À Pernes-les-Fontaines, Pascale Vial dessine des motifs et travaille la couleur sur la soie au sein de l’atelier Les Soies Vial. Elle peint directement certains textiles et fait imprimer d’autres compositions issues de ses dessins originaux. Carrés, étoles, foulards et accessoires prolongent ainsi une histoire familiale commencée dans le bassin textile lyonnais, tout en portant désormais l’empreinte de son travail en Provence. Le motif n’est pas un ajout secondaire : il naît du dessin, se construit avec une gamme colorée précise, puis doit trouver son accord avec la lumière, le tissage et le mouvement de l’étoffe.
L’entreprise familiale a été fondée en 1990 par Daniel Vial à Rozier-en-Donzy, dans la Loire. Peintre autodidacte, Daniel avait rencontré Monique, fille et arrière-petite-fille de tisseurs. Leur installation dans une commune marquée par le tissage réunissait donc deux histoires complémentaires : l’une tournée vers la peinture, l’autre inscrite dans une mémoire familiale de la soierie. Le premier atelier a fait de ce rapprochement un métier, en plaçant le dessin et la peinture au contact d’un support souple dont l’apparence varie avec le fil, l’armure et la lumière.
À l’origine, Daniel et Monique répondaient aux demandes de maisons de couture et de soierie. Ils créaient des modèles spécifiques d’après les orientations de stylistes. Le récit de l’atelier mentionne notamment des collaborations avec Hermès, Madeleine Vionnet et Malhia Kent. Cette période a installé une exigence particulière : un motif textile doit posséder une identité graphique, mais aussi fonctionner à l’échelle d’un vêtement ou d’un accessoire. Il faut anticiper la répétition, le cadrage, le comportement de la couleur et la manière dont un dessin sera perçu une fois porté.
Dans les années 2000, l’activité s’oriente vers des collections propres de foulards en soie. Ce changement déplace le centre de décision. Au lieu de traduire seulement une demande extérieure, l’atelier choisit ses thèmes, ses formats et ses harmonies. La création du modèle, la sélection de la matière et la destination de l’objet peuvent alors être pensées ensemble. La surface d’un carré ne propose pas le même champ qu’une étole longue ; une composition destinée à être nouée doit rester expressive lorsqu’elle se plie, se retourne ou ne laisse voir qu’un fragment.
Pascale Vial aborde cette tradition familiale avec une formation artistique centrée sur le dessin. Elle a étudié à l’École supérieure d’art de Nîmes et à l’École Émile-Cohl de Lyon. Lorsqu’elle rejoint l’entreprise en 2014, son père lui transmet la peinture à la main sur soie, mais aussi la recherche de motifs textiles, la mise au point des couleurs et l’observation des tendances. L’apprentissage ne porte donc pas uniquement sur un geste d’application. Il relie la composition, la connaissance du support, le sens des associations chromatiques et la capacité à transformer une idée graphique en objet textile.
Après dix années de travail aux côtés de Daniel Vial, Pascale développe aujourd’hui seule la marque. Elle avait ouvert en 2019 un second atelier à Pernes-les-Fontaines. Cet espace est devenu le siège de l’entreprise en 2025, année où elle a repris officiellement le fonds de commerce familial et adopté le nom Les Soies Vial. La continuité avec le travail de ses parents demeure lisible, mais l’identité actuelle est bien celle d’une créatrice qui dessine ses propres motifs et conduit la marque depuis la Provence.
Le déplacement du centre de l’activité ne coupe pas les liens avec la région lyonnaise. Pascale Vial travaille toujours avec des tisseurs, des imprimeurs et des confectionneurs installés autour de Lyon. Cette géographie en deux pôles correspond aux différentes étapes du textile. Le dessin et la peinture sont menés à Pernes-les-Fontaines ; selon le modèle, la fabrication mobilise aussi des partenaires spécialisés dans le tissage, l’impression ou la confection. Le foulard fini résulte alors d’une chaîne de compétences clairement située, sans que le rôle créatif de l’atelier se confonde avec les opérations confiées à ses partenaires.
