À Roubaix, Levent Marali développe une pratique de céramique contemporaine centrée sur le grès et la forme du contenant. Ses pièces, réunies sous le nom de Memory Vessels, abordent la mémoire, le temps et la pensée par des volumes construits à la main. Bols, vases, objets décoratifs, sculptures et panneaux composent un ensemble où la fonction de contenir rencontre une recherche plus silencieuse sur la présence de la matière. Certaines formes restent ouvertes, d’autres se resserrent autour d’un col étroit ; toutes conservent une relation visible avec le geste qui les a fait naître.
Levent Marali travaille principalement le grès selon la technique traditionnelle du colombin. La forme se construit par superposition de boudins de terre, posés les uns sur les autres puis réunis et ajustés. Cette méthode permet de faire monter un volume sans le contraindre dans un moule. Elle laisse au céramiste la possibilité de modifier progressivement la courbe, l’ouverture, l’épaisseur et l’équilibre du contenant. Le résultat n’est pas soumis à la régularité d’une rotation continue : la paroi peut garder une légère asymétrie, une tension ou une irrégularité qui participent à son identité.
Le travail au colombin demande de mesurer la progression de la pièce. Chaque ajout de terre doit trouver sa place dans la construction générale. Si la paroi monte trop vite, le poids du volume peut modifier sa tenue ; si elle reste trop fine, la forme perd de sa présence. Levent Marali décrit une construction lente, fondée sur la répétition et une attention soutenue. La pièce s’élève par étapes, avec des temps d’observation qui permettent de décider si la silhouette doit rester étroite, s’ouvrir davantage ou se prolonger vers une forme plus sculpturale. Cette temporalité donne au contenant une profondeur différente de celle d’un objet fabriqué à partir d’un modèle figé.
Les Memory Vessels portent une réflexion sur ce qu’un contenant peut garder. Un vase ou un bol possède une cavité concrète, mais il peut aussi évoquer un souvenir, une absence ou une expérience qui ne se laisse pas facilement raconter. La forme accueille cette dimension sans l’illustrer de manière littérale. Un col resserré peut donner une impression de retenue ; une ouverture large peut laisser le volume respirer ; une silhouette suspendue peut déplacer la relation entre l’objet et l’espace qui l’entoure. Levent Marali utilise le vocabulaire de la céramique pour créer des objets qui contiennent parfois une matière, parfois seulement une sensation.
La surface est travaillée avec des oxydes naturels. Ces matières apportent des variations de couleur et de texture, avec des effets qui peuvent sembler stratifiés ou superposés. Le choix d’un oxyde ne suffit pas à déterminer le résultat final : sa rencontre avec le grès, la manière dont il est posé et la réaction de la cuisson participent ensemble à l’apparence de la pièce. Une zone peut être plus mate, une autre plus dense, et les transitions peuvent rappeler des couches minérales ou les traces laissées par le temps. La couleur devient ainsi une lecture de la surface plutôt qu’un simple recouvrement uniforme.
Le céramiste poursuit des recherches sur de nouvelles combinaisons d’oxydes naturels. Ces essais permettent d’explorer des nuances inattendues et de comprendre comment la matière évolue lorsqu’elle est soumise au feu. La préparation d’une surface comporte donc une part de choix et une part d’incertitude. Levent Marali sélectionne une direction, mais il accepte que l’argile et la cuisson apportent leur propre réponse. Cette relation entre maîtrise et hasard est au cœur de sa démarche : le geste construit la pièce, tandis que la transformation thermique en révèle une partie qui ne pouvait pas être entièrement anticipée.
Les intérieurs des pièces peuvent recevoir une finition émaillée. Cette différence entre l’intérieur et l’extérieur établit un dialogue entre usage et aspect brut. Le dehors peut conserver une texture plus minérale, tandis que l’intérieur devient plus lisse ou plus lumineux. Dans un bol ou un vase, cette opposition attire le regard vers la cavité. Elle renforce aussi l’idée d’un objet dont la valeur se découvre en profondeur, en observant ce qui se passe au bord, dans le creux et sur la paroi. Le grès reste présent dans son épaisseur et dans son poids, mais la finition modifie la manière dont la lumière circule sur la forme.
Levent Marali évite l’usage de moules. Ce choix protège la singularité de chaque construction et laisse une place à l’irrégularité. Deux pièces peuvent partager le même langage sans être identiques. Une courbe peut se déplacer légèrement, une ouverture peut prendre une tension différente et une surface peut recevoir une variation qui n’apparaîtra pas ailleurs. Cette différence n’est pas un défaut à corriger : elle fait partie d’une céramique où la main, la terre, les oxydes et le feu interviennent ensemble. Les pièces uniques trouvent dans cette méthode une cohérence qui ne dépend pas de la répétition exacte.
