À Montréal, dans l’Yonne, Marie-Laure de Vaucelles exerce le métier de relieuse d’art. Son parcours est lié au livre depuis plusieurs décennies : après sa formation à l’Union des Arts Décoratifs, section reliure, elle ouvre un premier atelier à Boulogne en 1979. Des séjours à l’étranger précèdent la reprise de son activité, puis l’installation de son atelier en Bourgogne. Cette trajectoire associe une connaissance ancienne de la reliure et une capacité à faire évoluer la pratique vers des objets destinés à des usages personnels, professionnels ou artistiques.
Son activité s’organise autour de la reliure d’art et de la carterie. Les productions comprennent des pièces uniques et de petites séries, ce qui permet de répondre à des projets très différents. Un ouvrage peut être traité comme un exemplaire singulier, avec une structure et une finition pensées pour lui. Une série de carnets ou d’albums peut au contraire partager une même ligne tout en conservant le caractère manuel de chaque réalisation. La reliure devient ainsi une manière de protéger un contenu, mais aussi de lui donner une présence cohérente avec la personne ou le projet auquel il est destiné.
La reliure consiste d’abord à réunir et protéger les feuilles d’un livre. Le travail porte sur la façon dont les cahiers sont préparés, cousus, assemblés et recouverts. Une couverture doit maintenir l’ensemble sans empêcher l’ouverture. Le dos doit accompagner le mouvement du volume. Les plats, les gardes et les matériaux de revêtement composent une enveloppe qui doit être agréable à regarder et à manipuler. Dans une reliure d’art, ces éléments sont également choisis pour établir un rapport avec le texte, les images ou l’histoire du livre. La construction et l’apparence avancent ensemble.
Marie-Laure de Vaucelles associe le savoir-faire de la reliure traditionnelle à une touche plus contemporaine. Cette orientation se manifeste dans le choix des formes, des coloris et des matériaux, mais aussi dans la manière d’adapter un objet classique à une demande actuelle. Un album photo peut être conçu pour conserver des images de famille ; un carnet peut accompagner l’écriture ou le dessin ; un livre d’or peut réunir les messages liés à un événement. Ces objets ne sont pas seulement des supports neutres. Ils sont manipulés, offerts, conservés et parfois transmis, ce qui donne à leur fabrication une dimension intime.
La collection d’albums photo créée en 2003 illustre cette attention aux usages. Un album doit permettre de tourner les pages, de maintenir les photographies et de rester stable lorsqu’il est posé ou consulté. Son format, sa couverture et ses matériaux influencent la manière dont les images seront découvertes. La reliure traditionnelle apporte la connaissance de la structure et des finitions ; la recherche contemporaine permet de proposer une apparence adaptée à un intérieur, à une occasion ou à une série d’images. L’album prend alors une place particulière entre l’objet de conservation et le livre personnel.
Les albums, carnets et livres d’or s’adressent aux particuliers comme aux professionnels. Pour une famille, la demande peut concerner un souvenir à conserver ou un cadeau lié à une naissance, un mariage ou une fête. Pour une boutique, un photographe ou une galerie, la reliure peut participer à la présentation d’un travail ou à la création d’un objet destiné à être remis à un client. Les besoins ne sont pas les mêmes selon le nombre de pages, le format, la fréquence de manipulation et le rôle du livre. Le dialogue permet de définir l’équilibre entre la résistance, la souplesse, la couleur et la finition.
La carterie complète la reliure par des objets de papier plus courts et plus directement liés à la correspondance ou à l’offrande. Une carte peut être choisie pour son format, sa matière et son décor, puis associée à un album ou à un carnet. La proximité entre ces activités se comprend dans l’attention portée au papier, aux assemblages et aux détails de présentation. Les pièces peuvent rester sobres, afin de laisser la place au message, ou adopter une composition plus travaillée lorsqu’elles sont conçues comme des objets de collection. Dans les deux cas, la main du métier se lit dans les proportions et les finitions.
Le choix des matériaux participe à l’identité de chaque réalisation. Le papier peut apporter une texture, une couleur ou un motif. La toile donne une surface régulière et une bonne tenue à une couverture. Le cuir permet une relation plus dense au toucher et peut accompagner un objet destiné à durer. D’autres matériaux peuvent être associés selon le format, l’usage et l’effet recherché. La reliure traditionnelle fournit les principes de construction ; l’approche contemporaine autorise des combinaisons qui ne cherchent pas à reproduire une seule époque. L’objet final doit toutefois rester équilibré, lisible et facile à utiliser.
