre prennent une place centrale. Pour un objet, la profondeur, le maintien et la possibilité de le regarder sous plusieurs angles orientent la fabrication.
Une autre réalisation montre l’encadrement d’une toile de Jan Rikar. Le choix présenté associe un cadre au profil en pente réalisé en chêne massif ciré et une Marie-Louise peinte en accord avec les tonalités de la peinture. Le chêne massif donne une présence structurée au cadre, tandis que la cire laisse apparaître la matière du bois. La Marie-Louise crée une zone de transition entre la toile et le cadre extérieur. Ses tonalités relient l’encadrement à la palette de l’œuvre sans la recouvrir.
L’encadrement entre deux verres constitue une autre possibilité présentée par l’atelier. Un exemple consacré à une planche d’un ancien bestiaire Larousse utilise un cadre en jonc doré à la feuille d’or vert. Ce montage donne à voir un document ancien avec une présentation légère. Les deux verres créent une séparation protectrice et laissent l’objet s’inscrire dans un espace visuel dégagé. Le jonc doré ajoute une ligne fine qui accompagne le document sans concurrencer son contenu.
Le choix d’une baguette peut s’appuyer sur une histoire de style ou sur une recherche plus actuelle. L’atelier propose une sélection de baguettes de différents styles, ainsi que des cadres aux formats standards et de fabrication française. Une baguette très travaillée peut dialoguer avec une peinture ancienne ou un décor riche. Une ligne plus sobre peut convenir à une photographie, une affiche ou une œuvre contemporaine. Le conseil permet de comparer les rapports de proportion et de trouver une solution cohérente avec le support.
La relation avec le client commence par l’écoute. Un projet d’encadrement peut répondre à une envie décorative, à un besoin de conservation ou à la présentation d’une œuvre qui possède une valeur personnelle. Le format, le poids, les couleurs, la nature du support et le lieu d’exposition orientent les choix. Pour une restauration, l’état du bois, des apprêts, de la dorure et des sculptures doit être observé avant de déterminer les opérations possibles. Un devis détaillé peut ensuite être adapté au projet.
Les deux métiers présents dans l’atelier se répondent sans se confondre. L’encadreur travaille sur la présentation, le maintien et la protection de documents ou d’objets. La doreuse intervient sur le bois sculpté, les apprêts et les feuilles métalliques qui composent une surface dorée. Un cadre ancien peut demander les deux approches : sa structure et son profil doivent rester stables, tandis que sa dorure nécessite une restauration respectueuse des techniques traditionnelles. Cette complémentarité donne une cohérence aux projets de conservation et de mise en valeur.
Albi situe Les Artisans du Cadre dans le Tarn, en Occitanie. La commune appartient à la Communauté d’agglomération de l’Albigeois et constitue le chef-lieu du département. Depuis cet atelier, Magali Hauret et Raphaël Cierco travaillent pour des particuliers et des professionnels sur des projets d’encadrement, de dorure et de restauration du bois. Les exemples de cadres restaurés, de peinture encadrée et de présentation entre deux verres montrent une activité qui va du document délicat au mobilier doré et sculpté.
Les Artisans du Cadre font ainsi le lien entre une œuvre et la manière dont elle sera regardée, conservée et intégrée à un intérieur. Les matériaux sans acide, les verres anti-reflets et anti-UV, les montages sur mesure et les techniques de dorure traditionnelle répondent à des besoins précis. L’encadrement devient une construction discrète autour de l’œuvre, tandis que la restauration du bois doré retrouve les gestes de préparation, de reparure et de pose de la feuille. À Albi, Magali Hauret et Raphaël Cierco réunissent ces savoir-faire dans une pratique attentive à la matière et à la présentation.