La peinture directe sur soie reste le cœur rare de ce savoir-faire. Pascale Vial prépare ses couleurs à partir de pigments en poudre, ce qui lui permet d’ajuster elle-même la colorimétrie. Sur une matière qui absorbe et diffuse, la maîtrise du ton ne consiste pas seulement à choisir une nuance sur un nuancier. Il faut tenir compte de la transparence de l’étoffe, de la proximité entre deux zones colorées et de la façon dont la lumière traversera ou réfléchira la surface. Un passage plus soutenu, un contraste plus franc ou une réserve plus claire peuvent modifier tout l’équilibre du motif.
Peindre sur une étoffe souple impose aussi une relation particulière au dessin. Le tissu ne présente pas la même résistance qu’un papier ou qu’un panneau. La ligne doit être pensée pour une matière qui sera ensuite manipulée, drapée et nouée. Le motif peut être regardé à plat, puis apparaître par portions lorsqu’il accompagne un cou ou des épaules. Cette mobilité invite à répartir les formes et les couleurs de manière à préserver plusieurs points de lecture. Une bordure, un angle ou une zone centrale ne joue pas le même rôle selon le format choisi.
Les modèles imprimés suivent un chemin distinct, que l’atelier présente sans les confondre avec les pièces peintes à la main. Pascale commence par réaliser des dessins sur papier. Elle peut employer l’encre, le crayon, le collage ou d’autres techniques graphiques. Les compositions sont ensuite numérisées et retravaillées sur palette graphique. Les couleurs sont ajustées à l’aide d’un nuancier calibré sur la machine d’impression, afin de rapprocher le rendu textile de l’intention conçue à l’atelier. Une entreprise voisine de la région lyonnaise imprime alors les modèles en petite série.
Cette articulation entre gestes manuels et outils numériques prolonge l’histoire de la maison sans la figer. Le dessin sur papier conserve la trace d’une main, tandis que la numérisation permet de corriger un rapport d’échelle, de préparer une répétition ou d’affiner une harmonie avant impression. Le passage par un nuancier calibré rappelle qu’une couleur affichée sur un écran n’équivaut pas automatiquement à une couleur déposée sur un tissu. L’outil contemporain sert donc le projet textile ; il ne remplace ni le choix du motif ni le jugement chromatique.
La soie elle-même offre plusieurs caractères. L’atelier travaille notamment la mousseline, le twill et le satin. Selon la torsion du fil et le tissage, la surface, la densité et le rapport à la lumière changent. La mousseline laisse davantage percevoir la transparence et donne une présence aérienne au motif. Le twill, reconnaissable à son armure sergée, propose une autre tenue pour les carrés. Le satin privilégie une surface plus lisse et lumineuse. Le même dessin ne produirait donc pas la même impression sur chacune de ces étoffes.
Les collections ne se limitent pas à la soie pure. Pascale Vial utilise également des mélanges coton-soie et laine-soie. Le coton apporte un aspect plus mat au mélange, tandis que l’étamine de laine et soie possède un tissage plus relâché, souple et aéré. Ces différences élargissent la manière de porter le motif : un petit carré en twill, une étole légère et une pièce plus enveloppante n’ont ni le même volume ni le même drapé. La matière participe au dessin final parce qu’elle détermine la façon dont les couleurs se montrent et dont l’objet accompagne le corps.
La nature, la peinture et l’illustration nourrissent régulièrement les compositions de Pascale Vial. Son répertoire s’ouvre aussi à la bande dessinée, au cinéma et à la littérature jeunesse. Ces références expliquent la coexistence de formes végétales, de rythmes plus graphiques et d’associations colorées franches. Le répertoire municipal des artisans d’art de Pernes-les-Fontaines souligne la place centrale de la couleur dans son travail et décrit des motifs joyeux, floraux et colorés. Le monde animal peut rejoindre le végétal, tandis qu’une influence picturale ou narrative apporte une autre manière d’organiser l’image.
