Au Vaudreuil, dans l’Eure, Mylène Cave développe une pratique d’ébénisterie d’art et de marqueterie contemporaine au sein des Ateliers Saint-Cyr. Son travail part de la finesse du bois pour créer des pièces uniques, des collections en éditions limitées et des réalisations sur mesure. La marqueterie devient chez elle un moyen de composer avec les veinages, les teintes et les lignes du matériau, mais aussi d’ouvrir le mobilier et l’objet à d’autres supports. Cuir, métal, carton, pierre, guitares électriques personnalisées et échographies de grossesse figurent parmi les directions présentées par son atelier. Cette variété reste structurée par une même attention : transformer des matières choisies en surfaces où le dessin, la main et la fonction peuvent se rencontrer.
Le parcours de Mylène Cave s’est construit par une reconversion et par une formation spécialisée en ébénisterie d’art. Les éléments biographiques publiés par son atelier et par La Fabrique des Métiers d’Art indiquent une formation de quatre ans au Canada, suivie d’une période de cinq années en Belgique, avant son retour en France. Ces expériences ont nourri une manière de travailler qui ne sépare pas les procédés traditionnels des outils et des supports contemporains. L’ébénisterie donne une compréhension de la structure, des assemblages et des surfaces de bois. La marqueterie ajoute une écriture graphique faite d’incrustations, de placages et de compositions découpées. Leur association permet de passer d’un meuble à un objet décoratif, puis à des applications moins attendues.
La marqueterie commence par une pensée du dessin. Avant de découper les feuilles de bois, il faut comprendre la composition, les contours, les rapports entre les zones claires et sombres et la manière dont le motif se prolongera sur le support. Le veinage n’est pas un fond neutre : il donne une direction, une profondeur et une variation à chaque fragment. Deux feuilles de la même essence peuvent présenter des lignes différentes. Une partie plus dense, plus claire ou plus figurée peut modifier la lecture d’un motif. Mylène Cave s’appuie sur cette diversité pour composer des surfaces où la matière participe elle-même à l’image.
Le travail au scalpel demande une grande précision. Une coupe trop large change la proportion d’un fragment ; un angle légèrement déplacé peut rompre la continuité d’une ligne ; une pièce trop fragile peut se déformer pendant la mise en place. Le geste consiste à suivre un dessin tout en restant attentif à la fibre. La lame doit traverser la feuille sans l’écraser, et le sens du bois influence la manière dont le contour peut être obtenu. Les fragments sont ensuite rapprochés et ajustés afin que la composition reste lisible. Ce travail minutieux explique pourquoi une petite surface peut demander autant de temps et de décision qu’un meuble plus imposant.
Le bois peut être laissé dans sa nuance naturelle ou intégré à une palette plus colorée. La composition s’appuie alors sur les différences entre les essences, les teintes et les directions du fil. Une ligne sombre peut délimiter une forme, un placage clair peut faire ressortir un motif et un veinage très animé peut devenir un élément graphique à part entière. Le décor ne se réduit pas à un dessin posé sur le bois. Il se construit avec la matière, en tenant compte de ses irrégularités et de la façon dont la lumière révèle ou atténue les contrastes. Le résultat garde une profondeur que l’on découvre en se rapprochant.
La collection MacNair présentée sur le site de Mylène Cave illustre cette recherche. Les œuvres s’inspirent de l’univers de Frances MacNair, figure associée au mouvement Arts and Crafts, et prennent la forme de compositions en marqueterie. Les motifs peuvent évoquer des lignes végétales, des rythmes souples ou des figures organisées sur un panneau. La série montre comment une référence artistique peut être traduite par un assemblage de placages, sans perdre la présence propre du bois. Chaque variation de couleur et de veinage modifie la perception de la pièce. Une collection peut donc conserver un fil conducteur tout en laissant une place réelle à chaque réalisation.
Les créations intitulées Sleep et Pregnancy Metaphore témoignent d’une autre direction du travail. Le site les présente dans le domaine de la marqueterie et les associe à des supports ou des thèmes qui dépassent le meuble traditionnel. La marqueterie peut devenir un objet autonome, une image à exposer ou une composition destinée à un intérieur. Lorsqu’elle s’applique à une échographie de grossesse, elle transforme une trace liée à l’intime en une œuvre de bois et de matière. La technique garde sa précision, mais le sens du support change. Le dessin n’est plus seulement décoratif : il se met au service d’une histoire personnelle et d’un objet de mémoire.
Les guitares électriques personnalisées ouvrent encore une autre possibilité. Le support possède déjà une forme, une fonction et une relation forte avec la personne qui l’utilise. Une marqueterie doit respecter les courbes, les zones de manipulation et la présence visuelle de l’instrument. Le décor ne peut pas être pensé comme un panneau plat indépendant. Il doit accompagner la silhouette, dialoguer avec les éléments existants et supporter l’usage prévu. Cette application révèle la capacité de la marqueteuse à déplacer un savoir-faire vers un objet technique, sans lui retirer son identité ni sa destination musicale.
Le mobilier haut de gamme demeure également un champ de création. Sur un meuble, le placage et le décor doivent s’accorder avec les volumes, les ouvertures, les tiroirs, les chants et les parties destinées à être manipulées. Le motif peut prolonger une ligne, souligner une façade ou créer un point de concentration sur une surface. La construction de l’ébéniste reste essentielle : le décor doit trouver un support stable et cohérent. Les choix de bois, d’épaisseur, de découpe et de finition participent ensemble à la durée de l’objet. Une belle composition n’est pas séparée de la manière dont le meuble sera utilisé et regardé.
La démarche de Mylène Cave associe des matériaux nobles à des éléments revalorisés. Son site mentionne le cuir, le métal, le carton et la pierre parmi les matières qui peuvent se joindre au bois. Chacune apporte une résistance, une texture et une réflexion de lumière différentes. Le cuir peut introduire une surface souple et mate ; le métal peut apporter un contraste plus net ou une ligne brillante ; le carton peut ouvrir une recherche sur la légèreté et la couleur ; la pierre peut donner une présence minérale à une composition. Les associer demande de comprendre leurs comportements et de choisir un mode d’intégration qui ne gomme pas leurs différences.
Cette combinaison de matières nourrit une vision de luxe responsable annoncée par l’atelier. La formule ne renvoie pas seulement à une esthétique raffinée. Elle implique de réfléchir à la provenance des matériaux, à la durée de l’objet et à la manière dont une création peut échapper à la standardisation. Une pièce unique porte les variations du bois et les décisions de la main. Une édition limitée conserve une relation avec le prototype et avec la composition, sans devenir une production industrielle anonyme. Un projet sur mesure peut être ajusté à un espace ou à un usage, ce qui évite de faire entrer chaque demande dans une forme préexistante.
Le dessin occupe une place de liaison dans ces projets. Mylène Cave vient de la marqueterie et travaille aussi avec des formes graphiques, des illustrations et des motifs qui peuvent être appliqués à des supports variés. Un dessin destiné au papier ne se traduit pas automatiquement en placage. Il faut simplifier certains contours, prévoir les raccords, choisir des essences et déterminer comment les zones de matière seront assemblées. Le bois ajoute sa propre écriture. Une ligne peut suivre le fil, le contrarier ou utiliser son mouvement. La composition devient une conversation entre un motif imaginé et un matériau vivant.
Le projet sur mesure commence par l’écoute du contexte. Le site de l’atelier s’adresse aux particuliers, aux professionnels de la décoration et aux projets d’architecture intérieure. Une surface murale, un meuble intégré ou un objet commandé ne présentent pas les mêmes contraintes. Il faut considérer les dimensions, le support, la lumière et la distance de regard. Un motif riche en détails peut trouver sa place sur une surface observée de près, tandis qu’une composition destinée à un espace plus vaste doit garder une lecture d’ensemble. Le dialogue avec le lieu permet de décider où la marqueterie doit attirer le regard et comment elle doit accompagner les autres matières.
La fabrication se construit ensuite par une suite de choix précis. Les matériaux sont sélectionnés en fonction des couleurs, du veinage, de l’épaisseur et de la relation avec le support. Le dessin est ajusté, les fragments sont découpés, puis rapprochés pour vérifier les continuités et les contrastes. La mise en place demande de conserver la composition tout en respectant les caractéristiques de chaque élément. Une surface destinée à être intégrée dans un meuble doit rester compatible avec la construction et la finition. Une œuvre décorative peut donner davantage de place au motif. Dans les deux cas, la qualité naît de l’accord entre l’idée, le matériau et le geste.
La finition permet de protéger et de révéler la pièce. Elle doit respecter la couleur des bois, la texture des autres matériaux et la manière dont la lumière se pose sur la surface. Une protection trop présente pourrait modifier la profondeur du dessin ; une finition insuffisante laisserait le support exposé aux usages pour lesquels il n’est pas prévu. L’ébéniste choisit donc une réponse liée à l’objet et à son environnement. La marqueterie ne s’achève pas lorsque les fragments sont assemblés : la surface doit encore trouver son équilibre tactile et visuel.
Les ateliers d’initiation proposés par Mylène Cave permettent de découvrir cette pratique par des réalisations accessibles. Le site indique des activités autour du duo de sous-verres personnalisés, des bijoux en marqueterie, de la composition au scalpel et de motifs géométriques. D’autres ateliers associent la marqueterie à la broderie sur bois. Ces propositions montrent plusieurs échelles du geste. Un petit objet permet de comprendre la découpe, l’assemblage et la finition ; une composition plus longue donne le temps d’explorer un dessin personnel ; la broderie sur bois déplace la ligne et le point vers un support rigide.
La transmission ne consiste pas à imposer un modèle unique. Un participant peut partir d’un motif géométrique, d’une illustration ou d’une idée liée à un bijou. Le choix des essences et la découpe au scalpel introduisent immédiatement des questions de proportions et de précision. Il faut accepter que le bois possède son propre sens, que la lame demande un appui régulier et que l’assemblage révèle parfois une différence entre le dessin et la matière. L’accompagnement de l’artisane aide à comprendre ces écarts et à en faire des éléments de la réalisation. Le travail devient une expérience de concentration autant qu’un apprentissage technique.
L’arrivée de Mylène Cave aux Ateliers Saint-Cyr inscrit son activité dans un lieu partagé avec d’autres métiers d’art. L’Office de tourisme Seine-Eure la présente en 2026 parmi les artisans des ateliers, comme marqueteuse et ébéniste. La Fabrique des Métiers d’Art décrit de son côté une pratique de marqueterie d’exception, nourrie par l’innovation et par la poésie des matières. Cet environnement offre un cadre pour installer des machines, développer de grandes pièces et organiser des rencontres autour du bois. Il rapproche aussi les visiteurs de la réalité d’un atelier, avec ses outils, ses matériaux et ses étapes de fabrication.
Les distinctions et présentations récentes accompagnent ce nouveau chapitre. Le site de Mylène Cave mentionne une Médaille d’Or 2025 de l’Académie des Arts, Sciences et Lettres de Paris, ainsi qu’une présence à l’Exposition universelle d’Osaka et à la Milan Design Week. Ces repères situent le travail dans des contextes de design et d’artisanat d’art, mais ils ne remplacent pas l’observation des pièces. Ce qui reste visible dans une marqueterie, c’est l’accord entre un motif, un choix de bois, une découpe et une finition. La reconnaissance vient s’ajouter à cette réalité matérielle.
Au Vaudreuil, Mylène Cave fait évoluer l’ébénisterie et la marqueterie vers une écriture ouverte à plusieurs supports. Le bois reste le point d’ancrage, mais il dialogue avec le cuir, le métal, le carton et la pierre ; il s’inscrit sur du mobilier, des objets, des guitares et des pièces liées à la mémoire. Les techniques contemporaines accompagnent les outils de la main sans effacer le temps nécessaire au dessin, à la découpe et à l’assemblage. Les créations uniques, les éditions limitées, les projets sur mesure et les ateliers d’initiation composent un même univers : celui d’une matière travaillée avec précision pour faire entrer la couleur, le relief et le récit dans les espaces et les objets.