Atelier & professionnel

Maithé Bru — tapisserie de lice à Lavelanet

Lavelanet

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Lavelanet, en Ariège, Maithé Bru pratique la tapisserie de lice et fait découvrir ce savoir-faire textile par des œuvres tissées et des ateliers en petits groupes. Son univers est né dans un territoire marqué par les métiers du fil : enfant du pays, elle a grandi au son des métiers à tisser et a gardé de cette mémoire une relation très concrète à la chaîne, à la trame et aux couleurs. Elle travaille aujourd’hui en basse lice comme en haute lice, avec une approche qui associe création personnelle, transmission et attention aux gestes.

Une histoire liée au textile

Maithé Bru est native de Lavelanet, dans le Pays d’Olmes. Son rapport à la tapisserie ne vient pas seulement d’une découverte abstraite de la technique : il s’est construit dans un paysage où les ateliers textiles faisaient partie de la vie quotidienne. Les bruits des métiers, les bobines, les mottes de couleurs et les draps sortant des ateliers ont formé un paysage sensoriel qui nourrit encore sa pratique. Cette familiarité ancienne avec la matière donne à son travail une dimension territoriale, tout en laissant place à une recherche artistique personnelle.

Après une période passée à Paris, elle a fréquenté les ateliers de l’ADAC et a candidaté à la Manufacture des Gobelins en 1995. Elle a ensuite acquis un métier à tisser de basse lice et suivi des cours du soir à l’École Duperré et aux Beaux-Arts de la Ville de Paris. Son parcours s’est développé entre plusieurs disciplines : la photographie, la peinture, le collage et la tapisserie ont fait l’objet de premières expositions, notamment lors de Lilar’t aux Lilas. Ces expériences nourrissent une manière de composer où la couleur, le rythme et la surface ont autant de poids que le sujet représenté.

Comprendre la tapisserie de lice

La tapisserie de lice repose sur le croisement de fils de chaîne et de fils de trame. La chaîne fournit la structure du tissage ; la trame avance par zones et construit progressivement les motifs, les aplats et les transitions de couleur. Le mot lice désigne les éléments qui permettent de séparer et de commander les fils de chaîne. Chaque passage demande de la régularité, mais aussi une capacité à observer la densité du tissu et la façon dont les teintes se rencontrent.

En basse lice, le métier est disposé horizontalement. Le carton ou le dessin de référence se trouve sous les fils de chaîne, ce qui permet de suivre la composition en regardant la surface depuis le dessus. En haute lice, le métier est installé verticalement et la relation au motif change. La lissière avance alors avec une autre posture, en contrôlant la tension et l’alignement sur une surface dressée devant elle. Maithé Bru explore ces deux façons de travailler et peut les mobiliser selon le format, le projet et l’effet recherché.

La tapisserie se construit par petites décisions. Un passage de trame peut renforcer un contour, faire vibrer un fond ou adoucir la rencontre de deux couleurs. La lissière doit suivre le dessin tout en tenant compte de la matière réelle : un fil peut être plus souple, plus mat ou plus dense qu’un autre. Le geste consiste à ajuster les tensions, à choisir la nuance juste et à maintenir une surface suffisamment régulière pour que le motif reste lisible. Le temps du tissage donne à l’œuvre une présence qui se révèle progressivement.

Des œuvres nourries par l’image et le végétal

Les œuvres présentées par Maithé Bru comprennent notamment L’arbre qui rêvait de voler, Inspiration florale et E-allégorie de l’énergie. Ces titres évoquent un travail attentif aux formes organiques, aux mouvements et aux correspondances entre matière et imaginaire. L’arbre peut devenir une structure verticale, un réseau de branches ou une figure qui semble se déplacer. Le motif floral peut s’appuyer sur des répétitions, des écarts et des variations de couleur. L’énergie peut se traduire par une composition plus abstraite, portée par les directions de la trame et la circulation des contrastes.

Une tapisserie n’est pas une image imprimée sur une surface textile. Le dessin apparaît par l’enchaînement de zones tissées, et la matière garde la trace de la construction. Les contours peuvent être plus souples qu’avec un trait graphique ; les passages d’une teinte à l’autre prennent de la profondeur ; la lumière se pose différemment sur les fils selon leur relief et leur orientation. Le regard se déplace ainsi entre la composition générale et les détails de la fabrication.

Les expositions de photographie, de peinture et de collage qui ont accompagné le parcours de Maithé Bru forment un arrière-plan visible dans sa pratique. Elles l’ont habituée à penser le cadrage, les rapports de masses, les couleurs et les associations de formes. La tapisserie lui permet ensuite de traduire ces recherches par le fil, avec une temporalité différente et une surface qui se construit au lieu d’être déposée d’un seul geste.

