À Thénac, en Charente-Maritime, Lydie Yonneau dirige l’atelier LYR, consacré à la conservation et à la restauration du patrimoine écrit et graphique. Son activité s’adresse aux particuliers, aux bibliophiles et aux collectionneurs, mais aussi aux librairies anciennes, aux entreprises, aux encadreurs et aux institutions. Bibliothèques, services d’archives, mairies et musées peuvent ainsi confier des documents dont la valeur tient autant à leur contenu qu’à leur matérialité. L’atelier travaille sur des livres, des papiers et des objets graphiques en cherchant une solution adaptée à leur état, à leur histoire et à l’usage qui doit rester possible après l’intervention.
Le parcours de Lydie Yonneau s’est construit par étapes. Après une carrière consacrée à prendre soin des autres, elle prépare un CAP des arts de la reliure, puis suit deux années de formation au Centre de Formation et de Restauration du Patrimoine Écrit auprès d’Olivier Maupin à Tours. Trois années supplémentaires lui permettent de se perfectionner dans la restauration du livre ancien. Cette formation donne à l’atelier une double orientation : la reliure permet de construire ou de reprendre une couverture, tandis que la conservation-restauration demande d’observer les matériaux, de limiter les interventions et de respecter l’identité du document.
Le cœur du travail concerne la conservation préventive et la valorisation des œuvres graphiques. Avant toute réparation, il est nécessaire de comprendre ce qui fragilise un document : lumière, poussière, manipulations répétées, déchirures, plis, humidité ou condition de rangement. Une intervention peut alors viser à stabiliser l’objet plutôt qu’à effacer toutes les marques de son parcours. La conservation préventive agit sur l’environnement, les protections et les modes de consultation. Elle permet de réduire les risques sans imposer une transformation visible de l’œuvre ou du document.
La restauration des livres brochés et reliés constitue une part centrale de l’activité de LYR. Les ouvrages peuvent être couverts de cuir, de toile ou de papier, et chacun de ces matériaux réagit différemment aux manipulations et au temps. Le relieur observe le corps du livre, la couture, les plats, le dos et les éléments de couverture. Une déchirure du papier, un cahier détaché, une reliure ouverte ou un revêtement fragilisé ne se traitent pas de la même manière. Le choix de l’intervention doit tenir compte de la structure existante et de la façon dont l’ouvrage sera consulté.
La restauration ne consiste pas à donner au livre une apparence uniforme. La restauration s’appuie sur une réflexion critique et recherche un équilibre entre la préservation esthétique, historique et archéologique, ainsi que la valorisation patrimoniale. Cette approche conduit à distinguer ce qui appartient à l’objet ancien et ce qui est ajouté pour le consolider. Une reprise peut rester lisible tout en étant discrète. La solidité, la réversibilité des interventions et le respect de l’authenticité orientent la décision. L’objectif est de permettre au document de continuer à vivre sans masquer les traces qui font partie de son histoire.
Les cartonnages illustrés et les bandes dessinées font l’objet d’une attention particulière. Une couverture illustrée peut présenter des frottements, des coins émoussés, des pertes ou des décollements qui touchent à la fois la protection du livre et son apparence. Pour une bande dessinée, la couverture imprimée, le papier des pages et l’assemblage doivent être considérés ensemble. La réparation doit préserver les éléments graphiques et éviter qu’une intervention sur le dos ne fragilise les plats. Le cartonnage illustré peut également être conservé lorsqu’il porte une information visuelle ou historique propre à l’édition.
L’atelier intervient aussi sur les manuscrits, les parchemins et les papiers calque. Ces supports ont des comportements différents et demandent une observation attentive. Un manuscrit peut présenter une encre sensible, des plis ou des déchirures autour des zones de manipulation. Un parchemin réagit à l’humidité et aux variations de tension. Un papier calque peut se marquer facilement et perdre sa transparence lorsqu’il est mal protégé. Les traitements doivent donc respecter la nature du support et éviter les gestes qui créeraient une déformation ou une altération supplémentaire.
La conservation des documents graphiques comprend également les estampes, les gravures, les affiches et les archives familiales. Une œuvre sur papier peut être roulée, pliée, tachée ou déchirée, tandis qu’une série de documents peut avoir été conservée sans protection adaptée. Le travail commence par l’examen du format, de la fibre, des encres ou des pigments et des traces de montage. Une chemise, un rangement à plat ou une protection sur mesure peut parfois répondre au besoin sans intervention lourde. Lorsque la matière est endommagée, la consolidation doit rester compatible avec le document et avec sa future consultation.
