À Paris, Marie Archambaud développe un travail de broderie métallique qui se situe entre les arts du fil, la bijouterie et la sculpture. Son atelier-studio conçoit des ornements et des pièces brodées où le métal est employé comme une matière souple, capable de dessiner des lignes, de former des mailles et de faire naître des volumes. Le geste garde la précision d’une broderie, mais il s’éloigne de la surface plane pour explorer des reliefs, des structures aériennes et des formes inspirées du vivant. Les architectures végétales, les ramifications et les textures organiques nourrissent ainsi un univers qui ne sépare pas le textile de l’objet.
Marie Archambaud est formée au textile et à la broderie au fil d’or à Rochefort. Son parcours comprend également un diplôme supérieur d’arts appliqués, mention métiers d’art, obtenu à l’ENSAAMA Olivier de Serres. Cette formation lui a permis d’approfondir le rapport entre le dessin, les matériaux et la fabrication, tout en découvrant plus largement le travail du métal. Elle a ensuite enrichi son expérience par une résidence de quatre mois au sein de l’atelier de broderie Ishani, à Mumbai, dans le cadre du programme Voyager pour les Métiers d’Art de la Fondation Culture & Diversité, soutenu par l’UNESCO. La rencontre entre la broderie d’or, les techniques indiennes et la recherche sur le métal a contribué à construire une pratique personnelle.
L’atelier-studio créé en 2022 fonctionne à la fois comme un lieu de recherche, un espace de conception et un atelier de production. Les projets sont développés et réalisés en interne à Paris. Cette organisation permet de faire évoluer une idée depuis les premiers essais de matière jusqu’à une pièce aboutie, qu’il s’agisse d’un ornement, d’un accessoire, d’une sculpture ou d’un décor. Le métal peut être travaillé en fil doré, argenté ou cuivré, avec des assemblages et des mailles qui donnent au dessin une présence particulière. La matière capte la lumière, marque les contours et transforme une surface en paysage de lignes et de points.
La broderie métallique de Marie Archambaud s’adresse d’abord à des projets sur mesure. L’atelier collabore avec des maisons et des marques dans les domaines de la haute couture, de l’objet d’art, du design et du visual merchandising. Une commande peut demander de créer un volume qui accompagne un vêtement, un ornement destiné à une présentation, une parure liée à un univers de marque ou un élément décoratif pensé pour un espace. Dans chaque cas, le fil doit trouver la bonne relation avec le support, l’échelle, le mouvement et la lumière. La maîtrise technique ne consiste pas seulement à reproduire un motif : elle permet d’adapter une écriture de métal à une intention précise.
Les réalisations présentées par l’atelier montrent plusieurs manières d’habiter cette matière. « Émergence » réunit des cols de couture conçus pour le défilé du couturier Jérôme Blin. « Envol » prend la forme d’une parure haute couture située à la frontière du bijou et du vêtement. Les pièces « Foliaur » et « Foliusa » évoquent des branches et des feuilles qui entourent le corps, tandis que la collection « Jardin » développe des sculptures florales. Ces projets ne réduisent pas la broderie à une décoration ajoutée après coup. Le fil contribue à la silhouette, au volume et à la manière dont l’objet se découvre lorsque le regard se déplace.
Le travail se prolonge dans des tableaux brodés avec la collection « Cytos ». Là, le support accueille une composition dont la profondeur vient de l’accumulation des fils et des reliefs. La série « Floris », réalisée en collaboration avec Véronique Joly-Corbin, et « Dryas », développée avec Sylvie Kameni et La Maison du Pli, montrent aussi comment la pratique peut entrer en dialogue avec d’autres univers créatifs. Une collaboration ne gomme pas le geste de l’atelier : elle l’inscrit dans une recherche commune où la matière métallique, le dessin et la mise en scène doivent se répondre.
La dimension de bijou apparaît également dans les créations destinées au public. La boutique de Marie Archambaud présente des couronnes, des peignes, des boutonnières, des bracelets et des boucles d’oreilles brodés à la main. Certains modèles utilisent un fil de cuivre doré ou plaqué, façonné en petites feuilles, en mailles ou en formes légères. Les accessoires de mariage occupent une place visible dans cet ensemble : une couronne, un peigne, une boutonnière ou une parure peuvent accompagner une coiffure ou une tenue sans chercher à imiter un bijou moulé. La souplesse et le relief du fil donnent à ces objets une présence plus proche de l’ornement textile.
