À Paris, Marie Azzopardi façonne des pièces en grès naturel sous le nom Les Mondes de MA. Son travail réunit le tournage, le modelage, l’estampage, l’illustration et la linogravure pour créer des objets uniques ou réalisés en petites séries. L’atelier s’intéresse à l’art de la table et à la décoration intérieure, avec des formes qui cherchent autant la présence matérielle que la sensation qu’elles procurent. Bols, tasses, mugs, plateaux, vases, boîtes, calices, porte-encens et petits objets décoratifs composent un ensemble où le dessin entre dans la terre par l’impression, le pochoir ou le travail de l’émail.
Le parcours de Marie Azzopardi n’a pas commencé dans la céramique. Après avoir exercé comme vétérinaire en région parisienne, elle s’est formée auprès de l’école Arts et Techniques Céramiques à Paris. Elle y a approfondi le tournage, le modelage et la création d’émaux, avant d’obtenir son CAP tournage en céramique en juillet 2022. Cette reconversion donne une tonalité particulière à sa pratique. Le soin et l’attention aux autres, présents dans son ancien métier comme dans sa manière de transmettre, se déplacent vers la terre. La pièce n’est pas seulement un objet à produire : elle doit aussi porter une intention, une qualité de contact et une atmosphère.
Les Mondes de MA est un atelier où la conception et la fabrication restent étroitement liées. Marie Azzopardi imagine ses formes, prépare la terre, la tourne, la modèle ou l’estampe, puis travaille les décors et les émaux. Le grès naturel conserve une densité et un grain qui donnent du poids aux objets. Une forme tournée peut rester régulière tout en accueillant un motif qui la singularise ; une plaque de terre peut être imprimée ou découpée pour construire un plateau, une boîte ou un vide-poche. Les gestes ne s’additionnent pas mécaniquement. Chaque technique est choisie pour la relation qu’elle crée entre volume, surface et usage.
Le tournage donne une structure ronde aux bols, tasses, mugs, calices et vases. La terre centrée sur le tour s’ouvre, monte et se resserre selon le profil recherché. L’épaisseur de la paroi, la largeur du bord et la stabilité de la base doivent être pensées avec la fonction de l’objet. Une tasse engage la main et les lèvres ; un bol doit se laisser saisir et poser ; un vase doit garder son équilibre lorsqu’il reçoit des fleurs ou une branche. Le tournage apporte une continuité au volume, mais le décor et l’émail peuvent ensuite en modifier la lecture. La forme demeure ainsi le point de départ d’une expérience quotidienne.
Le modelage et l’estampage permettent d’introduire d’autres rythmes. Le modelage laisse davantage de liberté dans la construction d’un volume, tandis que l’estampage imprime une marque dans la terre encore fraîche. Marie Azzopardi utilise notamment des plaques de linogravure gravées à l’atelier pour inscrire des motifs sur ses pièces. Le dessin ne reste pas à distance, sur une feuille préparatoire : il devient une empreinte qui suit la surface et se déforme avec elle. Une ligne imprimée sur un plateau ne se regarde pas comme la même ligne sur un vase arrondi. Le motif doit tenir compte de la courbe, de l’échelle et de la manière dont l’objet sera approché.
Le pochoir constitue une autre manière de faire dialoguer dessin et matière. Les motifs apparaissent par contraste entre la terre et l’engobe. Une forme découpée organise le passage de la couleur et crée une image plus nette ou plus fragmentée selon le support. Sur un mug ou une tasse, le décor accompagne le geste de boire ; sur une boîte, il peut entourer le couvercle et le corps ; sur un plateau, il s’étend dans une surface plus ouverte. Le pochoir donne au décor une présence graphique tout en conservant la profondeur de la terre. La couleur ne recouvre pas l’objet de façon uniforme : elle le structure et guide le regard.
Les émaux sont créés et préparés par Marie Azzopardi dans l’atelier. Leur rôle dépasse la simple protection de la surface. Un émail peut apporter une brillance, une douceur visuelle, une profondeur ou un contraste avec le grès laissé plus mat. Le choix de la finition dépend du motif, de la forme et de la sensation recherchée. Un céladon craquelé peut donner à un plateau ou à une boîte une surface parcourue de lignes fines ; une zone plus sobre laisse apparaître le grain du matériau ; une couleur contrastée rend un pochoir plus lisible. La cuisson fixe ces relations et donne à la pièce son aspect durable.
