À Roussillon, en Isère, Margaery & Ser No fait vivre un atelier artisanal et familial consacré au cuir d’art. Fondé en 2014, l’atelier associe le cuir repoussé, la maroquinerie traditionnelle et la papeterie d’art pour créer des pièces uniques ou produites en petites séries. Sacs, ceintures, portefeuilles, étuis, carnets, livres d’or, liseuses, marque-pages, tableaux, échiquiers, bijoux et accessoires de coiffure composent un univers où la matière porte un décor aussi bien qu’un usage. Chaque réalisation est dessinée, travaillée, teintée et assemblée à la main.
Le cuir repoussé donne au matériau une dimension sculpturale. La surface n’est pas seulement découpée pour former un objet : elle est entaillée, modelée et creusée afin de faire apparaître des reliefs. Un motif floral, un entrelacs, une scène narrative ou une inspiration puisée dans les univers médiévaux et imaginaires peut ainsi se déployer sur une couverture, un sac, un tableau ou un accessoire. La forme générale reste liée à la fonction, mais le décor donne à la pièce une présence qui la distingue d’un article simplement uni.
Le travail commence par le choix d’un cuir tanné végétal. Cette matière est appréciée pour son évolution dans le temps, sa tenue et la manière dont elle reçoit les outils de ciselage. Son épaisseur, sa souplesse et son grain influencent la profondeur du relief et le comportement de la pièce lors de l’assemblage. Un cuir destiné à une couverture de carnet ne sera pas préparé comme celui d’une ceinture ou d’un sac. L’artisan observe donc la peau avant de décider du dessin, des zones à travailler et des renforts nécessaires.
La découpe prépare les différentes parties de l’objet. Un cutter suit les lignes du patron et sépare les éléments qui formeront la couverture, le rabat, la poche, la sangle ou le décor. Cette étape demande de préserver les zones qui supporteront les tractions et les plis. Le sens du grain peut modifier la façon dont une pièce se tient ou se déforme. Sur une grande surface, le placement du motif doit également tenir compte des bords, des ouvertures et des parties qui seront masquées par une couture ou un assemblage.
Le ciselage intervient ensuite sur la fleur du cuir. Les lignes du dessin sont entaillées pour définir les contours du motif. Une incision plus ou moins profonde modifie la manière dont la lumière accroche la surface et prépare les zones qui seront repoussées. Le geste demande de suivre le dessin sans perdre la régularité des courbes. Un motif destiné à un marque-page peut être fin et resserré, tandis qu’un tableau ou une couverture de livre autorise une composition plus large, avec plusieurs plans et des détails destinés à être regardés de près.
Le repoussage crée le volume dans l’épaisseur du cuir. Le matériau est humidifié, puis des outils appelés matoirs sont martelés à froid au maillet pour enfoncer certaines zones et en relever d’autres. Cette action fait apparaître un relief progressif. Une feuille peut prendre du volume autour de sa nervure, une bordure peut se détacher du fond et un personnage peut être modelé par de petites variations de hauteur. La pression, l’humidité et la forme de l’outil doivent rester maîtrisées pour éviter de marquer involontairement les parties voisines.
Le relief donne au décor une qualité tactile. Un tableau en cuir se regarde comme une œuvre murale, mais il invite aussi à comprendre sa composition par les ombres et les creux. Sur un sac ou une ceinture, le motif accompagne le mouvement de l’objet et doit rester compatible avec les zones qui seront manipulées. Sur un carnet, la couverture reçoit des ouvertures et des frottements répétés. La profondeur est donc choisie en fonction du support, du risque d’usure et de l’effet recherché, afin que l’ornement reste lisible sans fragiliser la pièce.
Après le travail du relief vient la mise en teinte. Des teintures, peintures et pigments sont appliqués pour faire ressortir les volumes, créer des contrastes et donner une direction chromatique à l’ensemble. Une couleur peut souligner les creux, éclairer une bordure ou accentuer un motif. Les nuances se construisent par couches et réagissent à la texture obtenue lors du repoussage. Le cuir conserve ainsi une profondeur visuelle différente de celle d’une surface imprimée, car la couleur accompagne une matière déjà transformée par les outils.
L’assemblage réunit les parties préparées. Les bords peuvent être retournés, doublés ou renforcés selon la structure de l’objet. Un sac demande une organisation des panneaux, des anses, des rabats et des poches. Une ceinture doit supporter la tension autour de la taille. Un étui doit protéger son contenu tout en permettant de le sortir facilement. La préparation des pièces doit donc rester précise pour que les coutures ne déforment pas le motif et que les zones sollicitées conservent une bonne tenue dans le temps.
Les coutures sont réalisées à la main au point sellier. Cette technique traverse les épaisseurs selon un rythme régulier et forme un assemblage solide. Le fil, la distance entre les points et la préparation des trous participent à la finition générale. Sur une pièce décorée, la couture peut encadrer le relief ou rester plus discrète pour laisser le motif dominer. Sur un article utilitaire, elle doit aussi résister aux ouvertures, aux tractions et aux manipulations répétées. Le temps de travail permet de contrôler chaque ligne avant de passer aux finitions.