Dans une pièce brodée, le choix de la technique modifie le comportement de la surface. La broderie traditionnelle au fil d’or apporte une ligne lumineuse et une grande finesse de détail. La cannetille, travaillée en fonction du dessin, permet de composer des effets de texture et de réfléchir la lumière par petites touches. Le métal peut aussi être mis en forme avec des gestes contemporains, notamment le martelage de la cannetille ou la création de mailles au tricotin. Ces procédés ne sont pas utilisés comme une simple démonstration technique : ils servent à obtenir un relief, une ouverture, une densité ou un rythme en accord avec la forme recherchée.
La relation au vivant est particulièrement lisible dans les dentelles racinaires et les mailles qui caractérisent l’univers de l’atelier. Une ligne peut rappeler une tige, un réseau cellulaire ou une branche sans devenir une reproduction littérale de la nature. Le métal garde sa propre tension et ses propres reflets. Il devient une matière à modeler, suffisamment fine pour suggérer une croissance et suffisamment structurée pour tenir dans l’espace. Cette manière de passer du fil à la sculpture donne aux œuvres une apparence légère, même lorsque la composition demande de nombreuses heures de préparation et d’assemblage.
Marie Archambaud poursuit également un travail d’auteur avec des œuvres personnelles. Les sculptures, les tableaux et les bijoux permettent de développer des recherches qui ne dépendent pas d’une commande de maison ou d’une collection de mode. La broderie devient alors un langage autonome, capable de se déployer sur un mur, dans une vitrine, sur le corps ou dans un volume isolé. Les pièces peuvent être regardées de loin pour leur silhouette générale, puis de près pour leurs points, leurs attaches et leurs variations de surface. Cette double lecture est importante dans une pratique où le détail de la main participe autant à la forme finale que l’idée de départ.
La transmission complète cette activité. Marie Archambaud propose des ateliers d’initiation consacrés à la broderie métallique. Une séance peut conduire à la réalisation d’un tableau floral brodé au fil d’or sur papier. Les participants découvrent les matériaux, les outils et les fils, puis expérimentent la broderie traditionnelle, le martelage de la cannetille et le tricotin pour construire une composition avec du relief. Une autre formule permet de fabriquer un bijou en fil métallique doré ou argenté. Les participants apprennent à mettre le fil en forme et à créer des mailles avant de choisir un accessoire, comme une broche, une boutonnière ou une épingle à cheveux.
Ces temps de pratique rendent le savoir-faire accessible sans le réduire à une activité décorative rapide. Le support papier, le fil et les outils imposent d’observer la lumière, la tension et la direction du geste. En travaillant une fleur ou une petite parure, chacun comprend comment un matériau continu peut devenir une ligne, une boucle, une feuille ou une maille. Le résultat conserve la trace de l’apprentissage et de la main. Pour des personnes déjà familières du textile comme pour des débutants, cette approche offre une entrée concrète dans une technique située entre broderie d’art et bijouterie contemporaine.
L’atelier peut aussi accueillir des projets de transmission ou des demandes particulières autour de la broderie métallique. Le travail réalisé à Paris associe la création, la production et l’échange avec les personnes qui souhaitent comprendre les gestes. Cette ouverture vers le public complète les collaborations professionnelles sans confondre leurs objectifs. Une commande de haute couture répond à une silhouette et à un cahier de création ; un atelier d’initiation donne le temps de manipuler la matière ; une œuvre personnelle permet de poursuivre une recherche plus libre. Dans les trois cas, la précision des fils et la construction du relief restent au centre.
Pour un projet de mode, d’accessoire ou de décoration, l’intérêt de Marie Archambaud tient à cette capacité à faire circuler le métal entre plusieurs échelles. Un fil peut souligner une petite boutonnière, composer la surface d’un tableau ou devenir l’ossature d’une parure portée. Le même savoir-faire change de rythme selon le support et la distance de regard. Sur un vêtement, il doit accompagner le corps. Dans un espace, il doit dialoguer avec l’éclairage et la circulation. Dans un bijou, il doit conserver sa finesse tout en résistant aux manipulations prévues. La création sur mesure permet de régler ces relations dès la conception.
À Paris, Marie Archambaud fait ainsi de la broderie métallique un champ de recherche où l’orfèvrerie textile rencontre la sculpture de fil. Ses cols, parures, tableaux, sculptures et bijoux s’appuient sur une formation textile, une pratique de la broderie d’or et une exploration continue du métal. Les collaborations avec la haute couture, le design et les objets d’art prolongent une production personnelle nourrie par les formes végétales et les structures du vivant. Les ateliers d’initiation ajoutent une dimension de transmission, en donnant à chacun l’occasion de découvrir la cannetille, les fils métalliques, le tricotin et la construction d’un relief. Cette combinaison de recherche, de création et de partage définit l’identité de l’atelier-studio.