La collection présentée par la marque autour de l’esprit du Sud s’appuie sur les paysages méditerranéens. Façades, fleurs sauvages et couleurs chaudes composent un voyage visuel entre l’Italie, l’Espagne et les rives de la Méditerranée. Ce thème prend un relief particulier depuis Pernes-les-Fontaines : il ne s’agit plus seulement d’un imaginaire lointain, mais d’un environnement de lumière, d’architecture et de végétation proche du lieu où Pascale conçoit ses créations. La palette peut ainsi évoquer les murs chauffés par le soleil, les floraisons spontanées et les contrastes lumineux du Midi.
Deux collections sont développées chaque année. Ce rythme donne au dessin textile une temporalité liée aux saisons sans réduire le travail à un simple renouvellement de couleurs. Il faut concevoir plusieurs motifs, décider lesquels seront peints directement et lesquels se prêteront à une impression en petite série, puis les associer aux formats et aux matières. Les compositions peuvent être graphiques ou florales, unies dans leur gamme ou construites sur des contrastes. Les pièces uniques et les séries très limitées maintiennent une proximité entre la création initiale et l’objet porté.
Les foulards prennent des dimensions et des usages variés : carrés, grandes étoles, écharpes et petits formats à nouer. Les accessoires comprennent aussi des bandeaux, des bracelets de soie et des broches associant soie et porcelaine. Certains bandeaux sont réversibles et peuvent se porter dans les cheveux, autour du cou ou comme ceinture ; les bracelets peuvent également être noués sur un sac ou dans les cheveux. Cette polyvalence met le dessin en mouvement et permet à un même motif de changer d’apparence selon le pliage choisi.
Pascale Vial étend également ses motifs à des objets décoratifs. L’atelier présente des lampes en soie réalisées comme des pièces uniques, ainsi que des cartes issues de ses créations graphiques. Pour l’ameublement, ses imprimés sont appliqués sur un coton tissé en France et imprimé en série limitée à Lyon. Cette matière donne naissance à des coussins, sacs et ensembles destinés à la table. Des fauteuils ont aussi été réalisés avec La Zinzoline, atelier de tapisserie d’ameublement établi à Pernes-les-Fontaines.
Le passage du foulard à la décoration ne consiste pas à transférer mécaniquement un dessin. Une lampe transforme le motif lorsque la lumière traverse la soie ; un coussin en montre une surface plus stable ; un fauteuil impose de considérer le volume, les raccords et les zones soumises au regard. La collaboration avec une tapissière d’ameublement place le textile imprimé dans une construction plus large, où la forme du siège et le choix du motif doivent se répondre. Les créations conservent ainsi leur langage coloré tout en changeant d’échelle et de fonction.
Les Soies Vial relie finalement trois temps du textile. Le premier appartient à Daniel et Monique Vial, à l’atelier ouvert en 1990 dans un territoire de tisseurs et aux dessins conçus pour des maisons de mode. Le deuxième correspond à la transmission patiente du peint-main, du motif et de la couleur à Pascale. Le troisième se développe aujourd’hui à Pernes-les-Fontaines, où elle poursuit la peinture sur soie tout en exploitant les possibilités du dessin numérisé et de l’impression en petite série. Cette continuité n’efface pas les évolutions ; elle leur donne une profondeur.
Dans le travail de Pascale Vial, le dessin reste le point de rencontre entre la matière et la couleur. Qu’il soit peint directement sur la soie ou préparé sur papier avant une impression textile, il est conçu pour vivre avec le drapé, le pli et la lumière. Les réseaux de savoir-faire lyonnais demeurent présents dans le tissage, l’impression et la confection, tandis que l’atelier provençal affirme une palette et des thèmes personnels. Chaque carré, étole, accessoire ou objet décoratif porte ainsi un dialogue entre héritage familial, regard contemporain et connaissance concrète des étoffes.