Atelier & professionnel

Lucia Fiore — bijoux et objets d’art en plumes à Strasbourg

Strasbourg

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Strasbourg, Lucia Fiore fait de la plume la matière principale de bijoux, de tableaux et de sculptures. Son travail se situe à la rencontre de la plumasserie et des arts visuels : il ne consiste pas seulement à ajouter un ornement léger à un objet déjà conçu, mais à composer par la plume elle-même. Les couleurs naturelles, les reflets, les rythmes et les structures propres aux différents plumages deviennent un vocabulaire plastique. Cette approche donne naissance à de petites séries de bijoux autant qu’à des œuvres uniques, avec une attention constante portée à la géométrie et au mouvement.

Lucia Fiore a d’abord étudié les arts plastiques. Elle s’est ensuite formée à la plumasserie au lycée Octave-Feuillet, à Paris, avant de travailler dans l’univers de la haute couture, notamment au sein de la Maison Lemarié. Cette expérience lui a permis d’apprendre les gestes d’un métier historiquement lié à la parure, au costume et aux maisons de mode. Elle a toutefois souhaité maîtriser des créations dans leur ensemble, depuis la réflexion sur la forme jusqu’à l’objet achevé. C’est dans cette perspective qu’elle a développé un langage personnel, à Strasbourg, en déplaçant la plume vers le bijou contemporain, le tableau et la sculpture.

La pratique conserve les techniques patientes de la plumasserie tout en les orientant vers une recherche formelle. Lucia Fiore collecte, lave, trie, coupe puis colle les plumes. Le tri intervient avant la composition : une plume n’offre pas la même densité, la même courbe ni le même éclat selon l’oiseau et la zone du plumage dont elle provient. Le choix porte aussi sur la portion qui sera visible une fois découpée. Le collage exige ensuite de placer des éléments parfois très petits de manière à former une surface cohérente. L’image se construit par recouvrements, comme une mosaïque dont chaque fragment conserve une texture vivante.

Ce travail de mosaïque distingue nettement ses bijoux. La plume n’y apparaît pas nécessairement sous sa forme entière. Découpée et assemblée sur de petits supports, elle peut produire des aplats, des diagonales, des bandes ou des figures imbriquées. La direction des barbes modifie la manière dont la lumière circule. Une composition géométrique reste donc changeante : le dessin demeure stable, mais son intensité varie lorsque le bijou bouge. Cette mobilité convient particulièrement aux boucles d’oreilles, colliers, broches, boutons de manchette et nœuds papillon, qui se découvrent à la fois de près et dans le mouvement du corps.

Les provenances sont précisées selon les familles de plumes employées. Les plumes de perruches et de perroquets proviennent de volières appartenant à des particuliers en Alsace ; elles sont ramassées après leur chute naturelle et conservées jusqu’à former un ensemble utilisable. Lucia Fiore travaille aussi avec des plumes d’oiseaux de basse-cour, notamment de paon et de faisan, issues d’élevages spécialisés. Ces circuits ne rendent pas toutes les plumes interchangeables. Ils déterminent au contraire les couleurs, les dimensions et les motifs disponibles, puis orientent les collections que l’artiste peut construire.

La collection Modène montre comment un approvisionnement local peut devenir le point de départ d’une écriture graphique. Elle met en valeur des plumes de pigeons de race Modène ou Cravaté, récupérées auprès de colombophiles strasbourgeois. Les nuances et dessins propres à ces plumages sont distribués sur des boucles d’oreilles, colliers et broches. L’échelle réduite oblige à sélectionner avec précision les zones les plus expressives. Un détail qui se perdrait dans l’ensemble d’une aile devient alors le motif central d’un bijou, et le regard se porte sur des dessins et des contrastes que l’on remarque rarement sur l’oiseau vivant.

Avec De Stijl, Lucia Fiore revendique une référence à un mouvement artistique fondé sur l’élémentarité des formes. Les compositions sont volontairement épurées et reposent sur des rapports de lignes, de surfaces et de couleurs naturelles. La souplesse de la plume rencontre ainsi une construction géométrique rigoureuse. La série comprend des boucles d’oreilles, des colliers et des broches, mais aussi des boutons de manchette et des nœuds papillon. Le passage d’un type de parure à un autre ne revient pas à agrandir mécaniquement un dessin : chaque format impose son équilibre et sa manière d’accompagner le vêtement.

La collection Dunes s’appuie sur des plumes de perroquets Ararauna recueillies en Alsace auprès de particuliers après leur mue naturelle. Les courbes superposées et les tonalités décrites par l’artiste comme lunaires évoquent des paysages nocturnes. Cette évocation naît sans représentation littérale d’un horizon ou d’un relief. Elle tient à la répétition de lignes souples, aux chevauchements et aux passages chromatiques. La structure même de la plume, avec sa succession de barbes parallèles, permet de suggérer des strates et des ondulations dans un espace de quelques centimètres.