Une pièce unique permet de développer une relation étroite avec le contenu. Pour un album, le décor peut accompagner les images sans les concurrencer. Pour un carnet, la couverture peut être pensée pour supporter une manipulation fréquente. Pour un livre d’or, l’ouverture et la stabilité sont liées au fait que de nombreuses personnes vont écrire dans les pages. Le relieur tient compte de ces différences avant de choisir la structure et les finitions. La beauté d’un objet ne se résume pas à sa couverture : elle dépend aussi de la façon dont le livre se laisse ouvrir, tenir, remplir et conserver.
Les petites séries demandent un autre type d’organisation. Plusieurs exemplaires peuvent reprendre une même construction et une même gamme de matériaux, tout en présentant des variations liées au travail manuel. Une série d’albums ou de carnets peut être harmonisée pour former un ensemble, mais chaque pièce doit rester correctement assemblée. Les mesures, la couture, la couvrure et les finitions doivent être suivies avec soin. Cette production à échelle mesurée conserve une relation directe avec la matière et avec la demande, loin d’un objet standard qui serait identique en tous points.
Le métier de relieur repose aussi sur le temps d’observation. Avant de fabriquer, il faut comprendre ce que le livre ou l’album doit devenir. Un contenu photographique, un carnet destiné à l’écriture et un ouvrage relié pour être offert n’imposent pas les mêmes choix. La souplesse du papier, l’épaisseur du volume, la manière de tourner les pages et les conditions de rangement orientent la construction. Le projet avance ensuite par décisions successives : format, couverture, revêtement, couleurs, décor et finitions. Cette progression rend chaque commande lisible et permet d’éviter une solution qui ne conviendrait pas à l’usage.
L’expérience acquise au fil du parcours donne également une place à la transmission. Marie-Laure de Vaucelles a exercé comme relieuse et professeure de reliure, et son activité comprend la participation à des expositions et à des concours. Enseigner la reliure revient à expliquer la structure d’un livre, à montrer l’usage des outils et à faire comprendre pourquoi la précision compte dans chaque étape. La personne qui apprend découvre le pliage, la couture, la pose des éléments et la préparation de la couverture. Elle comprend aussi qu’un ouvrage doit rester consultable et que les gestes décoratifs ne peuvent pas se séparer de la fonction.
Les expositions offrent un autre contexte pour présenter le métier. Une reliure peut y être regardée comme un objet autonome, mais elle conserve toujours un lien avec les pages qu’elle protège. Le visiteur observe la couverture, le dos, les matières et les détails, puis imagine la façon dont le livre s’ouvrirait. Cette double lecture appartient à la reliure d’art : l’objet est à la fois une construction technique et une proposition visuelle. Les petites séries peuvent montrer une famille de formes, tandis que les pièces uniques mettent en évidence une recherche particulière.
L’installation de l’atelier à Montréal, en Bourgogne, inscrit cette pratique dans un territoire rural de l’Yonne. Cette implantation en Bourgogne donne un cadre à une pratique ouverte à des projets venus de particuliers et de professionnels. Les livres, albums, carnets et cartes peuvent circuler entre un projet personnel, une commande pour une boutique ou une présentation en exposition. La localisation donne un point d’ancrage à l’artisane sans réduire son travail à une seule clientèle ou à un seul type d’objet.
La reliure artisanale établit une relation concrète entre mémoire et matière. Un album rassemble des images qui pourraient rester dispersées ; un carnet donne une forme durable aux notes et aux dessins ; un livre d’or conserve des écritures liées à un moment partagé. La couverture protège ces contenus tout en leur conférant une identité. Les choix de matériaux, de coloris et de format participent à la manière dont l’objet sera gardé dans une bibliothèque, posé sur une table ou transmis à une autre personne. La fonction de conservation ne s’oppose pas à la recherche esthétique : elle lui donne un cadre.
À Montréal dans l’Yonne, Marie-Laure de Vaucelles développe une reliure d’art qui s’appuie sur une longue expérience, sur la fabrication manuelle et sur une attention portée aux usages du livre. Reliures, albums photo, carnets, livres d’or et carterie peuvent prendre la forme d’une pièce unique ou d’une petite série. La tradition donne sa solidité à la construction ; les recherches de formats, de matériaux et de coloris ouvrent une expression plus contemporaine. Le résultat accompagne un contenu, protège les pages et transforme un objet de papier en présence durable, personnelle et transmissible.