Les collections des Mondes de MA sont organisées en cinq univers : Monde Tranquille, Les gardiens, Monde suspendu, Monde racine et Monde apprivoisé. Ces noms ne désignent pas seulement des catégories commerciales. Ils proposent des manières différentes d’entrer dans le travail. Le Monde Tranquille peut évoquer une présence calme et domestique ; Les gardiens donnent une place aux figures et aux objets qui veillent ; Monde suspendu introduit une relation à l’espace et à l’équilibre ; Monde racine rapproche la création de la terre et du vivant ; Monde apprivoisé accueille des formes qui rendent le merveilleux familier. Les collections offrent un cadre, mais chaque pièce conserve sa personnalité.
Le Monde Tranquille s’accorde avec les objets destinés à accompagner un moment de pause. Une tasse, un mug ou un petit plateau peut devenir un repère dans la journée par sa forme, sa texture et le motif qui l’habite. La céramique intervient dans un geste répété : tenir, remplir, poser, reprendre. Le choix du grès donne une présence tactile à ce rituel. Les contours et les couleurs invitent à ralentir le regard, tandis que la fonction empêche l’objet de devenir purement décoratif. Cette relation entre usage et réconfort est au cœur de la manière dont Marie Azzopardi décrit ses créations.
Les gardiens et les motifs figuratifs ouvrent un registre plus narratif. Les images présentées par l’atelier comprennent notamment une boîte ornée d’un tigre, des visages réunis dans des tasses ou des mugs, ainsi que des éléments inspirés de récits et de traditions. Le motif n’est pas posé comme une illustration indépendante. Il est découpé par le bord, interrompu par une anse ou courbé par la paroi. Le regard découvre alors une figure en tournant l’objet, comme si l’image se poursuivait autour du volume. Cette façon de travailler donne aux objets une dimension de compagnon : ils gardent une présence familière et une part d’imaginaire.
Le vocabulaire visuel se nourrit également de formes végétales et de motifs venus d’Asie de l’Est. Les plateaux portent des références à la pivoine ou au lotus ; d’autres pièces utilisent des motifs de type seigaiha, des évocations de tuiles coréennes ou des formes liées à l’architecture traditionnelle. Ces influences ne sont pas reproduites comme des ornements interchangeables. Elles passent par le dessin, la linogravure, le pochoir et la couleur pour être adaptées à un objet en grès. Un motif de lotus doit trouver son échelle sur une demi-lune ; une composition de pivoine doit suivre les poignées d’un plateau ; une référence aux tuiles d’un hanok peut accompagner la courbe d’un vase ou d’une tasse.
Les plateaux à anses et les plateaux en grès chamotté montrent comment le décor peut organiser une surface utile. Les poignées modifient la prise et créent deux points d’entrée dans la forme. L’émail céladon craquelé apporte une profondeur à la pièce, tandis qu’une impression en linogravure donne au motif une structure lisible. Un plateau peut servir à présenter des objets, à accompagner un repas ou à accueillir un porte-encens. Sa fonction reste ouverte, mais sa composition est précise : le bord, les anses, le motif et l’émail doivent se répondre pour que la pièce soit agréable à déplacer et à regarder.
Les vases développent une relation différente entre le décor et le volume. Le vase tambour à oreilles, les mini-vases, le vase flasque et le modèle associé à la plante d’immortalité montrent plusieurs manières de traiter un contenant vertical ou arrondi. Les oreilles, le col, les plis et les zones d’ouverture donnent des points d’appui au motif. L’hakeme, l’émail et les gels d’oxydes peuvent renforcer le contraste entre le corps et la surface. Un vase est destiné à recevoir une présence végétale, mais il doit aussi fonctionner lorsque le contenant reste vide. Sa silhouette, sa texture et sa couleur participent alors à l’ambiance du lieu.
Les objets de table se déclinent en calices, tasses, mugs et coupelles. Leur petite taille rend chaque détail sensible. Une anse doit s’accorder avec la paroi ; un bord doit rester agréable ; une base doit poser l’objet sans instabilité. Le motif ajoute une dimension qui se découvre en tournant la pièce. Les séries Lovers, Kappu, Shinpuru ou celles associées au céladon permettent de reconnaître une famille tout en laissant une place aux différences de couleur et de décor. Les variations de cuisson, d’émail et de geste empêchent la série de devenir une répétition sans relief.