Lady Amherst part d’un plumage très différent. Lucia Fiore utilise les plumes noires et blanches de la collerette du faisan mâle Lady Amherst. Leur contraste autorise des compositions franches, développées en deux variantes graphiques. Ici, l’effet ne repose pas sur une grande palette mais sur la relation entre deux valeurs, la direction des fragments et la netteté des contours. Boucles d’oreilles, colliers, broches, boutons de manchette et nœuds papillon prolongent la série dans plusieurs usages, tout en gardant la lisibilité de ce noir et blanc caractéristique.

Modène, De Stijl, Dunes et Lady Amherst ne forment donc pas un simple classement par formes de bijoux. Leurs présentations associent un plumage, une gamme colorée ou une règle de composition propre. Tutti Frutti complète les collections actuellement réunies par Lucia Fiore. Cet ensemble permet de suivre sa recherche au fil de matières très différentes : irisations du paon, contrastes du faisan, couleurs de perroquet ou motifs du pigeon. Le travail manuel assure l’unité entre les pièces d’une petite série sans effacer les variations propres à chaque plume.

Les tableaux déplacent cette recherche vers une autre échelle. Lucia Fiore a travaillé sur de petits supports en noyer ou en érable, parfois associés à la gravure. Les plumes de paon, de faisan ou de perruche y composent des formes géométriques dont la perception dépend à la fois du dessin et de la lumière. Le bois apporte une surface mate, un grain et une teinte qui répondent aux reflets du plumage. La plume peut couvrir une zone compacte, laisser apparaître le support ou s’inscrire dans une ligne gravée. Le tableau devient ainsi une rencontre entre matière organique, construction graphique et travail du fond.

Les ensembles artistiques portent des titres tels que Cynocéphales, Paysages, Fantômes, Jungle, Pierre-Plume, Sous-bois et Sirènes. Cette diversité indique plusieurs directions plutôt qu’un motif répété. Certaines réalisations sont menées à quatre mains, ce qui ouvre la plumasserie à d’autres matériaux et à d’autres gestes. La plume peut alors rejoindre un support ou un volume préparé dans le cadre d’un travail commun. Sa légèreté n’est plus seulement une qualité physique : elle devient une manière d’introduire couleur, texture et vibration dans l’œuvre partagée.

Le passage du bijou à l’objet d’art change aussi la distance de lecture. Une boucle d’oreille doit conserver sa présence sur une petite surface et accompagner un mouvement fréquent. Un tableau peut développer une séquence plus longue, organiser des répétitions ou faire respirer le bois autour d’un motif. Une sculpture ajoute des profils et des ombres que l’on ne perçoit pas d’un seul point. Lucia Fiore garde pourtant un principe commun : exploiter ce que la plume possède déjà au lieu de masquer sa structure. Les barbes, les changements de couleur et les reflets deviennent les éléments constitutifs de la composition.

La nature nourrit cette observation, mais elle n’aboutit pas à une reproduction naturaliste systématique. Lucia Fiore s’intéresse aux couleurs et aux phénomènes de réflexion visibles dans les plumages, puis les met en relation avec les arts traditionnels et le minimalisme géométrique. Un fragment peut être détaché de l’apparence générale de l’oiseau et lu comme une ligne, une écaille ou un aplat. Ce changement d’échelle renouvelle le regard sur une matière familière. Il révèle la précision de motifs que l’œil ne distingue pas toujours lorsque les plumes restent assemblées sur le corps de l’animal.

Depuis avril 2019, Lucia Fiore travaille à La Coterie, un atelier partagé installé à Strasbourg. Le lieu rassemble cinq créatrices et quatre domaines artisanaux : couture, bijouterie, maroquinerie et plumasserie. Cette proximité offre un cadre favorable aux échanges entre matières et à la réalisation de projets croisés. Elle correspond bien à une pratique qui refuse d’isoler la plume dans un seul usage et permet à plusieurs savoir-faire de se côtoyer au quotidien.

Le sur-mesure prolonge cette ouverture. Lucia Fiore conçoit des parures et des bijoux, mais présente aussi son travail pour des vêtements ou des accessoires. L’échelle peut ainsi aller d’un élément très concentré à une intervention plus ample sur un support défini. Le choix d’un plumage ne se réduit pas à celui d’une couleur : l’orientation des fragments, leur dessin naturel et leur reflet participent eux aussi à la composition finale.

À Strasbourg, Lucia Fiore développe ainsi une plumasserie reconnaissable par ses mosaïques, sa géométrie et son emploi attentif des qualités naturelles de la matière. Son parcours entre arts plastiques, formation spécialisée et haute couture nourrit une pratique autonome, capable de passer de la parure à l’œuvre murale ou sculptée. Les pigeons Modène, perroquets Ararauna, faisans Lady Amherst, paons et perruches n’apportent pas seulement une palette : leurs plumages imposent chacun des possibilités de coupe, de rythme et de lumière. Le lavage, le tri, la découpe et le collage transforment ces singularités en bijoux et objets où la plume reste pleinement visible, jusque dans ses plus petits détails.

Métiers exercés

Traçabilité

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