Atelier & professionnel

Maison Fouque — quatre générations de santonniers à Aix-en-Provence

Aix-en-Provence

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Aix-en-Provence, la Maison Fouque façonne des santons en argile depuis 1934. Son histoire familiale couvre quatre générations et demeure attachée à une fabrication manuelle conduite dans la ville où l’entreprise est née. Les personnages de la Nativité y côtoient des bergers, des villageois et des figures inspirées par les activités provençales. Modelage, sculpture, moulage, assemblage, séchage, cuisson et peinture transforment successivement la terre et contribuent à l’expression finale du personnage.

La naissance de la maison réunit Jean-Baptiste Fouque et son fils Paul. Jean-Baptiste avait obtenu en 1892 des premiers prix de sculpture et de peinture aux Beaux-Arts. En 1934, il fonde Santons Fouque tandis que Paul, âgé de treize ans, réalise son premier modèle en argile. Le jeune artisan apprend auprès de son père le dessin des volumes, le modelage et la mise en couleur. La même année, leurs créations prennent place à la première foire aux santons d’Aix, organisée dans le cadre de la foire de la Sainte-Barbe. Cette origine relie dès le départ pratique d’atelier, culture calendale et présentation au public.

Paul Fouque s’établit à son tour comme santonnier en 1947, avec son épouse. Il prépare alors une collection complète pour la foire de Noël. Son travail associe l’observation des habitants et des paysages à une recherche sculpturale poussée. La posture d’un marcheur, le poids d’une cape, un outil tenu en main ou le mouvement d’un vêtement deviennent des éléments de narration. La petite taille d’une figurine ne réduit pas l’ambition plastique : elle oblige au contraire à rendre un caractère par quelques lignes lisibles, une silhouette et des couleurs posées avec précision.

La transmission se poursuit avec Mireille Fouque. En 1965, à quinze ans, elle crée une Vierge à l’Enfant en terre cuite présentée au Salon international des santonniers d’Arles. Elle reçoit en 1976 une médaille de vermeil régionale du concours Un des Meilleurs Ouvriers de France, puis prend la direction de l’entreprise en 1987. Sous sa conduite, l’effectif passe de sept à vingt artisans et la collection approche les mille huit cents modèles en 1990. Ces repères montrent une maison capable d’élargir son répertoire tout en conservant la sculpture et la décoration manuelles au centre de son activité.

Emmanuel Fouque rejoint l’entreprise familiale en 2006 après une formation d’ingénieur et sept années dans l’industrie pharmaceutique. Il commence à créer ses propres modèles l’année suivante et poursuit aujourd’hui le travail de créateur-modeleur. Son épouse Catherine participe également au travail familial, tout comme son cousin Alexandre et Émilie. En 2011, Emmanuel crée notamment la Ravie-Gardienne d’oie. Cette continuité ne consiste donc pas à reproduire indéfiniment un fonds ancien : de nouveaux sujets viennent rejoindre les personnages transmis par les générations précédentes.

La fabrication commence par l’argile. Jusqu’en 1990, les Fouque préparaient eux-mêmes une terre brute extraite en carrière : trempage, délayage, tamisage et décantation précédaient l’évaporation estivale de l’eau, puis la pâte pouvait être conservée plusieurs années en cave. L’atelier emploie désormais une argile régionale très fine, déjà travaillée. Ce changement de préparation n’a pas supprimé les opérations qui donnent sa forme au santon. Le premier modèle reste entièrement créé à la main par un membre de la famille.

À partir de cet original, les artisans fabriquent dans l’atelier un moule mère en plâtre composé de deux parties. Après séchage, celui-ci sert à produire un moule fils destiné aux exemplaires en argile. Certains sujets demandent plusieurs moulages successifs afin d’obtenir des attitudes plus mobiles. Bras, mains, tête, chapeau ou cape peuvent être façonnés séparément, puis réunis à la barbotine, une argile liquide qui assure l’assemblage. Cette construction par éléments laisse davantage de liberté à la silhouette qu’un volume extrait d’un seul moule. Elle impose aussi des raccords soigneux pour que le personnage paraisse d’un seul tenant.

Une fois démoulé et assemblé, le sujet est retouché, ébarbé et lissé. Les gestes retirent l’argile superflue et effacent les traces de joint. Ils sont répétés pendant un séchage volontairement lent, dont la durée annoncée varie de huit jours à deux mois selon les dimensions du modèle. La terre perd son eau et son air en se contractant ; si ce retrait était précipité, elle pourrait se fendre. Le contrôle du temps devient ainsi une partie entière du métier. Le santonnier ne travaille pas seulement une forme visible : il accompagne aussi les changements internes de la matière avant le passage au four.

Les sujets parfaitement secs sont rangés avec précaution pour la cuisson. La température augmente progressivement pendant neuf heures et atteint 960 °C. Le four reste ensuite fermé quarante-huit heures afin que le refroidissement se fasse sans brusquer la terre. Ce cycle donne à l’argile la solidité nécessaire aux manipulations de décoration. Il met également en évidence la succession des risques maîtrisés : casse au rangement, fissure pendant la montée en température ou choc thermique à la sortie. La sculpture ne peut rejoindre l’établi de peinture qu’après avoir traversé chacune de ces phases.

