À Itxassou, au cœur du Pays Basque, Marjorie Goetz dirige l’Atelier LIVRELIURE, un atelier consacré à la reliure, à la dorure et à la restauration des livres. Son activité s’appuie sur des techniques traditionnelles et sur une recherche de solutions adaptées à chaque ouvrage. Un livre ancien, un volume moderne, un album ou un projet de création ne demandent pas les mêmes gestes ni la même structure. La relieuse observe donc le format, l’état du support, la manière dont le livre doit s’ouvrir et la place que la couverture doit prendre avant de choisir une intervention.
Marjorie Goetz est titulaire d’un diplôme des métiers d’art en reliure et dorure obtenu à l’École Estienne en 2010, ainsi que du CAP Arts de la Reliure passé en candidature libre au lycée Tolbiac. Elle a approfondi ses connaissances dans l’atelier des Archives nationales de Paris et auprès de plusieurs services d’archives départementales. L’Atelier LIVRELIURE ouvre en 2016, puis Marjorie reprend en 2017 l’activité de l’atelier Bayonne Art du Livre, implanté depuis plusieurs décennies. Ce parcours relie la formation technique, l’expérience des documents patrimoniaux et la continuité d’un savoir-faire régional.
La reliure traditionnelle forme le socle de l’atelier. Elle peut prendre la forme d’une reliure en plein cuir, d’une demi-reliure, d’un Bradel en pleine toile, en plein papier ou en demi-cuir. Le choix dépend de l’ouvrage, de son usage et de l’aspect recherché. Un plein cuir enveloppe le livre avec une matière dense ; une demi-reliure peut associer le cuir à une toile ou à un papier ; un Bradel donne une construction plus souple et une présence particulière au dos. Les cuirs et les papiers offrent des couleurs, des textures et des résistances différentes, qui doivent être accordées à la structure du volume.
La couverture protège les cahiers tout en permettant leur ouverture. Le relieur travaille sur les éléments qui réunissent les pages, sur les cartons, sur le dos et sur les articulations. Une reliure réussie doit rester agréable à manipuler et stable lorsqu’elle est rangée. La forme du dos, la souplesse des mors, l’épaisseur du revêtement et la qualité des finitions ont une incidence sur la vie du livre. Le travail ne se résume donc pas à recouvrir un volume : il consiste à construire une enveloppe qui accompagne les pages et respecte leur mouvement.
La conservation concerne les ouvrages que l’on souhaite préserver sans effacer leur histoire. Un livre peut avoir été manipulé pendant des années, présenter une couvrure usée, des coins fragiles ou une couture qui se défait. Avant d’agir, l’atelier doit distinguer les éléments qui peuvent être conservés de ceux qui doivent être consolidés ou remplacés. Une reliure de conservation peut reprendre la structure en limitant les transformations et en gardant une lecture claire de ce qui appartient à l’ouvrage ancien. Le choix des matériaux et des adhésifs doit rester compatible avec le support et avec les interventions futures.
La restauration de livres anciens et modernes complète ce travail. Elle peut concerner un dos détaché, des coins abîmés, des pages fragilisées ou une couverture dont les éléments ne tiennent plus ensemble. Le traitement varie selon le papier, le cuir, la toile, les pigments et les traces d’usage. Un document peut demander une réparation ciblée, tandis qu’un autre nécessite une reprise plus étendue de la couture ou de la couvrure. L’objectif est de rendre au volume une stabilité et une facilité de consultation sans imposer une apparence étrangère à son histoire.
La dorure donne au livre son titre et permet de le distinguer dans une bibliothèque. À l’Atelier LIVRELIURE, le marquage peut être réalisé à la feuille d’or, au noir de fumée ou avec un film doré, argenté ou coloré. Le titrage est placé sur le dos selon les proportions du volume et la lisibilité recherchée. La dorure peut rester sobre, avec le titre et le nom de l’auteur, ou être enrichie de décors réalisés à l’aide de fers et de roulettes. Le choix de la typographie, de l’emplacement et de la couleur doit respecter le style de la reliure.
Les décors personnalisés ouvrent un autre champ. Ils peuvent prendre la forme d’une mosaïque de cuir, d’une impression, d’une sérigraphie, d’un papier teinté ou dominoté, ou d’un cuir poncé. Une composition peut s’appuyer sur le texte, une image, un motif ou une matière déjà présente dans l’ouvrage. La couverture devient alors une surface de création qui ne se sépare pas du livre qu’elle protège. Le décor doit conserver une bonne relation avec les plats, les gardes et le dos, tout en supportant les gestes de consultation.
