À Paris, Lucille Boitelle développe un travail de peintre ornemaniste consacré aux motifs, aux matières et aux décors destinés aux espaces habités. Son univers associe dessin, peinture à la main, recherches documentaires et compositions narratives. Elle travaille pour des maisons de décoration, des manufactures, des architectes, des décorateurs et des marques qui souhaitent donner une présence singulière à un papier peint, un tissu, un panneau ou un décor panoramique. Ses réalisations passent de la pièce unique à des collections conçues pour être adaptées à différents intérieurs.
Son parcours est lié au textile. Après des études en design produit puis en design textile, Lucille Boitelle rejoint en 2013 le studio de tissage de la maison Pierre Frey. Pendant cinq ans, elle y découvre le travail des matières, les archives peintes à la main et la relation entre dessin, surface et fabrication. Elle crée son propre atelier en 2017. Cette expérience nourrit aujourd’hui une pratique où le motif n’est jamais séparé de son support : une composition prévue pour un mur, un tissu ou un paravent ne se construit pas avec la même échelle ni la même densité.
Le travail de collection commence par une histoire et par une période de recherche. L’artiste rassemble des références botaniques, paysagères ou décoratives, puis observe les formes, les rythmes et les rapports de couleur qui peuvent donner naissance à un nouvel ensemble. Les esquisses ne servent pas seulement à reproduire un sujet ; elles permettent de trouver une circulation du regard et une manière d’organiser les détails. Un feuillage peut devenir une grande structure, une fleur peut être isolée comme un signe, et un paysage peut être étiré pour accompagner la hauteur d’un mur. La composition conserve ainsi une dimension narrative tout en restant lisible dans un espace intérieur.
Les motifs de Lucille Boitelle font souvent dialoguer la flore, les paysages imaginaires et les signes. Les végétaux peuvent être observés, transformés, agrandis ou associés à des éléments plus inattendus. Cette approche donne aux décors une atmosphère qui ne dépend pas d’une seule époque. Une référence aux arts décoratifs peut rencontrer une ligne plus contemporaine, une matière brute ou une palette plus légère. L’enjeu consiste à préserver la force du dessin tout en laissant au décor assez d’espace pour accompagner le mobilier, les ouvertures et la lumière.
La peinture à la main occupe une place centrale dans la fabrication des cartons originaux. Les couleurs sont préparées et posées avec patience, en tenant compte des superpositions, des temps de séchage et de la précision des contours. Chaque détail compte lorsque le motif doit ensuite être agrandi, répété ou décliné. Une feuille, une nervure ou une ligne de contour peut changer l’équilibre d’une composition entière. La main permet de conserver une vibration et une irrégularité mesurée, tandis que la recherche de gamme maintient une cohérence entre les différentes parties du décor.
Le sur-mesure commence par un échange consacré à l’intention et aux contraintes. Les dimensions du mur ou du panneau, la distance de regard, la présence d’une porte, d’une fenêtre ou d’un meuble, ainsi que la lumière de la pièce orientent la composition. Le projet peut partir d’une idée, d’une image, d’un plan ou d’un motif à développer. Une première étude rassemble les informations nécessaires, puis l’atelier produit des maquettes au fusain et des mises en situation qui permettent de juger l’échelle. Cette phase donne au client une vision plus concrète du décor avant la réalisation du carton original.
Une fois la maquette retenue, le dessin peint à la main peut être numérisé, retouché, décliné ou recoloré selon l’usage prévu. Cette continuité entre original et fichier permet de préparer plusieurs formats sans perdre la structure du motif. Un décor peut être destiné à un papier peint, à un tissu, à un panneau décoratif ou à un élément encadré. Le passage au numérique ne remplace pas le dessin initial : il sert à ajuster les proportions, à préparer des variantes et à adapter le rendu à la matière qui recevra l’image.
Les papiers peints réalisés avec Pierre Frey montrent la relation entre une image originale et une surface décorative. Le motif Monstera, conçu pour la collection Jardins Secrets en 2025, s’inspire d’une flore tropicale imaginée et est décliné dans les coloris Jungle et Sable. Son raccord droit, avec une hauteur de 134 centimètres et une répétition verticale de 67 centimètres, donne au feuillage une organisation régulière tout en conservant son abondance. Le décor Le Touquet, créé pour la collection Les Dessins 7 en 2023, évoque les coquillages et la pêche à pied dans un papier peint imprimé sur jute.
La collection Lucille, également développée avec Pierre Frey pour les années 2022 et 2023, réinterprète le vocabulaire des indiennes autour d’un arbre de vie, de feuillages et de fleurs. Elle associe papier peint et tissus dans les coloris Céladon, Crème et Fusain. Les dimensions du raccord droit permettent de suivre la répétition sur le mur et sur l’étoffe. Ces exemples montrent l’importance de la relation entre motif, support et usage : une même famille graphique peut être pensée pour une surface verticale ou pour un textile qui se plie, se drape et se rapproche du regard.
L’atelier travaille également avec d’autres maisons de décoration. Parmi les projets présentés figurent des papiers peints et des panoramiques pour Casamance, Larsen, Etamine et d’autres acteurs de l’aménagement intérieur. Les réalisations récentes comprennent notamment les motifs Cerisy et Ame, présentés en 2026 pour le papier peint et le tissu. Chaque collaboration impose de respecter un cahier des proportions, une gamme de couleurs et des conditions de reproduction propres à la collection, tout en laissant une place à l’écriture de l’artiste.
La conservation des originaux et des échantillons prolonge le travail après la livraison. Ils servent de repères pour une déclinaison, une nouvelle mise à l’échelle ou la production d’un décor assorti pour une séance photographique ou une scénographie. Cette mémoire matérielle facilite la continuité d’un projet lorsque plusieurs éléments doivent dialoguer. Elle permet aussi de retrouver la relation entre la peinture d’origine, la couleur choisie et le support final, sans confondre la pièce peinte avec sa reproduction.
Pour préparer une commande, il est utile de réunir les dimensions, les plans ou photographies de l’espace, la distance de regard, les matières déjà présentes et l’ambiance recherchée. Une demande peut porter sur un motif existant à adapter, une composition à créer ou une série destinée à plusieurs supports. À Paris, Lucille Boitelle associe ainsi peinture ornementale, culture textile, recherche iconographique, dessin à la main et adaptation numérique pour créer des décors qui vont de l’original peint au papier peint, au tissu et au panneau décoratif prêt à poser.