La décoration s’effectue au pinceau, couleur après couleur et point après point. Un même sujet revient plusieurs fois entre les mains des peintres pour recevoir les motifs de ses vêtements et les détails de son visage. Les santons courants reçoivent une peinture mate. La couleur accompagne le modelé plutôt qu’elle ne le masque : elle distingue les étoffes, les accessoires et les expressions déjà préparés par la sculpture. Dans un ensemble de crèche, cette cohérence permet à de nombreuses figures de partager une identité de maison tout en restant reconnaissables par leur fonction et leur attitude.

Le répertoire fait une large place aux gestes de la Provence. La porteuse de lavande, le ramasseur d’olives, la femme aux savons, le rabassier, la porteuse d’ail, le calissonnier, l’Aixoise, le jardinier, la porteuse de jarres ou le porteur de bois évoquent des récoltes, des productions et des scènes quotidiennes. Ces figures donnent à la crèche un village peuplé, organisé autour de métiers et d’activités plutôt qu’un décor uniforme. Leur présence traduit aussi le regard porté par plusieurs générations de modeleurs sur des silhouettes familières et sur les objets qui permettent de les identifier.

Le berger « Coup de Mistral », créé par Paul Fouque en 1952, résume de façon spectaculaire cette attention au mouvement. Paul avait observé un berger avançant difficilement contre le vent et voulut rendre visibles le souffle et l’effort dans une forme en terre. Il modela l’original directement dans l’argile, puis le décomposa en quinze éléments. Plus de quatorze moules sont nécessaires pour produire séparément le visage, les bras, la cape et les autres parties avant leur assemblage à la barbotine. La cape emportée par le vent et le corps penché donnent une direction nette à la sculpture, comme si la rafale traversait encore le personnage immobile.

Le séchage du « Coup de Mistral » demande environ deux mois dans une cave chaude et humide à hygrométrie constante. Des cales en bois ou en argile le maintiennent debout pendant que la matière perd lentement huit à neuf pour cent d’eau. Après quelques jours à l’air libre, il est cuit jusqu’à 960 °C, refroidit dans le four clos pendant quarante-huit heures, puis reçoit une peinture à l’huile appliquée à la main. Le modèle existe en plusieurs dimensions, de deux à cinquante centimètres. Il est déposé auprès de l’Institut national de la propriété industrielle et accompagne son identité d’un poinçon et d’un certificat d’authenticité.

Renaude, créée en 1962, forme le pendant du berger. Le récit familial repris par la maison présente Jean-Baptiste, berger de la plaine de la Crau, et Renaude, fille d’un propriétaire terrien, comme un couple uni malgré leur différence de condition. Un morceau de tissu fleuri cousu par Renaude sur le genou du pantalon de son époux devient un détail visible du santon. Ce récit transmis par la maison montre comment Paul Fouque associait observation, costume, mouvement et narration dans une œuvre de terre.

La maîtrise de Paul Fouque est également illustrée par une Nativité qui lui valut en 1968 une médaille d’or au concours Un des Meilleurs Ouvriers de France. Sa réalisation avait demandé mille heures de travail. La maison a reçu le label Entreprise du Patrimoine Vivant en 2007 et a rejoint Ateliers d’Art de France en 2010. Mireille Fouque a par ailleurs été nommée chevalier des Arts et des Lettres et porte le titre de maître artisan. Ces distinctions jalonnent une histoire de créations, de maîtrise technique et de transmission familiale.

L’Office de Tourisme d’Aix-en-Provence recense aujourd’hui plus de deux mille santons de toutes tailles dans la collection, avec des modèles allant de deux à soixante-dix centimètres. Les étapes de fabrication peuvent être observées sur place, aux côtés d’une grande crèche familiale de douze mètres carrés et d’une table des treize desserts. Ces ensembles replacent chaque figurine dans un paysage plus vaste : architectures, végétation, métiers, animaux et scènes domestiques construisent un espace où les personnages dialoguent entre eux.

Membre de l’Association des Santonniers Aixois, la Maison Fouque participe à une tradition locale fondée sur le modèle original façonné par le santonnier, le moule en plâtre, le démoulage, la retouche, le séchage, la cuisson et la peinture. Les méthodes développées par la famille donnent à ce cadre commun une expression propre. Le recours à des moulages multiples pour accentuer le mouvement, la mémoire de l’ancienne préparation de l’argile et la complexité du « Coup de Mistral » distinguent nettement son travail.

À Aix-en-Provence, les Fouque entretiennent ainsi une relation continue entre héritage et création. Jean-Baptiste a transmis à Paul une pratique de la sculpture et de la couleur ; Paul a développé des personnages capables de raconter le vent ou une vie de berger ; Mireille a enrichi le répertoire et développé l’entreprise ; Emmanuel poursuit le modelage de nouveaux sujets avec les membres de sa génération. La terre régionale, les temps de séchage, la cuisson lente et les reprises de peinture donnent une matérialité commune à cette histoire. Derrière la diversité de plus de deux mille modèles se lit le même engagement : faire tenir dans une figurine d’argile un geste, un vêtement, un métier et une présence provençale.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction