À La Rochelle, Marie Roux développe avec Aura une pratique où la feuille métallique se glisse sous le verre pour composer des surfaces à la fois lumineuses, profondes et sensibles. Son travail s’appuie sur le verre églomisé, une technique ancienne de décor qui consiste à fixer une feuille d’or, d’argent ou de cuivre sur la face arrière d’un verre, puis à intervenir sur cette matière par la gravure et des enrichissements de couleur ou de texture. Le regard découvre ainsi un motif protégé par la plaque transparente, avec des reflets qui changent selon la lumière, l’angle d’observation et la distance. Les créations sont réalisées à la main dans son atelier rochelais, en pièces uniques ou selon des projets conçus avec un lieu, un meuble ou un objet précis.
Marie Roux a commencé son parcours par la restauration et la conservation des œuvres peintes en 2011. Elle a ensuite approfondi la restauration de dorure, avant de créer la marque Aura en 2019. Cette trajectoire donne à ses créations une relation particulière avec les supports anciens. La feuille d’or n’est pas seulement une couleur brillante déposée sur une surface : elle réagit à la préparation, au geste de pose, à la gravure et à la présence du verre qui la protège. La connaissance des œuvres peintes et des finitions dorées l’aide à observer les couches, les fragilités et les effets de lumière avec la précision nécessaire à une intervention délicate.
Le verre églomisé commence par le choix d’un support adapté au projet. Une plaque destinée à une porte de meuble, à une crédence ou à un panneau mural ne se regarde pas comme un petit objet. La transparence, l’épaisseur, la dimension et le rapport à l’éclairage modifient la perception du décor. Marie Roux peut travailler sur différents types de verre, selon le résultat recherché et l’usage prévu. La feuille métallique est déposée sur l’envers, puis fixée afin de rester lisible derrière la surface transparente. La composition gagne alors une profondeur que ne donnerait pas une peinture posée sur la face visible : le motif semble retenu dans la matière, tandis que les reflets se superposent à ses lignes.
La gravure intervient dans cette construction. En retirant ou en marquant certaines zones de la feuille, elle permet de faire apparaître un dessin, de rendre une ligne plus nette ou de créer des réserves qui dialoguent avec le verre. Le geste doit être mesuré, car la surface métallique est fine et le motif doit rester cohérent avec le support. Des apports de peinture, de nacre ou d’autres matières peuvent compléter la dorure et faire varier les contrastes. L’or, l’argent et le cuivre n’offrent pas le même éclat ; leur combinaison avec une teinte, une transparence ou une texture change la présence du décor lorsque la lumière traverse ou se réfléchit sur le verre.
Cette technique trouve sa place dans l’architecture intérieure et le mobilier. Un panneau de verre églomisé peut être intégré dans une porte de cuisine, une porte d’armoire, un meuble ou une séparation. Il peut aussi devenir une crédence murale, où la surface décorative accompagne un espace utilisé chaque jour. Dans ces dimensions, le dessin doit tenir compte des lignes de l’agencement, des poignées, des raccords et de la lumière de la pièce. La profondeur apparente du verre attire le regard sans produire un relief qui gênerait l’entretien ou l’usage. Le décor doit conserver sa force depuis plusieurs points de vue, dans un intérieur où l’on circule et où les éclairages peuvent évoluer au cours de la journée.
Les luminaires forment un autre terrain d’expression. Le verre reçoit la lumière et la renvoie vers le décor métallique, ce qui donne à la feuille une présence différente selon que le point lumineux est placé devant, derrière ou autour de l’objet. Un panneau éclairé ne se lit pas de la même manière qu’une surface simplement réfléchissante. Les zones gravées, les réserves et les matières ajoutées peuvent alors organiser des passages entre opacité et transparence. Le dessin doit rester suffisamment précis pour être compris, tout en laissant la lumière traverser certaines parties. Cette relation entre décor et éclairage demande de penser la pièce comme un objet qui change d’apparence plutôt que comme une image immobile.
Aura travaille aussi sur de petits formats et des objets liés au vin et aux spiritueux. Vases, bouteilles, verres à vin et carafes exceptionnelles offrent des volumes plus resserrés, où la main doit suivre une courbe et préserver la continuité du motif. La surface n’est plus un simple rectangle : elle accompagne un galbe, une ouverture, un pied ou une anse. La feuille se place avec soin, la gravure doit respecter la forme et la lecture se fait en tournant l’objet. Une décoration peut ainsi apparaître par fragments, avec des éclats différents selon la position de la personne qui la regarde. Ces objets prolongent le verre églomisé dans une échelle plus intime, au contact de la table, de la collection ou d’un décor personnel.
Les projets de création peuvent être pensés sur mesure avec des architectes, des décorateurs ou des particuliers. Un dessin, une palette, une matière ou une intention de lumière servent de point de départ. Les dimensions et l’emplacement déterminent ensuite le rapport entre le motif et le verre. Pour une porte, le décor doit accompagner l’ouverture et la fermeture ; pour une crédence, il doit dialoguer avec les plans et les éléments de la cuisine ; pour un luminaire, il doit prendre en compte la diffusion de la lumière. Le projet se construit par échanges autour de la forme, des métaux, de la transparence et du degré de présence souhaité dans l’espace.
La restauration et la conservation restent au cœur de l’activité de Marie Roux. Elle intervient sur des cadres, du mobilier, des statues, des décors muraux, des objets de prestige et des éléments liés à des monuments historiques. Son champ de travail comprend également des bateaux et des œuvres peintes sur toile ou sur panneau. Dans chacun de ces cas, le support porte une histoire, des traces d’usage et parfois plusieurs campagnes de finition. Une intervention ne peut pas être décidée en regardant uniquement l’éclat final : il faut observer les soulèvements, les manques, les couches anciennes et les relations entre la dorure, la peinture et le matériau porteur. Les règles de conservation et de restauration orientent alors les gestes, les produits et le degré de reprise.
Les réalisations présentées par Aura donnent à voir cette diversité d’échelles. La galerie rassemble des travaux en verre églomisé, des éléments destinés à une crédence de cuisine, des luminaires, des objets associés au vin et aux spiritueux, ainsi que des recherches réunies sous le titre « De la Fracture au Sublime », autour de l’air, de la terre et de l’eau. D’autres images montrent des interventions patrimoniales sur un castelet de théâtre du XIXe siècle, le voilier Viola, des cadres, du mobilier, une statue et des peintures de chevalet. Ces ensembles ne relèvent pas d’un même geste répété : le verre demande de composer avec la transparence, tandis que la restauration impose de respecter un objet et une matière déjà chargés d’histoire.
Le verre églomisé permet à Marie Roux de relier ces deux dimensions. La dorure y devient une matière située derrière le verre, protégée mais toujours active dans la lumière. La gravure donne au dessin une précision différente ; les ajouts de peinture ou de nacre introduisent des nuances ; le choix entre or, argent et cuivre transforme l’atmosphère de l’ensemble. Dans un meuble, un mur, un luminaire ou une carafe, la surface décorée garde une relation directe avec l’usage et l’environnement. À La Rochelle, Aura fait ainsi dialoguer restauration des œuvres peintes, dorure et création contemporaine pour donner au verre une profondeur ornementale qui se découvre au fil des déplacements et des changements de lumière.