À Vire Normandie, Marie Thivant exerce le métier de graveur sur métal et de graveur en modelé. Dans son atelier, le dessin devient une empreinte, une inscription ou un décor par l’action d’outils manuels sur le cuivre, le laiton, le bronze et d’autres supports métalliques. Son travail s’adresse à des particuliers, des entreprises, des créateurs et des collectionneurs qui souhaitent personnaliser un objet, fabriquer un outil de marquage ou donner une présence durable à une idée. La gravure peut rester discrète, comme un nom sur une plaquette, ou devenir une composition plus développée sur une pièce de joaillerie, un couteau, une arme, un objet mécanique ou un ouvrage commémoratif.
Marie Thivant découvre le métier en 2010, lorsqu’elle entre dans un lycée professionnel du Jura. Elle était d’abord attirée par la ferronnerie d’art, mais l’absence de place dans cette section la conduit vers l’atelier de gravure. Cette orientation devient une rencontre décisive avec une pratique qui réunit le dessin et le volume. La gravure en modelé ne consiste pas seulement à tracer une ligne sur une surface : elle demande de comprendre une forme, de construire une profondeur et de faire naître un relief ou une empreinte avec une grande maîtrise du geste.
En 2012, Marie Thivant obtient son CAP Gravure en Modelé et devient co-médaillée d’argent au concours du Meilleur Apprenti de France. Elle poursuit ensuite son apprentissage à l’École Boulle dans la région parisienne. Elle y obtient en 2014 le DFESMA, puis revient en Normandie pour développer une activité dans l’artisanat d’art. Son atelier est créé en 2015. Ce parcours relie la formation technique, la pratique d’atelier et une volonté de rendre la gravure accessible à des projets contemporains, qu’il s’agisse d’une commande unique, d’une série courte ou d’un outil destiné à un autre artisan.
La gravure en modelé possède une histoire ancienne liée à la fabrication des monnaies et des médailles. Le graveur prépare une matrice en métal, appelée coin, qui reçoit le dessin et le relief. Dans les techniques de frappe traditionnelles, un flan métallique est placé entre deux coins avant d’être marqué par la pression ou par le choc. Cette histoire explique la relation étroite entre le volume, la profondeur et la lisibilité. Une lettre, un symbole ou une figure doit être pensé pour apparaître avec netteté après le transfert du motif sur un autre support.
Les procédés ont évolué avec les presses et les outils numériques, mais le travail manuel reste au centre de la pratique présentée par Marie Thivant. La main donne au trait sa sensibilité et permet de moduler la profondeur, l’attaque et la texture. Le graveur doit tenir compte de la dureté du métal, de la forme de l’outil et du résultat attendu. Une inscription destinée à être frappée ne se prépare pas exactement comme une décoration directement visible sur une pièce. Le relief, les contre-formes et l’orientation du dessin doivent être anticipés avant la réalisation de la matrice.
La taille directe est une autre voie proposée par l’atelier. Elle consiste à couper directement la matière, à la main ou avec une machine, en retirant une partie du métal. Marie Thivant présente notamment le travail au marteau-burin, l’une des techniques les plus anciennes de la gravure directe. Le burin avance sous les coups du marteau et creuse un sillon dans la plaque ou dans la pièce. Il n’y a pas de correction facile une fois le métal retiré : le tracé doit être préparé avec soin et le geste doit rester ferme.
Les burins utilisés pour ce travail sont fabriqués à la main dans l’atelier. Un acier adapté est formé puis soumis à des traitements thermiques afin d’obtenir un outil coupant et suffisamment résistant. L’affûtage donne au burin son profil et sa capacité à pénétrer dans la matière. Onglette, burin plat et burin rond ne produisent pas les mêmes traits. Le choix de la forme de l’outil influence la largeur, la courbe et la lumière à l’intérieur de la gravure.
Le marteau-burin est réservé aux projets qui justifient cette méthode. L’atelier présente par exemple la gravure d’un nom destiné à compléter une plaque de bronze sur un monument aux morts d’un village breton. Le tracé est dessiné puis gravé directement dans la plaque. Un ouvrage de ce type demande une écriture tendue, une profondeur régulière et une lecture claire malgré les conditions extérieures. Le support, la taille des lettres et la place disponible déterminent la préparation du dessin avant l’intervention.
La taille de précision utilise un outillage plus fin pour des travaux délicats. L’onglette permet d’obtenir des traits nets, des courbes et des détails qui demandent une grande maîtrise de la pression et de l’angle. Cette approche peut convenir à une pièce de joaillerie, à une médaille, à une petite plaque ou à un élément décoratif. La surface métallique devient un espace où le motif se construit par une succession de coupes. La lumière accroche les sillons et révèle les différences de profondeur lorsque l’objet bouge.
Les poinçons forment une spécialité particulièrement adaptée aux artisans qui souhaitent signer leurs créations. Marie Thivant conçoit des poinçons pour des céramistes, des savonniers, des maroquiniers et d’autres professionnels. L’outil peut recevoir une tête en laiton avec un corps en hêtre, ou être réalisé entièrement en acier pour frapper d’autres matériaux. Le dessin doit être lisible à petite échelle et suffisamment robuste pour être transmis à plusieurs pièces. La forme du manche, la prise en main et la matière à marquer influencent la conception.
Les fers à dorer appartiennent à la même famille d’outils de marquage. Un motif est gravé selon un dessin, en version simple ou en miroir. La tête de bronze est ensuite formée à partir de ce modèle et assemblée à chaud au manche. Le fer peut servir à inscrire un signe ou à reproduire un décor sur un support qui recevra une dorure. La précision du motif compte autant que l’ergonomie de l’outil, car un marquage régulier dépend de la manière dont le fer est positionné et appliqué.
L’atelier fabrique aussi des tampons souples destinés à l’impression après application d’encre. Le dessin peut être adapté à un motif de papier ou à une pratique proche de la linogravure. Le support en hêtre est réalisé selon les dimensions utiles au projet. Cette activité élargit le champ de la gravure vers le marquage graphique, avec une relation différente entre le relief et l’image obtenue. La composition doit prendre en compte les parties qui imprimeront l’encre, les espaces vides et la lisibilité du motif après transfert.
Une signature peut également prendre la forme d’une plaquette métallique. Marie Thivant réalise des éléments portant un logo, un nom ou une date, avec des formats, des épaisseurs et des finitions adaptés à l’usage. Une plaquette peut être clouée sous un meuble, cousue sur un cuir ou intégrée à une création. Elle devient un signe d’identification qui accompagne l’objet sans en modifier la fonction. Le dessin, le choix du métal et la méthode de fixation sont étudiés ensemble pour que la signature reste visible et durable.
Le pantographe, présenté comme un ancêtre des machines à commande numérique, témoigne d’une autre manière de graver mécaniquement. Un modèle ou un tracé guide la réduction ou la reproduction d’un motif sur le support. Cet outil permet de comprendre le passage d’un dessin à une inscription régulière tout en conservant une part de préparation manuelle. Les méthodes mécaniques et la taille directe ne s’opposent pas nécessairement : elles répondent à des usages différents et peuvent accompagner des pièces de dimensions ou de formes variées.
Les métaux de la famille du cuivre, notamment le laiton et le bronze, occupent une place visible dans l’univers de Marie Thivant. Le laiton offre une surface chaude et une bonne présence pour les poinçons, les plaquettes ou les objets décoratifs. Le bronze peut recevoir une gravure qui joue avec sa couleur et sa patine. Le métal choisi dépend de la pièce, de son usage, du mode de marquage et de la finition souhaitée. Une gravure sur une bague, une médaille ou une plaque commémorative ne demande pas la même préparation qu’un outil destiné à frapper une autre matière.
Les commandes peuvent venir de la coutellerie, de l’horlogerie, de la joaillerie, de la maroquinerie, de la décoration ou de l’univers mécanique. Une lame ou un manche peut recevoir une signature, un motif ou une scène. Une pièce de bijouterie peut être personnalisée par un nom, une date ou un décor plus élaboré. Un professionnel peut demander un poinçon qui reproduira son identité sur ses propres créations. Pour un projet plus inhabituel, le dessin est adapté à la forme du support et aux conditions dans lesquelles le marquage sera utilisé.
L’atelier montre également des travaux artistiques et des réalisations exécutées avec d’autres professionnels. Une commande pour un restaurant parisien a été réalisée avec le dernier atelier de cuivre de France, selon la présentation de Marie Thivant. Un tel projet demande de comprendre le support, la destination du décor et la relation entre la gravure et l’espace qui la reçoit. Les pièces destinées à un lieu ouvert au public doivent rester lisibles dans des conditions de lumière et de distance qui ne sont pas celles d’un objet regardé à la main.
La relation avec le client commence par l’idée et par le support. Une photographie, un dessin, un logo, un texte, une dimension ou une pièce existante peuvent aider à comprendre le projet. La gravureuse peut ensuite déterminer si la demande relève d’une matrice, d’une taille directe, d’un poinçon, d’un fer à dorer, d’un tampon souple ou d’une plaquette. Le procédé est choisi en fonction du métal, de la quantité de pièces, de la profondeur recherchée et de la manière dont le résultat sera utilisé. Cette étape permet d’éviter une solution trop fragile ou mal adaptée.
À Vire Normandie, Marie Thivant fait vivre une gravure où l’outil reste au service d’une idée précise. Sa formation à l’École Boulle, son CAP en gravure en modelé, sa distinction au concours MAF et la création de son atelier en 2015 éclairent un parcours construit autour du dessin et du volume. Matrices, poinçons, fers à dorer, tampons, plaquettes et tailles directes répondent à des projets très différents. La main, le burin, le marteau, l’acier, le laiton et le bronze composent un langage de signes durables, capable d’accompagner aussi bien un artisan qui souhaite marquer ses pièces qu’une personne qui veut donner une identité singulière à un objet.