À Andoins, dans le Béarn, Myriam Dupland peint la porcelaine comme un espace où le dessin, la couleur et la matière peuvent se répondre. Elle crée des pièces uniques et de petites séries destinées à la table, à la décoration ou à la parure. Son travail ne se limite pas à poser un motif sur un objet blanc : il part de la forme, d’une idée graphique ou d’une impression rapportée de ses voyages, puis cherche un équilibre entre le trait, les pigments et les transformations de la cuisson. Plumes, pinceaux, éponges et putois lui permettent de varier les écritures.
Son parcours commence loin d’un apprentissage linéaire. Originaire de l’est de la France, elle part vivre à Berlin dès l’âge de douze ans et y reste une vingtaine d’années. Le dessin l’accompagne depuis l’adolescence, avant qu’une envie plus affirmée de peindre ne se développe. De longs séjours à Moscou et en Slovaquie élargissent ensuite son regard. Elle fréquente notamment l’École des beaux-arts de Bratislava. Cette succession de lieux, de langues et d’ambiances contribue à une pratique qui préfère la rencontre des styles à l’application d’un seul registre décoratif.
De retour en Picardie en 2000, Myriam Dupland découvre la peinture sur porcelaine. Elle suit alors plusieurs formations auprès de professeurs différents. Le support lui offre ce qu’elle recherchait : une surface claire sur laquelle le trait peut rester léger ou devenir plus incisif, tandis que la cuisson fixe la couleur dans l’émail. La discipline réunit le dessin, la peinture et le feu, avec une part d’anticipation que ne demande pas une œuvre sur papier. L’apparence du pigment pendant l’exécution n’est qu’une étape vers le ton révélé après le passage au four.
Un nouveau départ en Guyane donne une direction décisive à son univers. La faune et la flore amazoniennes nourrissent son envie de peindre, depuis les insectes jusqu’aux oiseaux, aux reptiles et aux végétaux. À Cayenne, son ami Ben, sculpteur saramaca, l’initie au tembé. Elle découvre aussi la culture wayana auprès du peintre Tex, qui vit sur le fleuve dans l’ouest guyanais. Ces rencontres ne deviennent pas un décor interchangeable : elles s’inscrivent dans une histoire vécue, que l’artisane relie à ses propres outils et à ses pigments pour porcelaine.
Son entreprise naît en novembre 2010. En 2019, elle installe un nouvel espace de travail dans le Béarn, au pied des Pyrénées. L’atelier se trouve aujourd’hui à Andoins, commune des Pyrénées-Atlantiques, où l’office touristique départemental présente encore son activité en 2026. Ce déplacement de la Picardie vers le Sud-Ouest ne rompt pas le fil de son œuvre. Les paysages, les végétaux et les expériences accumulées continuent à se mêler dans des objets que l’on peut regarder, porter ou utiliser au quotidien.
La porcelaine blanche fonctionne pour elle comme une ouverture. Une création peut commencer par la forme de la tasse, du vase, du plat ou du bijou ; une autre par un dessin déjà imaginé. Myriam Dupland recherche une harmonie propre à chaque objet, sans imposer le même traitement à tous les supports. Certaines compositions sont longuement dessinées en amont. D’autres naissent plus spontanément dans le geste. Les tonalités peuvent rester feutrées, cassées ou tamisées, puis céder la place à des pigments plus affirmés, à un contraste noir ou à l’éclat d’un métal.
La collection graphique réunit notamment Empreinte, Or vert & Or bleu, Brume, Horizon et Nuancier. Myriam Dupland explique que plusieurs de ces ensembles en fusion ont été réalisés avec spontanéité, sous l’impulsion de la nature. Le graphisme ne cherche pas toujours à représenter littéralement une plante ou un paysage. Il peut retenir une trace, un rythme, un passage de couleur ou une ligne d’horizon. L’objet conserve alors sa fonction, mais sa surface devient le lieu d’un mouvement qui se prolonge d’un côté à l’autre de la porcelaine.
Les séries végétales rendent la référence plus reconnaissable. Champignons, fruits, tomates et arbres composent des familles de motifs où le regard porté sur le vivant rencontre les usages de la vaisselle. Un végétal peut suivre la courbe d’un contenant, occuper le centre d’un plat ou se répéter comme un signe. Le dessin ne flotte pas indépendamment de la pièce : il doit trouver sa proportion et son orientation. La blancheur laissée visible participe autant à la composition que les zones colorées, car elle donne au motif l’espace nécessaire pour respirer.
Le monde animal ouvre un registre très étendu. Les ensembles Petites bestioles, Pluie de plumes, Attrape-rêves, Le Rucher de l’artiste, Insectes de Guyane et Ailes feutrées témoignent de cette diversité. Les insectes ne sont pas traités comme de simples ornements symétriques ; ils prolongent l’attention née au contact de l’environnement amazonien. Les plumes introduisent d’autres directions, plus souples et aériennes. En changeant d’échelle et de support, Myriam Dupland fait passer ces formes du détail observé à un vocabulaire graphique capable d’animer un objet domestique.
