À Irigny, dans la métropole de Lyon, Mari & Femme réunit Bernadette Epitalon et Matthieu Chauvin autour du verre, de la couleur et du dessin. Leur atelier de design verrier travaille principalement en fusing, tout en abordant le vitrail au plomb, le thermoformage, la gravure et différentes formes de façonnage. Les réalisations vont du vitrail architectural au meuble, de la vaisselle aux bijoux, des objets décoratifs aux éléments d’aménagement. L’atelier étudie également des créations sur mesure et peut réaliser un objet imaginé par un client, un architecte, une entreprise ou un particulier.
Le fusing consiste à assembler des morceaux de verre puis à les réunir par la chaleur. Cette technique permet de travailler à plat, de construire une image, d’organiser des couleurs ou de créer des reliefs. Selon l’épaisseur et le cycle de cuisson, les éléments peuvent rester lisibles séparément ou former une surface plus homogène. Une plaque devient ainsi un support pour un motif, un panneau décoratif, un plan de meuble ou une partie de vitrail. Le travail demande de prévoir les compatibilités, les raccords, les variations de température et la manière dont la lumière traversera l’ensemble.
Chez Mari & Femme, le fusing est pensé à plusieurs échelles. Il peut produire un petit objet, une pièce d’art de la table, un bijou ou une croix, mais aussi un décor mural, une porte, une façade de meuble ou une grande composition destinée à l’architecture. Changer d’échelle modifie la préparation. Une petite pièce doit conserver une lecture nette et un poids adapté ; un panneau plus vaste doit être divisé, soutenu et transporté avec précaution. Les couleurs, les lignes et les textures doivent rester cohérentes lorsque l’œuvre quitte le format de l’échantillon pour prendre place dans un espace.
Le vitrail au plomb apporte une autre logique de construction. Les pièces de verre sont découpées puis réunies par un réseau de plomb qui dessine les lignes et maintient la composition. Le plomb ne sert pas seulement à assembler : il participe au rythme du motif et à la manière dont le regard circule. Les verres peuvent être choisis pour leur transparence, leur texture ou leur couleur. Le projet doit tenir compte de la lumière naturelle, de la structure qui recevra le vitrail et de la relation entre les parties pleines et les ouvertures. Mari & Femme associe cette technique traditionnelle à des solutions contemporaines lorsque l’usage ou le lieu le demande.
La création d’un vitrail commence par un échange sur le format, l’emplacement, le sujet et la gamme de couleurs. Une esquisse permet de fixer les grandes lignes, puis une maquette précise la composition et la place des éléments. Le dessin devient un outil de dialogue entre l’intention et la matière. Après accord, les verres sont choisis, découpés et assemblés selon la technique retenue. La pièce est ensuite préparée pour son transport et sa pose. Cette continuité entre dessin, fabrication et installation évite de séparer l’image de la réalité du lieu dans lequel elle sera regardée.
Le thermoformage permet de donner une courbe au verre. Une feuille est chauffée jusqu’à devenir suffisamment souple pour épouser un support ou un moule, puis elle refroidit progressivement afin de conserver sa forme. Cette possibilité ouvre des usages différents du panneau plat. Le verre peut devenir un élément de séparation, une paroi, une vasque, une applique ou une pièce de mobilier. La courbe transforme la façon dont la lumière se réfléchit et crée des ombres qui n’existeraient pas sur une surface plane. Le choix du rayon, de l’épaisseur et de la finition doit être lié à l’usage réel de l’objet.
Le mobilier occupe une place singulière dans l’univers de l’atelier. Le verre peut être associé à l’acier, à l’aluminium ou à d’autres matériaux pour former une table, un bureau, une étagère, une vasque ou un élément de rangement. Le dessin doit alors tenir compte de la structure, des points d’appui et de la manière dont les personnes utiliseront la pièce. Une surface colorée peut devenir le centre visuel d’un meuble, tandis qu’un verre plus transparent laisse apparaître une structure ou un environnement. Le fusing apporte une dimension graphique qui transforme un objet fonctionnel en pièce de design.
Les créations pour la salle de bains montrent comment le verre se confronte à des contraintes précises. Une paroi de douche, une vasque ou un plan de toilette doit être dimensionné, fini et installé avec soin. La surface peut être colorée, texturée ou plus discrète selon l’atmosphère recherchée. Les raccords, les ouvertures et les points de contact doivent être anticipés dès le dessin. Le verre n’est pas seulement choisi pour son apparence : sa forme et sa finition doivent s’accorder avec l’eau, le nettoyage, les éléments voisins et la circulation dans la pièce.
