À Waville, en Meurthe-et-Moselle, Frédéric Demoisson dirige Mad Verrerie d’Art, un atelier consacré au soufflage du verre au chalumeau. Maître verrier et Meilleur Ouvrier de France 2019 dans la catégorie du soufflage de verre artistique au chalumeau, il transforme des tubes et des baguettes de verre en pièces uniques, objets décoratifs et créations sur mesure. L’atelier travaille pour les arts de la table, la décoration intérieure et la parure, tout en développant des sculptures, des filigranes et des collaborations avec d’autres créateurs.
Du verre scientifique à la création artistique
Le parcours de Frédéric Demoisson commence par une formation au Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers. Entre 1991 et 1993, il y suit une formation de souffleur à la canne en apprentissage dans le développement de lampes halogènes. Cette première expérience le place dans un environnement où la précision, la régularité et la compréhension du verre sont essentielles. La matière y répond à des contraintes techniques strictes, avec des formes qui doivent être produites selon des exigences précises.
Il poursuit ensuite sa formation dans la spécialité du chalumeau et obtient un CAP, un Brevet de technicien des industries du verre puis un Brevet des métiers d’art. Ces étapes renforcent la maîtrise des outils et des températures. Le chalumeau permet de concentrer la chaleur sur une zone réduite, ce qui donne la possibilité de travailler une extrémité, d’étirer un fil, d’ouvrir un volume ou de modeler un détail sans chauffer toute la pièce de la même façon.
De 1997 à 2002, Frédéric Demoisson exerce comme responsable d’atelier dans la fabrication de tubes de vision nocturne et comme souffleur de verre au chalumeau pour des pièces de laboratoire. Cette période développe une connaissance approfondie des tubes, des volumes creux et des exigences de refroidissement. Elle forme un socle technique pour la suite de son travail, lorsque le verre quitte progressivement l’usage scientifique pour devenir un matériau de création.
La création de VerreLab en 2002 prolonge cette activité sur mesure destinée aux laboratoires. À partir de 2014, la fondation de Mad Verrerie d’Art ouvre un espace artistique indépendant. Frédéric Demoisson y explore le verre transparent, coloré, sculpté et filé, avec l’envie de créer des objets qui portent une intention esthétique propre. Le passage d’un tube de laboratoire à une pièce décorative ne supprime pas la rigueur acquise auparavant : il la met au service de volumes, de couleurs et de formes plus libres.
Le chalumeau comme outil de précision
Le soufflage au chalumeau repose sur un dialogue constant entre la flamme, le verre et le mouvement. La chaleur rend une partie du tube malléable. Le verrier peut alors le faire tourner, l’étirer, le gonfler ou le refermer, tout en le maintenant dans une zone de température adaptée. La rotation aide à conserver l’axe de la pièce. Le souffle crée un volume creux, mais sa forme dépend aussi du rythme des réchauffes et de la manière dont la matière est tenue.
Ce travail demande de distinguer les zones qui doivent rester stables de celles qui doivent se déformer. Une pièce fine peut perdre son équilibre si la chaleur est trop large. Un détail peut s’affaisser s’il reste trop longtemps dans la flamme. Une ouverture doit être préparée avec assez de matière pour conserver sa forme pendant le refroidissement. Le geste verrier consiste donc à anticiper la réaction du matériau tout en accompagnant ce qui se produit sous la chaleur.
Mad Verrerie d’Art s’inscrit dans cette tradition du soufflage artisanal et l’associe à des techniques classiques et modernes. Les créations sont réalisées à la main et annoncées comme uniques. L’atelier peut travailler des objets de petite taille, des éléments de parure ou des volumes plus présents. Le verre change d’expression selon qu’il est étiré en filament, soufflé en contenant, sculpté dans une forme pleine ou assemblé avec un autre matériau.
La flamme autorise également un travail précis sur les détails. Une ligne peut être affinée, un relief ajouté ou une forme ouverte progressivement. Le verrier doit surveiller l’état de la matière à chaque instant, car la différence entre verre froid, verre ramolli et verre proche de la fusion conditionne le geste possible. Cette maîtrise donne aux pièces une finesse qui ne vient pas seulement de leur apparence, mais de l’enchaînement exact des opérations.
Des créations uniques et sur mesure
Le site de l’atelier présente des réalisations sur commande à partir d’un modèle ou d’une envie de création. Un projet peut commencer par une forme, une couleur, une fonction ou une association de matières. Le rôle du verrier consiste à traduire cette intention dans un matériau qui impose ses propres règles. La forme imaginée doit être compatible avec le tube ou la baguette disponibles, avec les possibilités du soufflage et avec les étapes de refroidissement.
La personnalisation peut porter sur une silhouette, une teinte, une gravure, une argenture ou un sablage. Ces interventions agissent différemment sur la lumière. Une surface transparente laisse voir les profondeurs et les reflets. Une zone sablée diffuse la clarté et rend le verre plus mat. Une gravure introduit une ligne ou une texture dans la surface. Une argenture ajoute une présence métallique qui modifie le rapport entre éclat, opacité et couleur.
Les créations peuvent associer le verre à l’or ou à l’argent. Ces métaux prolongent le travail de la transparence par leur brillance et leur densité. Dans une parure, ils participent à la relation avec le corps. Dans un objet décoratif, ils peuvent souligner un contour, encadrer une forme ou créer un contraste avec une surface colorée. L’association doit rester équilibrée pour que le verre conserve sa légèreté visuelle tout en gagnant un autre point d’accroche.
Le sur-mesure concerne également la destination de l’objet. Une pièce d’art de la table doit conserver une forme adaptée à sa manipulation. Un luminaire doit considérer la diffusion de la lumière et la place de l’éclairage. Un élément décoratif peut privilégier une silhouette ou une transparence particulière. Une sculpture peut s’affranchir de l’usage pour développer un volume, une tension ou un mouvement.
Arts de la table et objets décoratifs
Mad Verrerie d’Art développe des pièces pour les arts de la table et la décoration intérieure. Les objets destinés à la table doivent trouver un équilibre entre présence visuelle et usage. Une coupe, un verre, une bouteille ou un accessoire peut être regardé pour sa couleur et sa forme, mais il doit aussi être manipulable. Le soufflage permet de créer des volumes creux, des bords arrondis et des silhouettes qui restent légères malgré la rigidité du verre refroidi.
Parmi les créations présentées par l’atelier figurent des coupes décoratives, des vases soliflores, des lampes à huile, des bouteilles et des glaçons-touilleurs réutilisables. Ces objets montrent plusieurs manières d’utiliser le verre. Le soliflore travaille la relation entre un contenant et une tige. La lampe à huile associe le verre à une fonction lumineuse. Le glaçon-touilleur introduit une forme colorée dans un usage de table. Une bouteille peut jouer sur la transparence, le volume et la présence d’une couleur.
Les « bouillants de Franklin » font partie du vocabulaire particulier de l’atelier. Cette forme d’objet détourne le verre scientifique et son apparence de laboratoire vers un usage décoratif. Le nom conserve une résonance technique, tandis que la réalisation devient une pièce de verrerie artistique. Ce passage entre objet scientifique et objet d’art rappelle le parcours de Frédéric Demoisson et la continuité entre ses premières expériences et ses créations actuelles.
La couleur joue un rôle déterminant dans ces objets. Elle peut être répartie dans l’épaisseur du verre, concentrée sur une zone ou associée à une surface transparente. Un même volume change selon l’éclairage et selon ce qui se trouve derrière lui. La matière devient plus dense lorsqu’elle reçoit une ombre, plus lumineuse lorsqu’elle est traversée par le jour et plus brillante lorsque sa surface est polie.
Bijoux, filigranes et verre sculpté
Le travail au chalumeau permet aussi de créer des bijoux et des parures. À cette échelle, la précision du détail devient essentielle. Une pièce doit rester légère, équilibrée et agréable à porter. Une forme de verre peut être associée à un élément en métal précieux ou à un système de montage. La transparence met en évidence les variations de couleur, tandis que la lumière suit les courbes et les arêtes de la pièce.
Le filage du verre ouvre un registre plus fin encore. Le matériau est étiré ou déposé en lignes qui peuvent devenir des motifs, des éléments décoratifs ou des composants d’une sculpture. Le filage demande de contrôler la tension et l’épaisseur du verre. Une ligne régulière peut suivre une courbe, former une boucle ou se combiner avec d’autres fils. Les superpositions créent des effets de profondeur et donnent à la pièce un caractère graphique.
La sculpture et le verre filé peuvent se rencontrer dans des objets qui ne sont ni strictement utilitaires ni uniquement décoratifs. La forme peut évoquer un personnage, un animal, une fleur ou une structure abstraite. Elle repose alors sur la capacité du verre à produire une silhouette et à jouer avec le vide. Un élément très fin peut se détacher sur un fond sombre, tandis qu’un volume plus dense absorbe davantage la lumière et paraît plus présent.
