À Cuverville-en-Caux, en Seine-Maritime, Normandie Vitrail développe une activité artisanale consacrée à la création de vitraux et à la conservation-restauration du patrimoine. L’atelier, ouvert au printemps 2014, est dirigé par Ludivine Rougeolle. Son travail réunit la compétence technique, la rigueur d’exécution et l’art du dessin, trois dimensions indispensables lorsqu’un panneau doit à la fois transmettre la lumière, s’intégrer à une architecture et résister au temps. L’atelier intervient pour des commandes publiques et privées, des créations contemporaines, des expertises et la restauration de vitraux anciens.
Le vitrail est une œuvre qui dépend de son environnement. La lumière ne traverse pas de la même manière un verre transparent, un verre coloré, une surface peinte ou un panneau marqué par des dépôts et des altérations. L’orientation d’une baie, la profondeur de l’embrasure, la couleur des murs et la distance d’observation modifient la perception de l’ensemble. Une création doit donc être pensée avec le bâtiment qui la reçoit. Une restauration doit, elle aussi, tenir compte de l’histoire du lieu, de l’état du verre, des interventions anciennes et des conditions de conservation. Cette relation entre matière et architecture guide les activités de Normandie Vitrail.
Pour une création contemporaine, l’atelier conçoit des réalisations uniques qui cherchent un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur. Un vitrail peut filtrer le jour, créer une transition entre deux espaces ou donner une présence colorée à une façade. La proposition dépend de l’esthétique retenue, qui peut être figurative, abstraite ou géométrique, mais aussi de la fonction de l’ouverture. Une baie destinée à un édifice public n’est pas regardée comme une fenêtre intérieure. Une composition monumentale ne se dessine pas selon les mêmes rythmes qu’un petit panneau décoratif. La taille, la lumière et la place du spectateur participent à la conception.
L’étude du projet permet de réunir ces paramètres avant la fabrication. Le dessin met en place les lignes, les masses, les contrastes et les zones de transparence. Les choix de couleur sont examinés avec la lumière disponible et les matériaux voisins. Un verre peut être choisi pour sa profondeur, sa texture, sa capacité à diffuser les rayons ou sa manière de retenir une teinte. La peinture sur verre peut préciser une figure, renforcer une ombre ou organiser une lecture à distance. Le dessin n’est donc pas un simple motif posé sur le matériau : il devient une structure qui doit fonctionner une fois découpée, assemblée et installée.
La formation de Ludivine Rougeolle associe les arts du verre, la peinture et le dessin. Elle a obtenu un CAP Arts et Techniques du Verre, option vitrail, en 2002, puis un Brevet des Métiers d’Art dans la même spécialité en 2004. Une formation en peinture sur verre a complété ce parcours en 2005, suivie d’une formation en dessin académique aux Beaux-Arts de la Ville de Paris et d’une année comme élève stagiaire en diplôme des métiers d’art vitrail. Ces étapes lui ont donné un socle pratique et graphique adapté à la création comme à la restauration.
Avant de créer Normandie Vitrail, Ludivine Rougeolle a travaillé dans plusieurs ateliers. Ses expériences de stagiaire l’ont conduite auprès d’ateliers de création et de restauration à Honfleur, Château-Thierry, Ruffec, Chartres et Tours, ainsi qu’au Lincoln Cathedral Works Department au Royaume-Uni. De 2006 à 2013, elle a été peintre et technicienne de restauration vitrailliste dans l’atelier d’Isabelle Baudoin. Elle y a participé à des études et à des chantiers sur des œuvres provenant d’édifices religieux et de musées. Cette pratique a approfondi sa compréhension des techniques anciennes de peinture sur verre et des processus d’altération mécanique et chimique.
Parmi les travaux cités dans ce parcours figurent l’étude des vitraux du déambulatoire de la basilique Saint-Denis, celle des verrières hautes du transept de la cathédrale d’Auxerre et celle des vitraux du haut chœur de la cathédrale de Limoges. L’expérience comprend aussi la restauration de deux verrières de Saint-Eustache à Paris, des interventions dans l’église de Montaudin, la restauration de la série de Provins au Musée national de la Renaissance à Écouen et des travaux sur les vitraux du haut chœur de la cathédrale Notre-Dame de Chartres. Ces références montrent l’attention portée à des ensembles de périodes, de styles et de contextes très différents.
La conservation-restauration commence par l’observation. Un constat d’état décrit la composition, l’histoire connue du panneau, son état actuel et les signes de fragilité. Le diagnostic cherche les causes et les conséquences des altérations. Les verres peuvent être affectés par les intempéries, la condensation, les mouvements de la structure ou les interventions anciennes. Les peintures de surface peuvent perdre de leur lisibilité, tandis que les plombs peuvent se déformer ou se fragiliser. Comprendre ces phénomènes permet de proposer une intervention proportionnée, adaptée à l’intégrité physique, historique et esthétique de l’œuvre.
Normandie Vitrail indique suivre les principes déontologiques de la conservation-restauration et les recommandations du Corpus Vitrearum ainsi que de la direction de l’Architecture et du Patrimoine. Cette orientation implique de documenter les opérations et de distinguer ce qui appartient au panneau ancien de ce qui est ajouté pour assurer sa conservation. Le dossier de restauration peut réunir des photographies, des relevés graphiques et une synthèse des interventions. Ces éléments forment une mémoire technique utile pour le suivi futur du vitrail et pour la compréhension de ses transformations.