L’art de la table permet d’aborder une échelle plus proche de la main. Une assiette, un plat, un porte-couteaux ou un objet décoratif peut réunir une forme simple et une composition de verre coloré. La cuisson transforme l’assemblage et peut donner une surface douce, un relief ou une transparence particulière. Les objets sont pensés pour être regardés et manipulés, ce qui demande d’accorder la forme au geste. Une couleur peut se révéler par la lumière d’une fenêtre, une épaisseur peut renforcer la présence d’un bord et une texture peut rendre la pièce plus expressive.
Les bijoux de Bernadette Epitalon prolongent ce travail dans un format intime. Les bagues, boucles et pendentifs associent le verre à des métaux précieux comme l’or, le platine ou l’argent. Chaque pièce est dessinée, fabriquée et montée à la main dans l’atelier d’Irigny. La simplicité des formes laisse une place particulière à la couleur et à la relation entre le verre et le métal. Une bague doit trouver son équilibre sur le doigt, une boucle doit rester agréable à porter et un pendentif doit conserver une présence lisible malgré sa petite taille. La délicatesse vient alors de la précision du dessin comme de la patience du montage.
La gravure, le dessin, la peinture et l’infographie enrichissent la pratique du couple. Ces compétences permettent de préparer une composition, de travailler un portrait, de simplifier une figure ou d’organiser un décor non figuratif. Le verre reçoit ensuite cette recherche selon une technique adaptée : fusing, vitrail, peinture ou thermoformage. Le motif n’est pas appliqué de la même façon sur une plaque, une pièce courbe ou un objet en volume. Chaque support demande donc de traduire l’image en tenant compte de la lumière, des épaisseurs et des transformations liées à la cuisson.
Les projets figuratifs occupent une place particulière dans les réalisations de Mari & Femme. Un portrait, une scène ou un personnage peut être construit à partir de croquis et de maquettes avant d’être transposé en verre. La composition doit rester reconnaissable tout en acceptant les simplifications imposées par le découpage et l’assemblage. Les couleurs, les lignes de plomb, les émaux et la grisaille contribuent à organiser les volumes et les expressions. Le travail conserve une dimension artisanale, car chaque morceau de verre doit trouver sa place et chaque étape peut modifier la manière dont l’image se lit.
Les créations non figuratives et la signalétique proposent une autre relation au lieu. Une forme abstraite peut s’appuyer sur des lignes, des contrastes et des rythmes de couleur plutôt que sur un sujet identifié. Une signalétique en verre doit être visible, durable et compatible avec l’architecture qui l’accueille. Le fusing permet d’intégrer un signe dans la matière, de jouer sur la transparence ou de créer un relief. L’atelier peut ainsi passer d’une œuvre contemplative à un élément qui guide, identifie ou structure un espace.
La restauration de vitraux au plomb demande une attention différente de la création neuve. Il faut observer l’état de la composition, repérer les pièces fragilisées et comprendre la façon dont le réseau tient l’ensemble. Une reprise peut concerner un élément de verre, une liaison ou la mise en sécurité d’une partie du panneau. Le travail cherche à respecter le dessin existant tout en rendant la pièce manipulable et durable. La connaissance du verre, du plomb et des finitions permet d’intervenir avec mesure, sans effacer les traces qui appartiennent à l’histoire de l’œuvre.
Le parcours de Mari & Femme est lié à une première expérience de vitrail réalisée pour une église à Bora-Bora. Bernadette Epitalon et Matthieu Chauvin se sont rencontrés aux Beaux-Arts et ont développé des compétences croisées en dessin, gravure, infographie et cuisson du verre. Leur installation dans la région lyonnaise a ensuite permis de construire un atelier où la conception reste proche de la fabrication. Cette histoire explique l’ouverture de leur pratique : le verre peut devenir vitrail, mobilier, bijou, objet ou décor, sans perdre le lien entre l’idée et le geste.
Le sur-mesure commence par une conversation sur le lieu, les dimensions, la fonction et l’atmosphère recherchée. Un projet peut être très précis ou partir d’une intuition encore ouverte. L’atelier aide alors à choisir la technique, la gamme de couleurs, le type de finition et le mode d’installation. Les essais et les dessins servent à ajuster la proposition avant la réalisation. Ce temps de préparation est particulièrement utile lorsque le verre doit s’intégrer à une architecture ou dialoguer avec un meuble, un éclairage et d’autres matériaux.
À Irigny, Mari & Femme associe donc le design verrier, le fusing et le vitrail à une recherche autour de la couleur et de la fabrication sur mesure. Bernadette Epitalon et Matthieu Chauvin réalisent des vitraux, des panneaux, des meubles, des objets de table, des pièces décoratives et des bijoux, en adaptant la technique à chaque projet. Le fusing permet d’assembler le verre à chaud, le thermoformage lui donne du relief, le vitrail organise la lumière et la gravure enrichit les surfaces. Entre pièce unique, petite série, restauration et création architecturale, l’atelier fait du verre une matière à la fois fonctionnelle, lumineuse et profondément personnelle.