La reliure de création permet de concevoir un livre comme un objet d’art unique. Une structure en plein cuir peut recevoir un décor en noir de fumée et en peinture bronze. Une reliure japonaise peut être accompagnée d’un papier dominoté fait main. Un volume peut associer parchemin teinté, cuir, daim, papier marbré ou impression. Ces matériaux n’ont pas les mêmes comportements et ne se posent pas de la même manière. La relieuse construit leur dialogue par des choix de format, de tension, de couleur et de texture, afin que l’ensemble reste lisible et manipulable.
L’atelier présente également des reliures extrême-orientales, des reliures japonaises, des structures à mors ouvert et des reliures Criss-Cross. Ces formes montrent que le livre peut s’ouvrir selon des rythmes différents. Une couture apparente peut devenir un élément graphique ; une couverture souple peut mettre en valeur le papier ; un mors ouvert peut accompagner un volume qui doit rester très mobile. La technique choisie dépend du contenu, de la fréquence d’utilisation et du caractère recherché. Les structures ne sont pas des effets isolés : elles organisent la relation entre les pages et la main.
Les emboîtages, étuis et chemises complètent la reliure. Ils protègent le livre de la poussière, de la lumière et des frottements lorsqu’il est rangé ou transporté. Un emboîtage peut être recouvert de toile, avec un intérieur en daim ou en papier, et recevoir un décor ou un titrage. Une chemise peut accompagner une reliure japonaise ; un étui en papier marbré peut former un écrin pour un volume précieux ; une boîte à châsses peut maintenir un ouvrage dans un espace adapté à ses dimensions. La protection est conçue autour du livre et doit permettre de le sortir sans forcer.
La fabrication d’un étui demande de penser à l’épaisseur du livre, à la facilité de préhension et à l’ajustement des parois. Un contenant trop serré risque de marquer la couverture ; un contenant trop lâche ne maintient pas correctement le volume. Les matériaux de l’extérieur et de l’intérieur doivent aussi se répondre. Le papier marbré donne une surface décorative, la toile apporte une tenue régulière et le daim protège le revêtement du livre lors des manipulations. Les emboîtages peuvent être sobres ou décorés, mais leur fonction de conservation reste toujours présente.
Le rapport aux matériaux fait partie de l’identité de LIVRELIURE. L’atelier conserve une collection de papiers marbrés, dont certains remontent au XVIIIe siècle, ainsi que des outils anciens utilisés dans le métier de relieur. Une presse à percussions, un étau à endosser, une cisaille et des fers à dorer témoignent de gestes qui demandent précision et patience. Ces outils ne sont pas de simples éléments de décor : ils permettent de presser, maintenir, couper, former et marquer les matériaux. Leur usage s’inscrit dans une continuité technique tout en restant associé à des projets actuels.
La restauration impose une attention particulière au rapport entre l’ancien et le nouveau. Une pièce ajoutée doit renforcer l’ouvrage sans imiter de façon trompeuse les traces du temps. Une couleur peut être rapprochée de l’existant, mais une reprise doit rester identifiable lorsqu’elle est observée de près. Les déchirures, les lacunes, les parties décollées et les structures affaiblies sont traitées selon leur nature. Le respect du livre passe par une intervention mesurée, capable de prolonger la consultation sans transformer l’objet en reproduction neuve.
La création peut au contraire laisser davantage de place à l’interprétation. Un livre neuf peut recevoir un décor inspiré d’une texture, d’une image ou d’un motif. Le choix d’un cuir, d’un papier dominoté ou d’une mosaïque de cuir donne une direction visuelle au volume. La couleur peut être discrète ou assumée, la dorure peut souligner une ligne et le titrage peut participer à la composition. Dans tous les cas, la couverture doit rester liée à la forme du livre et à la manière dont il sera tenu, ouvert et conservé.
Le conseil accompagne les demandes de particuliers, de bibliophiles et d’amateurs de livres. Une personne peut souhaiter restaurer un ouvrage de famille, faire relier un volume ou créer un album. Le projet est alors défini selon l’histoire du livre, l’usage prévu et les préférences de matériaux. La relation avec la relieuse permet de comparer les structures et les finitions sans séparer l’esthétique de la solidité. Les échanges peuvent aussi concerner une commande de conservation ou un objet destiné à être offert et transmis.
À Itxassou, Marjorie Goetz fait de l’Atelier LIVRELIURE un lieu où reliure traditionnelle, conservation, restauration, dorure, création et emboîtage se répondent. Plein cuir, demi-cuir, Bradel, papier dominoté, mosaïque, feuille d’or, étuis et chemises composent un vocabulaire de matières et de structures. La formation de la relieuse, son expérience des archives et la présence d’outils anciens soutiennent une pratique attentive aux ouvrages confiés. Chaque intervention cherche un équilibre entre protection, ouverture, décor et transmission, afin que le livre demeure un objet vivant, consultable et singulier.