Les jeux et les boîtes de jeux constituent une autre spécialité de LYR. Les éléments cartonnés, les plateaux, les pions, les livrets et les emballages peuvent appartenir à un ensemble que le propriétaire souhaite conserver complet. La restauration demande de repérer les pièces, de comprendre leur fonction et de protéger les parties les plus exposées. Une boîte de jeu peut être à la fois un contenant et un objet imprimé. Son décor, ses systèmes de fermeture et ses compartiments participent à son identité. La création d’un cartonnage de protection peut prolonger cette fonction sans remplacer l’objet d’origine.
Les cartonnages de protection sont conçus autour des documents qu’ils doivent accueillir. Ils peuvent servir à limiter la poussière, la lumière, les frottements et les manipulations inutiles. Un étui ou une boîte doit être ajusté sans comprimer le livre, permettre une sortie aisée et maintenir l’ouvrage lorsqu’il est rangé. Le matériau utilisé, la rigidité des parois, les plis et les éventuels compartiments sont choisis selon le format et la fragilité du contenu. Cette fabrication complète la restauration : elle protège ce qui a été stabilisé et rend plus sûre la conservation au quotidien.
L’entretien des reliures plein cuir demande lui aussi une approche mesurée. Le cuir peut se dessécher, se salir, se déformer ou perdre certains éléments de sa couvrure. Un nettoyage mal adapté risque de modifier la surface ou de déplacer des substances anciennes. L’atelier examine d’abord la nature du cuir, son état, les décors et les parties qui tiennent encore. L’entretien peut être séparé d’une restauration plus vaste lorsque la structure demeure stable. Dans d’autres cas, il accompagne la reprise d’un dos, d’un coin ou d’une couture. Chaque action doit répondre à un besoin précis et rester proportionnée à l’objet.
La reliure traditionnelle et la reliure contemporaine complètent la restauration. Une reliure traditionnelle met en jeu les cahiers, la couture, les cartons, la couvrure et les finitions qui donnent au livre une structure durable. Une proposition contemporaine peut utiliser ces principes tout en recherchant une expression plus personnelle ou une adaptation à un contenu actuel. LYR peut ainsi travailler sur un ouvrage destiné à être consulté régulièrement, sur un livre d’artiste ou sur un projet qui exige une couverture conçue spécialement. La structure n’est jamais séparée de l’ouverture, de la prise en main et de la conservation des pages.
La relation avec le propriétaire ou l’institution est essentielle dans une intervention patrimoniale. Un particulier peut apporter un livre de famille, des archives personnelles ou un album dont la valeur est affective. Un bibliophile peut rechercher une stabilisation respectueuse de l’édition et de sa reliure. Une bibliothèque ou un service d’archives peut avoir besoin d’une protection adaptée à la consultation et au rangement de plusieurs documents. Les décisions ne sont pas les mêmes selon la rareté, l’état, la fréquence d’usage et le projet de conservation. Le dialogue permet de définir une intervention compréhensible et adaptée au document.
Le respect des techniques anciennes ne signifie pas que l’atelier travaille sans réflexion sur les méthodes actuelles. La conservation-restauration demande de choisir les matériaux et les gestes en fonction de leur compatibilité, de leur stabilité et de leur possibilité de retrait. Une réparation utile aujourd’hui ne doit pas créer une difficulté plus grande demain. Cette exigence explique l’attention portée à la réversibilité et à l’authenticité. La restauration est un acte de responsabilité envers le document et envers les personnes qui le consulteront après l’intervention.
La valorisation du patrimoine graphique passe aussi par la lisibilité retrouvée. Un livre dont le dos est consolidé peut être ouvert sans que les pages se détachent. Une estampe remise à plat peut être regardée et rangée plus facilement. Une archive familiale protégée dans une chemise adaptée peut être consultée sans être manipulée directement à chaque fois. La restauration ne modifie pas seulement l’apparence : elle rend au document une capacité d’usage. Cette dimension rejoint la volonté de LYR de préserver les œuvres tout en les laissant accessibles à ceux qui les possèdent, les étudient ou les transmettent.
À Thénac, Lydie Yonneau fait de l’atelier LYR un espace dédié au patrimoine écrit et graphique. Livres brochés et reliés, cartonnages illustrés, bandes dessinées, manuscrits, parchemins, papiers calque, estampes, affiches, archives familiales, jeux et boîtes de jeux peuvent être étudiés selon leur nature et leur histoire. Conservation préventive, restauration, reliure et cartonnage de protection se complètent dans une pratique attentive à la matière, à l’usage et à la réversibilité. Le travail de l’artisane redonne une stabilité aux documents sans effacer les marques qui les rendent singuliers, afin qu’ils puissent continuer à être consultés, conservés et transmis.