Atelier & professionnel

Maison Lemarié — plume, fleur et parure textile à Paris

Paris

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Paris, la Maison Lemarié réunit cinq pratiques qui font passer les matières souples de l’ornement à la construction textile : la plume, la fleur, le plissé Lognon, la couture et l’ennoblissement. Les ateliers peuvent travailler séparément, mais ils se rencontrent aussi dans une même réalisation. Une plume peinte devient pétale, un tissu découpé et gaufré forme une corolle, un plissé est incrusté dans une étoffe, puis la couture relie ces éléments. Cette organisation transversale donne à la parure florale et à la plumasserie leur place dans un ensemble plus large où texture, volume, couleur et mouvement sont conçus ensemble.

La maison naît en 1880 autour de la plume. Palmyre Coyette, modiste devenue Palmyre Lemarié, fonde alors une fabrique de plumes pour parures. L’atelier prépare des ornements destinés notamment aux chapeaux, capelines et boas, dans un Paris où la profession compte encore de nombreux plumassiers. Cette origine explique la connaissance accumulée sur une matière qui ne se comporte ni comme une étoffe ni comme un ruban. Chaque plume possède un axe, des barbes, une courbure et une souplesse qui orientent sa découpe, son montage et la façon dont elle réagit au mouvement.

En 1946, André Lemarié, petit-fils de la fondatrice, rejoint l’entreprise familiale et développe les relations avec les maisons de couture. Il introduit aussi le travail des fleurs en tissu. Au début des années 1960, la réalisation du camélia pour Gabrielle Chanel devient un jalon durable de cette activité. La fleur n’est pourtant pas limitée à un motif ni à une matière. Iris, anémones, marguerites, dahlias, pivoines, œillets, pavots, tulipes, orchidées et roses composent un vocabulaire que les fleuristes interprètent en fonction du projet, de l’échelle et de l’étoffe confiée.

Lemarié rejoint en 1996 l’écosystème des Métiers d’art de CHANEL. Son périmètre s’élargit ensuite par l’accueil de plusieurs ateliers et de leurs patrimoines techniques : les fleuristes de Guillet en 2006, le plisseur Lognon en 2013, les fleuristes de Légéron en 2019 et l’atelier d’ennoblissement Dynale en 2023. Depuis 2021, la maison réside au 19M. Environ une centaine d’artisans y exercent aujourd’hui les différentes pratiques. Cette croissance ne réunit pas de simples noms historiques ; elle conserve des outils, des moules, des archives et des gestes qui peuvent être remis au travail pour des créations nouvelles.

Dans l’atelier de plumasserie, le premier enjeu est la lecture de la matière. Une plume peut être employée entière, divisée, taillée, frisée, brodée, colorée ou assemblée avec d’autres. Les plumassières travaillent notamment à la retroussette pour composer des rosaces, à la brucelle pour poser les éléments d’une marqueterie, ou au couteau pour préparer des boas. La direction des barbes et la succession des recouvrements transforment la surface : serrée, elle devient presque graphique ; plus libre, elle conserve un frémissement et un volume qui réagissent au mouvement du corps ou de l’objet.

La retroussette organise les plumes dans une disposition qui met en valeur leur rythme et leur courbe. Une rosace demande que les éléments convergent sans former d’épaisseur incontrôlée au centre. La pose à la brucelle répond à une autre échelle. Cet outil permet de placer des fragments avec précision dans des marqueteries où chaque bord contribue au dessin. Le couteau intervient pour parer la matière et préparer la ligne d’un boa. Ces approches n’ont pas le même résultat visuel, mais elles reposent toutes sur une sélection attentive des longueurs, des couleurs et des orientations.

La couleur peut être ajoutée au pigment, appliquée à une plume complète ou à une partie destinée à rejoindre un motif. Les réalisations présentées par la maison montrent des plumes peintes à la main, des chevrons en marqueterie, des effets de fourrure, des rosaces, des motifs floraux et des surfaces brodées. La plume passe également de la haute couture à la joaillerie, à la maroquinerie ou à la décoration. Sa provenance et son emploi s’inscrivent dans le cadre de la convention CITES sur le commerce international des espèces protégées ; le choix de la matière doit donc intégrer les règles qui lui sont applicables.

L’atelier fleur travaille avec des supports très différents : soie, mousseline, organza, tulle, velours, satin, tweed, denim, raphia, cuir, plume ou rhodoïd. Le matériau modifie immédiatement l’apparence et la construction. Une mousseline donne un pétale léger et transparent, un velours absorbe davantage la lumière, un cuir impose une tenue et une épaisseur différentes, tandis qu’une plume apporte son propre dessin. Le fleuriste ne copie donc pas une corolle naturelle dans une matière neutre ; il interprète son ouverture, son nombre de pétales et son volume à partir du comportement concret du support.

La découpe s’effectue à l’aide de fers, des emporte-pièces de formes et de dimensions variées conservés comme une bibliothèque. Un même contour peut servir de point de départ à plusieurs fleurs selon l’étoffe, la couleur et la mise en volume. Chaque pétale est ensuite façonné avec des outils tels que la boule à gaufrer, le mandrin ou le gaufroir. Le crochet, le couteau, la rainette, la pince et la brucelle complètent ce patrimoine. L’outil imprime une courbe, une nervure ou un creux, mais le résultat dépend de sa position et de la pression exercée sur une matière préparée pour recevoir cette forme.

Avant le montage, le pétale peut aussi être brodé, gravé, froissé ou effiloché. Ces opérations changent le bord, le relief et la façon dont la lumière traverse la fleur. Les éléments sont ensuite réunis progressivement autour d’un cœur ou d’une tige, en contrôlant leur orientation. Une rose demande une progression serrée depuis le centre ; une anémone ou un pavot laisse davantage lire le rapport entre cœur et corolle. Les artisans peuvent également inventer une variété sans modèle botanique direct, en combinant des formes d’outils, des matières et des traitements qui produisent une fleur propre au projet.

Près de vingt-cinq mille camélias sont réalisés chaque année dans les ateliers parisiens, avec des interprétations en soie, organza, velours, tweed, denim, raphia ou rhodoïd. Ce nombre ne correspond pas à un exemplaire reproduit sans variation. Les collections montrent des pétales en marqueterie de plume, des surfaces imprimées au jet d’encre puis peintes à la main, des fleurs en plastique peintes, des versions en tweed boulé ou encore un damier composé de neuf cents petits camélias en cuir verni. Le motif demeure identifiable, mais sa construction évolue avec la matière, la dimension et la place prévue sur le vêtement ou l’accessoire.

L’intégration des maisons Guillet et Légéron a enrichi l’atelier fleur d’outils et de connaissances supplémentaires. Fondée à Paris en 1727, Légéron travaillait la fleur artificielle pour les vêtements, les accessoires de mariage, les robes et les chapeaux avant de rejoindre Lemarié en 2019. Ses artisans poursuivent désormais leurs réalisations sur mesure dans la maison. La continuité se lit dans les fers, les recettes et les gestes transmis, mais aussi dans leur capacité à répondre à des matières contemporaines que les générations fondatrices n’avaient pas à leur disposition.

Le plissé Lognon ajoute une autre manière de construire le volume. L’histoire de cet atelier remonte à 1853, lorsque la lingère Émilie Lognon emploie ses fers pour imprimer durablement des reliefs dans les étoffes. La technique se développe ensuite autour de moules en carton appelés métiers. Lemarié en conserve plus de trois mille, dont certains datent du début du XXe siècle. Plissé soleil, accordéon, Watteau, diamant, bateau, religieuse, cocotte, ruban ou origami ne désignent pas seulement des décors : chacun organise les creux, les arêtes et le mouvement de la surface selon une géométrie particulière.

Pour plisser, l’étoffe est placée entre les deux parties du moule en carton. Deux artisans la disposent à quatre mains suivant un geste coordonné, afin que le tissu entre dans chaque relief sans se déplacer ni créer de faux pli. Le métier refermé passe ensuite à l’étuve ; la chaleur fixe la forme dans la matière. Le résultat dépend du dessin du moule, mais aussi de la compatibilité de l’étoffe avec la cuisson et de la régularité de la mise en place. Comme il n’existe pas de formation scolaire propre à ce métier, l’apprentissage s’effectue au sein de l’atelier par l’observation et la répétition.

La couture sert de carrefour entre ces productions. Les couturières et couturiers réunissent fleurs, plumes, rubans et volants, créent des smocks, des bouillonnés, des ruchés, des incrustations, des jabots ou des matelassages. Il ne suffit pas de fixer un décor terminé sur un fond. La couture règle l’ampleur, construit le relief et organise les transitions entre des matières dont le poids et la souplesse diffèrent. Un volant plissé peut être intégré dans une surface, une fleur devenir le départ d’un volume, ou une plume accompagner une ligne sans être écrasée par les points qui la maintiennent.

L’ennoblissement textile est issu de l’atelier Dynale, fondé en 1974 par Evelyne Leu autour de la peinture sur soie. La pratique s’est étendue à la teinture, à la sérigraphie et à de nombreux traitements de surface. Les artisans peignent, patinent, impriment, enduisent, dorent à la feuille, oxydent, rasent, découpent ou dévorent les matières pour produire couleurs et textures. Une étoffe peut ainsi recevoir un dégradé, un reflet métallique, un relief ou une transparence partielle avant de passer à la couture, au plissé ou à la composition florale.

Le dialogue entre ateliers apparaît dans les réalisations contemporaines. Des fleurs et feuilles peuvent être composées en plumes peintes à la main ; des petits camélias associent tissu, plume et broderie de cristaux ; un boa peut rechercher un effet de fourrure ; des tubes d’organza deviennent une surface textile. En 2025, Lemarié a aussi participé avec les autres maisons résidentes du 19M à un rideau ornemental destiné au Grand Palais. Ces exemples montrent comment les techniques cessent d’être des catégories isolées lorsqu’une pièce demande plusieurs lectures de la matière.

La transmission porte autant sur l’usage des outils que sur l’ordre des décisions. Lemarié accueille des stagiaires et des apprentis issus notamment du lycée Octave-Feuillet pour le travail de la plume et de la fleur. Les plisseurs sont formés dans l’atelier faute de cursus dédié. Un nouvel artisan apprend à observer un matériau, à préparer son geste et à reconnaître le résultat attendu avant de chercher la vitesse. Le fonds d’emporte-pièces, les milliers de métiers à plisser et les archives ne deviennent utiles que si les équipes savent les choisir, les manipuler et les adapter au dessin confié.

Le label Entreprise du patrimoine vivant reconnaît la maîtrise artisanale maintenue par la maison. À Paris, cette continuité ne repose pas sur la conservation immobile d’un répertoire ancien. Elle se manifeste dans la possibilité de reprendre une fleur historique avec une matière inattendue, de transformer la plume en marqueterie, de construire un relief par un moule de carton ou d’associer dorure, plissé et couture. De Palmyre Coyette aux équipes réunies au 19M, Lemarié conserve ainsi une chaîne de métiers où la main donne aux surfaces textiles leur contour, leur couleur, leur volume et leur mouvement.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

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