Les filigranes ajoutent une dimension de réseau et de détail. Des lignes de verre composent une structure dont la légèreté contraste avec la rigidité de la matière. Le regard peut suivre les croisements, les espaces ouverts et les variations d’épaisseur. Cette technique s’accorde avec la démarche de Mad Verrerie d’Art, qui explore le verre au-delà d’une forme uniforme et cherche à révéler ses possibilités de ligne, de transparence et de couleur.
Restaurer et travailler avec l’existant
L’atelier réalise également la restauration d’objets en verre et de pièces de cristal. Restaurer un objet existant demande d’observer sa matière, ses assemblages, son décor et la nature de son altération. Une fissure, un éclat ou une cassure ne produit pas les mêmes contraintes. La réparation doit respecter la forme et la manière dont la lumière se répartit sur l’objet.
Le cristal et le verre ancien peuvent présenter des épaisseurs, des textures et des couleurs qui ne sont plus disponibles de façon identique. L’intervention doit donc tenir compte de la différence entre la matière conservée et la partie restaurée. Une réparation trop visible peut rompre la lecture de l’objet, mais une intervention qui chercherait à effacer toute trace pourrait aussi réduire sa dimension historique. Le travail consiste à stabiliser, à rendre la pièce lisible et à préserver ce qui fait son identité.
La connaissance des techniques de soufflage et de mise en forme permet de comprendre comment un objet a été fabriqué. Cette compréhension guide l’observation et aide à choisir une intervention adaptée. Une pièce creuse, un élément filé ou une forme moulée ne se comportent pas de la même manière. La restauration devient ainsi un exercice de lecture de la matière avant d’être une opération de réparation.
La création et la restauration se répondent. La création développe de nouvelles formes et oblige à expérimenter. La restauration rappelle la diversité des objets déjà produits et la nécessité de respecter leurs particularités. Dans les deux cas, le verre demande patience, précision et attention aux effets de lumière.
Une trajectoire de distinction et de transmission
En 2019, le travail de Frédéric Demoisson est récompensé par le titre de Meilleur Ouvrier de France dans la catégorie du soufflage de verre artistique au chalumeau. Cette distinction reconnaît une maîtrise du geste et une capacité à développer une pièce selon des exigences élevées. Elle s’inscrit dans une trajectoire qui associe la verrerie scientifique, la création artistique et la volonté de partager le métier.
La transmission apparaît à plusieurs moments de son parcours. Frédéric Demoisson a animé les estivales du CERFAV en 2017 et 2018 pour faire découvrir les bases de la verrerie au chalumeau. Il a également été encadrant en verrerie scientifique au CERFAV en 2019. Ces expériences prolongent son activité d’atelier par une attention aux personnes qui découvrent la matière et aux professionnels qui souhaitent approfondir leurs gestes.
Mad Verrerie d’Art a aussi pour raison d’être de faire découvrir au grand public le verre soufflé au chalumeau, par des démonstrations ou par les créations réalisées dans l’atelier. Une démonstration rend visible la transformation d’un tube en objet. Le public peut observer la préparation, la chauffe, la rotation, le souffle et les reprises. Le résultat final prend alors un autre sens, car il conserve la mémoire d’un geste qui s’est déroulé sous les yeux.
Un atelier ancré à Waville
Waville se situe dans le département de Meurthe-et-Moselle, en région Grand Est. L’Insee identifie la commune par le code officiel géographique 54593 et la rattache à la Communauté de communes Mad et Moselle. Cet ancrage territorial place Mad Verrerie d’Art dans le paysage lorrain, une région à laquelle l’atelier affirme être attaché par ses partenariats et ses fournisseurs locaux lorsque cela est possible.
À Waville, Frédéric Demoisson réunit une pratique de précision, une recherche artistique et une activité de transmission. Le verre scientifique a nourri sa compréhension des tubes et des volumes, tandis que le soufflage artistique lui permet de travailler la couleur, la sculpture, la parure et l’objet décoratif. Les créations uniques, les commandes et les restaurations forment trois manières de mettre la matière en œuvre.
Mad Verrerie d’Art donne ainsi au verre une grande variété de formes. Les arts de la table introduisent la matière dans l’usage quotidien. Les bijoux et les filigranes rapprochent le verre du corps et du détail. Les sculptures explorent le volume et le vide. Les pièces sur mesure traduisent une envie particulière dans les limites techniques du chalumeau. La restauration prolonge la vie d’objets anciens en respectant leur construction et leurs effets de lumière.
Cette diversité reste unie par la même exigence : chauffer avec précision, modeler sans précipitation, refroidir avec soin et laisser la transparence jouer son rôle. À Waville, le travail de Frédéric Demoisson associe la maîtrise du soufflage au chalumeau à une imagination tournée vers les objets, la lumière et les rencontres entre matières.