Le traitement des bords termine la construction. Ils sont polis et traités en surface afin de devenir plus réguliers, plus agréables au toucher et mieux protégés. Une tranche nette donne de la continuité à une couverture de carnet, à une ceinture ou à une anse. Elle évite également qu’une partie du cuir ne s’effiloche ou ne se soulève avec l’usage. La finition est choisie en relation avec la teinte, l’épaisseur et le caractère de l’objet. Elle peut rester sobre pour laisser la matière parler ou renforcer l’éclat d’un décor.
La maroquinerie d’art de Margaery & Ser No comprend des sacs, des ceintures, des portefeuilles et des étuis. Un sac peut recevoir un décor repoussé sur un rabat ou une partie visible, tandis que sa construction doit organiser le contenu et préserver la tenue de l’ensemble. Une ceinture offre une surface longue et étroite qui convient à des bordures, des motifs répétés ou un signe distinctif. Un portefeuille demande de combiner finesse, compartiments et résistance. Un étui peut être conçu pour protéger un objet précis et recevoir un relief adapté à sa forme.
La papeterie en cuir prolonge cette approche vers des objets qui accompagnent l’écriture et la lecture. Carnets, livres d’or, liseuses et marque-pages réunissent une couverture travaillée, un support papier et des éléments d’assemblage. Le cuir repoussé peut porter un décor littéraire, végétal, historique ou imaginaire. La couverture doit rester agréable à ouvrir et assez résistante pour supporter les manipulations. Certains carnets peuvent recevoir des pages amovibles ou rechargeables, ce qui donne à l’objet une vie plus longue et permet de conserver le même habillage tout en renouvelant son contenu.
Les tableaux et les échiquiers mettent particulièrement en valeur le relief. Un tableau en cuir repoussé peut organiser une scène sur une surface plane, utiliser le cadre comme partie du décor et jouer sur la profondeur des motifs. L’atelier présente notamment une œuvre inspirée par la mémoire, la transmission et les gestes liés au livre. La réalisation de cette pièce a demandé près de cent heures de travail, entre repoussage, peinture et teinture. Un échiquier associe pour sa part un décor minutieux à un usage de jeu, avec des zones qui doivent rester lisibles et suffisamment résistantes.
Les inspirations de l’atelier se nourrissent de la nature, du monde médiéval et des imaginaires féeriques. Ces thèmes peuvent apparaître dans des entrelacs, des fleurs, des animaux, des personnages, des écritures ou des compositions évoquant un récit. L’objectif n’est pas de plaquer un motif identique sur chaque support. Le dessin doit être adapté à la largeur d’une sangle, à la courbe d’un rabat, au format d’un tableau ou à la surface disponible sur une couverture. Le cuir devient alors le lieu d’une narration qui se modifie avec l’objet choisi.
Les bijoux et les accessoires de coiffure offrent un format plus petit, où chaque détail compte. Une barrette, un bandeau ou un bijou-doudou doit rester léger et agréable à porter. Le relief peut être concentré sur une fleur, un entrelacs ou une petite figure. La fixation et les parties en contact avec le corps demandent une finition régulière, tandis que la couleur participe à l’accord avec une tenue. Le travail artisanal rend possibles des variations de forme et de teinte qui donnent à chaque accessoire une identité propre.
L’atelier peut également imaginer des créations personnalisées. Un motif peut être inspiré par une histoire familiale, un univers littéraire, un animal, un voyage ou un symbole choisi par la personne qui commande. La conception doit alors préciser le support, la taille du décor, le niveau de relief, la couleur, la fermeture et les usages attendus. Une pièce destinée à être offerte n’est pas pensée comme un simple objet décoratif : elle doit correspondre à la personne qui la recevra et pouvoir trouver sa place dans ses habitudes.
Le cuir tanné végétal évolue avec le temps. La lumière, les manipulations et les soins modifient sa teinte et son aspect, ce qui fait partie de son caractère. Un nettoyage doux et régulier permet de retirer la poussière sans agresser la surface. L’humidité prolongée, une chaleur directe ou une exposition excessive au soleil peuvent altérer la matière et les pigments. Les reliefs doivent être protégés des pressions inutiles. Les conseils d’entretien dépendent de la finition utilisée et peuvent être précisés pour chaque création afin de préserver le décor et la souplesse du cuir.
Margaery & Ser No présente ainsi une maroquinerie où la main intervient à chaque moment, du dessin des motifs jusqu’au polissage des bords. Le cuir repoussé apporte une profondeur qui transforme sacs, ceintures, carnets, tableaux et accessoires en objets singuliers. Les techniques de ciselage, de repoussage, de teinture, de couture au point sellier et d’assemblage sont adaptées à la fonction de chaque pièce. À Roussillon, l’atelier associe une matière durable, des inspirations narratives et un travail patient pour créer des objets d’art et de maroquinerie qui accompagnent leur propriétaire dans le temps.