La transmission comme prolongement du geste

Depuis son atelier à Lavelanet, Maithé Bru propose des séances d’initiation pour les enfants et les adultes. Elle organise également des formats de découverte sur quelques heures, à la journée ou sur un week-end. Les participants réalisent une petite tapisserie sur un cadre simple ou sur un métier de haute lice de table et apprennent les rudiments du tissage d’une forme. L’objectif est de rendre les premiers gestes accessibles sans réduire la technique à une activité décorative rapide.

Une initiation permet de comprendre la préparation de la chaîne, la fabrication des lices, le passage de la trame et les finitions. La chaîne doit être montée avec soin, car sa tension influence la régularité du travail. Les lices servent ensuite à organiser les mouvements des fils. Le point de vannerie fait partie des petites techniques abordées dans les formats proposés, tout comme le tissage de petites tapisseries et la finition de l’ouvrage. Chaque étape donne une vision plus précise du temps nécessaire pour obtenir une surface stable et un motif lisible.

Le travail sur petit format est particulièrement formateur. Il oblige à observer la proportion d’un dessin, à limiter le nombre de couleurs et à comprendre comment une forme peut être construite avec une trame. Un cadre de dimension modeste permet de suivre les effets d’une tension ou d’un changement de fil sans perdre le fil du projet. L’atelier devient un lieu où l’on apprend par l’action, en répétant un geste puis en regardant ce qu’il produit.

Les séances s’adressent à des personnes qui souhaitent découvrir la tapisserie comme à celles qui veulent approfondir une pratique manuelle. Le groupe reste volontairement réduit afin que chacun puisse poser des questions, recevoir un conseil sur le geste et avancer à son rythme. Le partage autour des fils et des couleurs rappelle que le textile est aussi une culture commune, transmise par la pratique et par la conversation.

Un ancrage dans le Pays d’Olmes

Le travail de Maithé Bru s’inscrit dans la mémoire textile de Lavelanet et de l’Ariège. Elle a partagé sa passion avec des personnes non voyantes, malvoyantes et en situation de handicap moteur, avec des résidents d’EHPAD et avec des écoliers. Elle est aussi intervenue auprès du public du Musée du Textile de Lavelanet entre 2009 et 2019. Ces expériences donnent à la transmission une dimension ouverte : le tissage peut être abordé par la vue, le toucher, l’écoute des consignes et la perception des rythmes de la main.

Son activité s’inscrit aujourd’hui dans plusieurs réseaux locaux. Depuis 2023, Maithé Bru appartient à l’association Sensations Pyrénées Cathares, qui rassemble des artisans et des artistes de l’Ariège. Elle fait également partie du Bocal des Créateurs à Mirepoix depuis 2022. Ces liens rapprochent la tapisserie d’autres pratiques et favorisent les rencontres autour des savoir-faire, des matières et des projets culturels du territoire.

Les démonstrations et les ateliers auxquels elle participe prolongent cette présence locale. Une personne qui découvre la tapisserie peut voir la chaîne, les lices et la trame devenir une image ; elle peut aussi comprendre pourquoi la lenteur est une composante de la technique. Le fil ne se contente pas de couvrir une surface : il construit la forme par répétition, tension et assemblage.

Une pratique entre basse lice et haute lice

Maithé Bru est lissière créatrice en basse et haute lice. Cette double pratique permet de passer d’un métier horizontal à un métier vertical, de varier les gestes et d’adapter le support à la composition. Elle peut travailler une petite pièce destinée à être découverte pendant une séance, comme une tapisserie plus personnelle développée sur un temps plus long. Dans les deux cas, la relation entre le dessin et le tissage reste essentielle.

La lissière ne cherche pas seulement à reproduire une image. Elle accompagne le motif dans la matière, avec les contraintes et les possibilités propres aux fils. Une couleur peut être rapprochée d’une autre par petites touches, une ligne peut être épaissie par plusieurs passages, une zone peut rester plus ouverte pour laisser respirer la composition. Les irrégularités mesurées du tissage rendent chaque ouvrage singulier et visible comme une œuvre faite à la main.

À Lavelanet, Maithé Bru propose ainsi une rencontre avec un métier textile à la fois précis et sensible. Ses tapisseries relient une mémoire familiale et industrielle, une recherche autour de l’image et une volonté de transmettre. Les ateliers permettent d’expérimenter le montage de la chaîne, les lices, la trame et les finitions ; les œuvres montrent comment ces mêmes gestes peuvent donner naissance à des arbres, des fleurs, des mouvements et des compositions personnelles.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction