À Quimperlé, Morgane Côme exerce comme graphiste et peintre en lettres. Son activité associe le dessin de caractères, la peinture de devantures, la dorure, la réalisation d’enseignes et la création de supports liés à l’identité d’un lieu. Elle travaille pour des commerces indépendants, des collectivités et des associations, en adaptant les lettres à l’architecture, à la matière et au regard des passants. Son atelier se trouve au sein du collectif Dizenn, dans le sud du Finistère, et son activité se déploie aussi sur d’autres territoires bretons et français.
La pratique de Morgane Côme repose sur une idée simple : une lettre peinte ne se réduit pas à un texte posé sur une surface. Elle appartient à un mur, une vitrine, un panneau, un bateau ou un autre support qui possède déjà ses lignes, ses couleurs et son histoire. Le dessin doit donc tenir compte de l’espace disponible, des ouvertures, des proportions de la façade et de la distance depuis laquelle le nom sera lu. Un lettrage peut donner du rythme à une devanture, signaler une entrée ou installer une atmosphère sans recouvrir ce qui fait le caractère du bâtiment.
Les formes sont dessinées sur mesure selon le projet et l’esprit du lieu. Une enseigne destinée à une épicerie, un café, un hôtel ou une association n’appelle pas forcément le même vocabulaire. La largeur des caractères, la présence d’empattements, l’inclinaison, l’espacement et le rapport entre majuscules et minuscules construisent une voix visuelle. Le dessin peut s’inspirer de modèles anciens, d’une typographie locale ou d’un univers plus contemporain, mais il est redéfini pour le support concerné. Cette recherche donne à chaque inscription une relation particulière avec l’endroit où elle apparaît.
Les vitrines sont travaillées à la peinture émail ou à la feuille d’or. Le verre introduit une profondeur et des reflets qui changent selon la lumière, l’activité du commerce et la place du spectateur. Le lettrage peut être peint à l’intérieur ou à l’extérieur de la vitrine, en fonction de la teinte du verre, de l’éclairage proche et de la finition recherchée. La visibilité doit rester bonne depuis la rue, mais le dessin peut aussi dialoguer avec les produits, les meubles et les mouvements qui se trouvent derrière la surface transparente.
La dorure sous verre, parfois appelée finition miroir, donne aux lettres un éclat qui se transforme avec la lumière. La feuille d’or placée derrière le verre n’est pas perçue comme une simple couleur : elle reflète, approfondit et distingue le motif. La dorure collée offre un rendu plus mat et peut convenir à une autre relation avec le support. Morgane Côme propose aussi l’emploi de métaux comme l’argent ou le cuivre, moins brillants que l’or et capables d’apporter une nuance différente à une vitrine ou à une enseigne.
Les enseignes peuvent être peintes sur enduit, bois, métal, ardoise, granit, verre, textile ou brique. Cette variété impose de connaître les réactions de chaque surface. Une matière poreuse demande une préparation différente d’un métal lisse ; une ardoise ou un granit modifie la perception du contraste ; un textile introduit sa propre souplesse. La peinture émail et la feuille d’or sont choisies en fonction du support et de l’usage. Les projets extérieurs doivent également supporter la pluie, le soleil et les variations de température, y compris dans des environnements proches du littoral.
La préparation ne se limite pas au tracé. Pour certaines enseignes, Morgane Côme accompagne la constitution des dossiers d’urbanisme. Une devanture peinte doit s’inscrire dans un environnement bâti et respecter les contraintes qui s’y appliquent. Le choix de la taille, des couleurs, de l’emplacement et de la finition peut alors participer à l’intégration du projet dans la rue. Le dessin artisanal permet de travailler une enseigne au plus près de l’architecture, en évitant l’impression d’un élément standard ajouté après coup.
Les véhicules font aussi partie des supports proposés. Le lettrage peut être peint sur un bateau, de préférence en bois, mais également sur un camion, une automobile, une moto ou un vélo. Chaque véhicule présente des courbes, des découpes et des zones mobiles qui influencent la composition. Le nom doit rester lisible lorsque l’objet est en mouvement ou observé sous un angle différent. Sur un bateau, la relation avec le bordé et les lignes de la coque compte autant que le dessin des lettres. Sur une automobile ou un vélo, le lettrage doit s’accorder avec les pièces déjà visibles.
