À Millau, dans l’Aveyron, la Mégisserie Alric travaille les peaux d’agneau, de veau et de cheval pour produire des cuirs destinés à la ganterie, à l’habillement, à la chaussure et à la maroquinerie. Fondée en 1931 par Marcel Alric, la maison s’inscrit dans l’histoire de la cité gantière et perpétue une transmission familiale qui a traversé quatre générations. Son savoir-faire associe des procédés anciens, des équipements adaptés aux finissages actuels et une recherche constante sur la couleur, le toucher et la résistance.
Le métier de mégissier consiste à transformer de petites peaux en une matière stable et utilisable. Chaque peau possède sa propre épaisseur, son grain, ses zones plus ou moins souples et ses éventuelles marques naturelles. Le classement permet de réunir des pièces compatibles avec une même destination. Une peau prévue pour un gant doit suivre les mouvements de la main et conserver une finesse agréable. Un cuir destiné à une chaussure ou à une doublure de sac doit supporter les flexions, la coupe et les coutures. Les attentes ne sont donc pas les mêmes selon le produit final.
La Mégisserie Alric conserve un procédé de pelanage à la chaux développé pour l’industrie gantière. Cette opération intervient avant le tannage et permet de retirer les poils tout en préparant une peau fine. La méthode demande un contrôle précis de la durée, de la concentration et de l’état de la matière. La qualité obtenue se ressent dans le toucher et dans la capacité du cuir à se plier sans devenir cassant. Ce savoir-faire ancien constitue une particularité de l’entreprise et rappelle le lien entre la fabrication locale du cuir et la réputation des gants de Millau.
Le tannage stabilise la peau et lui confère sa résistance. Les opérations de rivière, de retannage et de préparation sont adaptées à l’espèce, à l’épaisseur et à la finition souhaitée. Une peau d’agneau peut être destinée à une matière souple et légère, tandis qu’un cuir de veau ou de cheval peut répondre à d’autres exigences de tenue. Le choix des produits, la température, le temps de rotation et la manière de sécher influencent la main finale. Le contrôle visuel et tactile accompagne les réglages pour préserver la finesse sans sacrifier la solidité.
La teinture constitue un domaine central de la mégisserie. Le teinturier recherche une nuance, une profondeur et une régularité qui resteront lisibles lorsque la peau sera découpée. Une couleur peut être douce et transparente, plus dense ou volontairement lumineuse. Le grain et la fibre absorbent la teinte de façon différente ; l’échantillon sert à comparer la nuance sous plusieurs lumières et à observer le toucher. Les collections de la maison proposent des couleurs variées pour répondre aux besoins des marques et des ateliers qui travaillent le cuir dans des contextes différents.
Le finissage donne au cuir ses propriétés de surface. Il peut ajuster la brillance, renforcer la couleur, modifier le toucher ou améliorer la résistance aux frottements. Le défi consiste à obtenir un résultat performant tout en conservant une apparence naturelle. Une finition mate peut laisser apparaître le grain ; un effet plus brillant accompagne une pièce de mode ; une surface velours apporte une sensation douce. Les opérations et les produits sont choisis selon le comportement attendu du cuir lors de la coupe, de l’assemblage et de l’usage.
Les cuirs Alric sont destinés aux marques de haute couture et aux professionnels qui recherchent une matière régulière et expressive. Pour la ganterie, la souplesse, la finesse et la capacité à garder une forme autour de la main sont essentielles. Pour un vêtement, le cuir doit se draper, se coudre et rester confortable. Pour une chaussure, il doit supporter les flexions, les tensions et les frottements. Pour un sac ou un accessoire, la surface doit combiner toucher, résistance et capacité à être travaillée autour d’un renfort. Chaque usage guide la sélection et la finition.
Le travail sur le veau et le cheval élargit la palette de l’atelier. Ces peaux peuvent offrir une autre densité, un grain plus marqué ou une tenue recherchée pour certains produits. Elles sont évaluées en fonction de leur épaisseur, de leur origine et des opérations prévues. Une matière destinée à un élément de chaussure ne sera pas traitée comme une peau choisie pour une doublure ou un détail décoratif. Le dialogue avec le fabricant permet d’anticiper le patronage, les coutures, les tranches et la manière dont le cuir vieillira.
La maison Alric s’est développée par étapes. Marcel Alric fonde la mégisserie en 1931 à Millau, puis la transmet à ses gendres Jacky Liron et Bernard de Reynès. En 1996, François Duchêne, ancien directeur technique, reprend l’entreprise et la cède ensuite à son fils Jean Charles, qui en assure aujourd’hui la direction. Cette continuité familiale accompagne l’évolution des marchés et le maintien des gestes. Les équipes connaissent les outils, les réactions des peaux et les réglages qui permettent de retrouver une teinte ou un toucher d’une série à l’autre.
La production moderne n’efface pas la part manuelle du métier. Le classement, l’appréciation de la couleur et le contrôle du finissage reposent sur l’expérience. Les machines apportent une régularité, mais elles doivent être réglées pour chaque matière. Le séchage, le palissonnage, le lustrage et les apprêts peuvent modifier le grain et la souplesse. Un professionnel observe la surface, la plie et la compare à un échantillon afin de décider si le lot correspond au résultat attendu. La répétabilité est recherchée sans nier les variations propres à la peau naturelle.
L’entreprise met en avant un engagement envers l’environnement, le travail coopératif et le respect du vivant. Elle indique que son installation solaire couvre une partie de ses besoins électriques et qu’elle suit plusieurs référentiels de conformité, dont REACH, ZDHC et GB 20400 2006. La maîtrise des eaux, des produits et des déchets accompagne la fabrication. Ces actions s’intègrent dans une réflexion plus large sur la longévité du cuir : transformer une peau issue de l’alimentation en une matière durable permet de l’inscrire dans plusieurs usages et de prolonger la vie des objets.
Pour préparer une demande, un atelier peut préciser le type de produit, le niveau de souplesse, l’épaisseur, le grain, la couleur, la brillance et la résistance souhaitée. Un gantier donnera la forme et les contraintes de confort. Un maroquinier décrira les pièces extérieures, les doublures, les renforts et les tranches. Un fabricant de chaussures indiquera le patronage, les zones de flexion et le montage. Les échantillons permettent de comparer la main du cuir et de vérifier sa compatibilité avec les outils de coupe et de couture.
À Millau, la Mégisserie Alric relie donc le patrimoine gantois, la transformation des peaux d’agneau, de veau et de cheval, la teinture et le finissage. Le pelanage à la chaux, la maîtrise des couleurs et la diversité des surfaces donnent aux professionnels une matière qui peut devenir gant, vêtement, chaussure, sac ou accessoire. La maison fait dialoguer transmission familiale, précision technique et évolution des usages, en conservant une attention constante au grain, au toucher et à la façon dont le cuir accompagnera la création qui lui donnera sa forme finale.