Les œuvres disponibles présentées par l’atelier montrent des Memory Vessels de formats variés. Certaines pièces sont assez hautes et larges pour s’imposer comme des sculptures, tandis que d’autres adoptent une présence plus contenue. Les dimensions, la courbe du col et l’ouverture modifient la relation à l’espace intérieur. Un contenant peut être posé sur un meuble, observé comme une forme autonome ou intégré à un décor. D’autres créations sont pensées pour rester suspendues, ce qui donne à la céramique une relation plus aérienne avec le mur, le plafond et la lumière.
Le répertoire d’Ateliers d’Art de France présente Levent Marali comme céramiste et modeleur. Il mentionne des bols, des objets décoratifs, des sculptures, des tableaux ou panneaux muraux et des vases. La clientèle comprend les particuliers et les professionnels, tandis que la production rassemble des petites séries et des pièces uniques. Cette diversité ne dilue pas la démarche : elle montre comment le même travail de construction et de surface peut s’adapter à plusieurs échelles. Un bol engage le geste dans une proximité quotidienne ; une sculpture ou un panneau donne au volume une place plus monumentale.
Levent Marali s’est tourné vers la céramique après près de deux décennies passées dans le secteur privé. Il a commencé à explorer le travail de la terre par les techniques de construction manuelle, puis a fait du contenant un support de réflexion sur la mémoire et le passage du temps. Ce changement de voie donne un relief particulier à son parcours. La céramique ne s’y réduit pas à une activité décorative : elle devient un moyen de donner une forme à des expériences intérieures et à des traces difficiles à saisir autrement.
La lenteur est une composante essentielle de cette pratique. Construire une pièce au colombin implique des gestes répétés, des reprises et une observation constante de la terre. Le travail ne consiste pas à imposer rapidement une silhouette ; il demande de reconnaître les limites du matériau et de choisir le moment où il faut guider la forme ou lui laisser davantage de liberté. Levent Marali décrit cette relation comme une écoute de la terre. La matière possède sa propre mémoire, ses règles et ses exigences, et la main apprend à composer avec elles.
Cette écoute se prolonge dans le rapport à l’asymétrie. Une forme irrégulière peut sembler plus proche d’un objet vivant qu’un volume parfaitement standardisé. Elle attire l’œil vers une transition, une inclinaison ou un changement de rythme. L’asymétrie ne signifie pas l’absence de construction : elle résulte d’une décision de laisser la forme se développer sans la ramener à un modèle fixe. Dans les Memory Vessels, elle permet à chaque pièce de conserver un caractère propre tout en appartenant à une même recherche.
La couleur accompagne cette construction intérieure. Une nuance inattendue peut rappeler une terre, une roche, une surface érodée ou un souvenir qui revient par fragments. Levent Marali ne cherche pas à faire disparaître les réactions du feu ; il les intègre à la lecture de l’œuvre. La cuisson transforme les oxydes et modifie la relation entre les différentes zones de la surface. Lorsque la pièce refroidit, les contrastes deviennent visibles et donnent à la forme une tonalité qui complète son volume.
L’atelier de Roubaix s’inscrit dans le nord de la France et accueille une production destinée aussi bien aux espaces privés qu’aux projets professionnels. Un particulier peut rechercher une pièce unique pour son intérieur, un objet à poser, un bol ou un vase dont la surface retient le regard. Un professionnel peut s’intéresser à une série courte, à une sculpture ou à un ensemble de pièces capables d’établir une atmosphère dans un lieu. Le choix dépend de la relation souhaitée entre le contenant, la lumière, le mur, le meuble et les personnes qui le regarderont.
Les œuvres de Levent Marali invitent à ralentir le regard. Leur intérêt se révèle dans la silhouette générale, mais aussi dans le détail d’un bord, la texture d’un oxyde ou la différence entre une surface extérieure et un intérieur émaillé. La pièce peut être abordée comme un objet d’usage, une sculpture ou un signe discret dans un espace. Dans chaque cas, le grès reste le point de rencontre entre une matière terrestre et une pensée sur ce qui se conserve.
À Roubaix, Levent Marali fait de la céramique un langage de la mémoire. Le colombin construit des formes sans moule, les oxydes naturels donnent à la surface des couches de couleur et la cuisson introduit une part de surprise. Les Memory Vessels prennent la forme de bols, vases, sculptures, objets décoratifs et pièces suspendues, en petites séries ou en exemplaires uniques. Cette pratique contemporaine s’appuie sur la patience, la répétition et l’acceptation de l’asymétrie pour créer des contenants qui ne servent pas seulement à garder quelque chose : ils donnent aussi un espace à ce qui demeure silencieux.