Les boîtes et les porte-encens rapprochent la céramique du rangement et du rituel. Une boîte à secrets ornée d’un tigre associe un couvercle, un corps et une image qui se découvre par fragments. Un porte-encens organise la rencontre entre un objet en grès, la fumée et l’espace qui l’entoure. Le bouddha drapé présenté parmi les motifs de l’atelier donne à cette fonction une dimension contemplative, sans transformer l’objet en simple symbole. Dans chaque cas, l’usage guide la construction. Le couvercle doit se poser correctement, la base doit rester stable et les surfaces doivent supporter la présence de la lumière, du toucher ou de la chaleur selon la pièce.
Le concept japonais MA, qui évoque l’intervalle, l’espace et le silence entre deux choses, nourrit le nom de l’atelier. Cette idée rejoint la manière dont les objets sont conçus. Un motif peut laisser une zone calme autour de lui ; une anse crée un espace entre la main et la paroi ; un vase organise le vide autour de son ouverture ; un plateau ménage une surface où les objets peuvent être disposés. La céramique devient un moyen de rendre perceptible ce qui sépare et relie. Le grès, la couleur et le décor ne remplissent pas tout l’espace : ils composent avec lui.
La démarche de Marie Azzopardi porte aussi le nom Oero, présenté comme une forme de réconfort intérieur et d’énergie douce puisée dans ce qui entoure. Cette intention se retrouve dans les images simples qui nourrissent ses créations : une brume, un chat, le bruit des vagues, un rayon de soleil ou un conte d’enfance. Ces références ne sont pas transposées en scènes narratives systématiques. Elles deviennent des formes, des motifs, des textures et des couleurs qui peuvent rester discrètes sur une tasse ou prendre davantage de place sur un vase. L’objet garde alors une capacité d’évocation sans perdre sa place dans le quotidien.
Les projets sur mesure prolongent les collections. Marie Azzopardi échange autour des détails d’une commande pour adapter une forme, un décor, une couleur ou un ensemble de pièces. La demande peut concerner une table, une décoration intérieure, un objet à offrir ou une petite série. Le travail commence par la compréhension du besoin, puis se poursuit par le choix de la terre, du procédé décoratif et de la finition. L’illustration et la linogravure permettent de créer une image particulière ; le tournage ou le modelage donnent la bonne présence au volume ; l’émail relie les éléments. Le résultat reste attaché au langage des Mondes de MA tout en répondant à une situation précise.
La transmission occupe une place centrale dans son activité. Marie Azzopardi enseigne le tournage et l’émaillage à l’école Arts et Techniques Céramiques et partage sa pratique dans des ateliers de céramique en pédopsychiatrie à l’AP-HP, notamment à la Pitié-Salpêtrière. Ces expériences prolongent son intérêt pour le soin et le partage. Apprendre la céramique demande d’accepter les étapes, les hésitations et le temps nécessaire à la terre. Centrer, monter une paroi, poser un décor ou préparer un émail sont des gestes qui se comprennent par l’observation et la répétition. La transmission donne à chacun un accès concret à la matière, sans séparer la technique de la sensation.
L’ancrage parisien de l’atelier se lit dans la mention Fabriqué à Paris associée aux créations et dans le soutien d’Ateliers d’Art de France depuis 2024. La ville offre un contexte particulier à une pratique qui associe artisanat, illustration, design et récits intimes. Les pièces sont fabriquées à l’échelle d’un atelier, mais elles peuvent être découvertes dans des collections, des boutiques, des événements ou des projets sur mesure. Le travail circule ainsi entre la table, l’intérieur, l’exposition et la rencontre avec le public, en conservant le même fil : faire passer une émotion dans la terre par une forme, un motif et une surface.
À Paris, Marie Azzopardi fait des Mondes de MA un univers de grès naturel où l’objet utilitaire garde une dimension sensible. Le tournage, le modelage et l’estampage construisent les volumes ; la linogravure, le pochoir, les engobes et les émaux donnent aux surfaces leur vocabulaire. Les cinq collections accueillent des plateaux, vases, boîtes, calices, tasses, mugs, broches et porte-encens qui relient les gestes de la maison à des images de nature, de liens humains, de contes et de cultures japonaise ou coréenne. Chaque pièce cherche une présence douce, assez proche pour être utilisée, assez singulière pour devenir un repère dans l’espace.