La dépose et la repose font partie des opérations conduites par l’atelier. Elles doivent être préparées pour limiter les risques pendant la manutention et pour retrouver la place de chaque panneau. Le nettoyage des surfaces est adapté à l’état des verres et des peintures. Une remise en plomb peut être partielle ou totale selon la structure existante. Le dépicage, le complément d’un verre lacunaire et les collages avec retouches répondent à des situations précises. Aucune de ces opérations ne peut être décidée isolément : elles dépendent du diagnostic, de la stabilité de la baie et des objectifs de conservation.
Les travaux exécutés entre 2014 et 2020 comprennent des restaurations dans plusieurs églises de Seine-Maritime et du Calvados, ainsi que des interventions à la basilique Saint-Denis. Parmi les lieux cités figurent Fourneville, Auberville-la-Campagne, Saint-Aubin-de-Crétot, Saint-Gilles-de-Crétot, Saint-Jean-de-Folleville, Saint-Pierre-en-Port, Saint-Romain-de-Colbosc et Rives-en-Seine. L’atelier présente notamment la restauration de deux fenêtres de la chapelle de la Barre-Y-Va, à Rives-en-Seine, avec des vues avant et après intervention. Ces réalisations illustrent la variété des supports et des états de conservation rencontrés dans un patrimoine de proximité.
Une restauration peut aussi concerner un médaillon, une partie lacunaire ou un panneau dont la lecture est devenue difficile. Le complément de verre doit trouver une place juste dans l’ensemble. Il ne s’agit pas de créer un effet neuf qui effacerait l’histoire de l’œuvre, mais de rendre la composition compréhensible et stable. La couleur, la texture et la transparence du verre ajouté sont étudiées avec les éléments conservés. Les retouches peuvent accompagner un collage ou une réparation sans masquer les informations utiles à la connaissance du panneau. Le regard porté sur l’ancien et le nouveau doit rester honnête.
La création contemporaine ouvre d’autres possibilités. Normandie Vitrail travaille le verre, le transforme et le décore pour répondre à des commandes publiques ou privées. Une proposition peut être abstraite, géométrique ou figurative. Elle peut intégrer un bâtiment récent, accompagner la restauration d’un édifice ou participer à un projet artistique plus vaste. Dans le cadre d’un appel à projet monumental, l’atelier peut travailler avec des artistes plasticiens. Cette collaboration permet de partager les rôles : l’artiste porte une intention visuelle, tandis que le vitrailliste la traduit en contraintes de verre, de lumière, de structure et de pose.
Le dialogue entre dessin et matière est particulièrement sensible dans les projets figuratifs. Une silhouette, un paysage ou un motif végétal doit rester lisible malgré les divisions du panneau et les variations de lumière. Une composition abstraite, de son côté, repose sur des équilibres de surfaces, de lignes et de transparences. Le verre ne se comporte pas comme une feuille de papier : sa couleur peut se renforcer ou s’adoucir selon le jour, sa texture peut fragmenter une image et son épaisseur peut modifier les ombres. La conception tient compte de ces réactions pour que le projet conserve sa force une fois installé.
Le métier comprend également une dimension d’expertise. L’état d’un vitrail doit être regardé avant de décider d’une intervention, surtout lorsque le panneau appartient à un édifice ancien. Les photographies, relevés, constats et diagnostics permettent de partager un état des lieux avec les propriétaires, les collectivités et les professionnels qui suivent le bâtiment. Une proposition d’intervention peut alors préciser les opérations nécessaires et leur enchaînement. Cette méthode aide à distinguer un nettoyage, une remise en plomb, un complément de verre, un collage ou une restauration plus générale.
À Cuverville-en-Caux, la localisation de l’atelier au cœur du pays de Caux inscrit cette activité dans un territoire riche en églises, manoirs, chapelles et bâtiments ruraux. Le travail ne se limite pas à une seule forme d’architecture. Une petite baie protégée, une série de fenêtres dans une église ou une création monumentale demandent des réponses différentes. La connaissance du dessin, du verre et des méthodes de conservation permet d’adapter les gestes à chaque contexte. Les chantiers régionaux cités par l’atelier montrent cette présence dans des lieux de dimensions et d’époques variées.
La création et la restauration ne sont pas deux activités opposées. La première invente une relation nouvelle entre le verre et le bâtiment ; la seconde protège une relation déjà constituée. Toutes deux demandent de comprendre la lumière, de respecter les proportions et de maîtriser les gestes qui rendent le panneau durable. Les techniques traditionnelles restent nécessaires pour la conservation, tandis que les recherches contemporaines élargissent les formes possibles. Dans les deux cas, la précision du dessin et la connaissance des altérations soutiennent une même exigence : inscrire le vitrail dans un lieu sans perdre sa capacité à transformer la lumière.
Normandie Vitrail réunit ainsi, sous la direction de Ludivine Rougeolle, la création de vitraux, l’expertise, la conservation-restauration et la peinture sur verre. Les commandes privées et publiques peuvent prendre la forme d’une composition figurative, abstraite ou géométrique, tandis que les interventions patrimoniales s’appuient sur des constats, des diagnostics, des relevés et des dossiers de restauration. Les expériences menées sur des édifices religieux, des musées et des ensembles historiques nourrissent une pratique attentive à la matière et à l’architecture. Depuis Cuverville-en-Caux, l’atelier fait du verre un lien entre mémoire des bâtiments, lumière présente et création contemporaine.