La démarche graphique se prolonge dans les supports imprimés. Un lettrage créé pour une façade peut être livré en version vectorisée afin de faciliter ses déclinaisons sur une carte de visite, une étiquette ou un menu. L’identité reste ainsi liée au dessin original tout en pouvant circuler sur des formats plus petits. Le passage de la peinture à l’impression ne consiste pas à remplacer le geste manuel, mais à conserver certains caractères de la lettre : ses proportions, son rythme, ses détails et sa manière d’occuper l’espace.
Le parcours de Morgane Côme commence par une formation en design graphique. Après un DUT multimédia, elle part en Angleterre en 2010 et travaille dans le commerce en ligne puis dans une agence média à Londres. Elle souhaite progressivement donner une dimension manuelle à son activité. Un voyage à New York lui fait découvrir les grandes lettres peintes et transforme son regard sur la typographie. Elle se forme ensuite en Angleterre auprès de peintres en lettres, dont Mike Meyer et Pierre Tardif, avant de revenir en France.
Elle installe d’abord son atelier à Nancy, puis rejoint la Bretagne en 2016, à Pont-Scorff. Les commandes l’amènent rapidement à travailler pour des commerces et des acteurs locaux. Depuis 2019, son activité est installée à Quimperlé. Ce territoire associe une architecture ancienne, des paysages préservés et une vie commerciale où les enseignes peuvent participer à l’identité des rues. La lettre peinte y devient un moyen de signaler une activité tout en prolongeant le caractère du lieu.
Les réalisations présentées par Morgane Côme montrent des interventions à Quimperlé, Lorient, Pont-Scorff, Vannes, Pont-Croix, Gourin, Belle-Île-en-Mer, Plomeur et dans la baie de Morlaix. Elles comprennent des devantures, des vitrines, des hôtels, des cafés, des pharmacies, des panneaux et des bateaux. Certaines créations associent la peinture en lettres à la dorure ; d’autres reprennent le lettrage d’une carte de visite ancienne ou composent un nom avec les éléments de la façade. La diversité des lieux permet d’observer comment le même savoir-faire se transforme selon l’architecture et l’usage.
La relation au patrimoine visuel occupe une place particulière dans son travail. Morgane Côme s’intéresse aux anciennes enseignes et aux signes effacés qui subsistent sur les murs. Ces traces témoignent de pratiques commerciales, de goûts typographiques et de gestes de peintres parfois oubliés. Les observer aide à comprendre le rapport entre une inscription et la ville. Cette attention historique ne conduit pas à figer la création dans la nostalgie : elle donne des repères pour inventer des lettres actuelles, attachées à un lieu et capables de durer.
Morgane Côme transmet également son savoir-faire dans des ateliers. La découverte de la peinture en lettres passe par le dessin, la construction des formes, l’usage du pinceau et la compréhension du support. Les participants peuvent mesurer l’écart entre une lettre imaginée sur le papier et sa réalisation à main levée. Le geste demande de la régularité, mais aussi une capacité à corriger, à équilibrer les espaces et à garder la composition lisible. La transmission rend visibles des étapes qui restent souvent discrètes lorsqu’une enseigne est déjà installée.
Son travail de recherche sur l’histoire de la peinture en lettres prolonge cette volonté de documenter le métier. Depuis 2023, elle mène une enquête consacrée à ses pratiques, à ses outils, à ses alphabets et à son renouveau contemporain. Cette recherche relie les archives, les enseignes existantes et les expériences d’artisans actuels. Elle donne un contexte à une activité qui revient dans les commerces, les équipements culturels et les projets associatifs, tout en rappelant la longueur de l’apprentissage nécessaire pour maîtriser le dessin et la peinture.
À Quimperlé, Morgane Côme réunit graphisme, lettrage peint, dorure et création d’enseignes dans une pratique attentive à l’architecture. Ses projets passent par des vitrines, des murs, des supports imprimés, des véhicules et des éléments de signalétique. Les matières, la lumière, la distance de lecture et l’histoire du lieu orientent les choix de formes et de finitions. Le résultat ne cherche pas seulement à rendre un nom visible : il lui donne une présence matérielle, accordée au commerce, à la collectivité ou à l’association qui l’accueille.