La Guyane demeure visible dans une collection dédiée. Grenouilles, chenilles, serpents, tamanoirs, tortues luth et insectes apparaissent sur des mugs, des tasses, des pots ou des plats. Le motif Keti occupe une place distincte. Myriam Dupland l’a adapté avec ses pigments pour porcelaine sur un carreau de faïence destiné à servir de dessous-de-plat. Il prend la forme d’un entrelacs bicolore organisé autour d’un point central. Le passage du motif vers la céramique exige de conserver sa lisibilité tout en l’accordant au format et à la matière de l’objet.
L’univers maritime produit une ambiance très différente. La collection Sortie en mer associe le noir mat et brillant, l’anthracite, le rouge et le platine. Ici, la palette construit une profondeur plus dense, ponctuée par le reflet métallique. Le contraste entre matité et brillance modifie la lecture lorsque l’objet tourne dans la lumière. Cette recherche rejoint l’intérêt général de Myriam Dupland pour la fusion des styles et pour les qualités propres aux pigments : une même forme peut changer de caractère selon le poids d’un noir, la présence d’un rouge ou la tension d’un trait platine.
Le décor passe par une cuisson conduite selon les pigments et les techniques employés. Dans son atelier, Myriam Dupland décrit un premier palier lent à 400 °C pendant 140 minutes, puis un second à 830 °C pendant quinze minutes. Le four demande ensuite plus de vingt-quatre heures pour revenir à la température ambiante. Vers 700 °C, le glacis brillant de la porcelaine devient suffisamment perméable pour accueillir les pigments ; lors du refroidissement, il les enferme. Le temps du four appartient donc pleinement à la création, même si aucun geste visible ne peut plus corriger la pièce pendant cette phase.
Cette durée oblige à préparer le décor avec attention. Une plume produit une ligne différente de celle d’un pinceau ; l’éponge répartit autrement la matière ; le putois sert à obtenir des effets particuliers dans le travail des couleurs. Le nombre de passages au four varie selon la composition. Superposer des tons, révéler un or ou un platine et préserver certains contrastes peut demander plusieurs cuissons. Chaque retour au feu engage ce qui a déjà été peint. Le rythme de production reste ainsi lié aux paliers, au refroidissement complet et à l’examen du résultat avant l’étape suivante.
Les bijoux permettent à Myriam Dupland d’intervenir avant même le décor. Elle étale la porcelaine au rouleau, forme l’empreinte de chaque élément puis la travaille selon le modèle désiré. Anneaux, perles rondes, tubes, rectangles ou carrés passent par le séchage et un lissage minutieux. Une première cuisson est menée à 980 °C. Viennent ensuite l’émaillage et une nouvelle cuisson à 1 280 °C, qui donne à la porcelaine son état fini avant la phase picturale. L’objet de petite dimension concentre donc plusieurs opérations de façonnage et de feu.
Le décor des bijoux est appliqué à la plume, à l’éponge ou au pinceau, puis cuit une ou plusieurs fois à 830 °C afin de révéler les couleurs, l’or ou le platine. Le dessin à main levée individualise chaque élément. La collection Vibrato associe des perles aux pigments vifs ou pastel, parfois ponctués de platine. Méli-mélo joue avec les tubes, les perles et des lacets de coton ciré réglés par des nœuds coulissants. Les bracelets accueillent étoiles, pastilles ou plaques de porcelaine sur du jersey recyclé, du daim, du Liberty, du lin, de l’élastique ou de la soie roulottée.
La rencontre des matières se poursuit avec la laine feutrée. Myriam Dupland fabrique elle-même des cordons en laine de mouton cardée selon la technique du feutrage à l’aiguille, puis les associe aux perles et pendentifs en porcelaine de Vibrato. La douceur mate de la fibre répond à la surface lisse et brillante de la céramique. Le bijou se construit alors autant par la couleur que par le toucher. Cette association rappelle combien son parcours reste ouvert aux croisements : peinture, graphisme, façonnage, métal, textile et feu peuvent intervenir dans une même parure.
Les demandes personnalisées forment un autre pan de l’activité. Myriam Dupland adapte un décor à la porcelaine choisie pour un projet individuel ou collectif. Depuis décembre 2012, elle réalise aussi des créations pour des professionnels. Pour la maison Artumès & Co, elle a peint lièvres et renards sur des mugs, des tasses, un service à thé, des cendriers et des vide-poches. La gamme de couleurs naturelles et les animaux répondent à l’identité de cette enseigne liée à l’univers de la chasse. Le travail sur commande conserve ainsi son dessin manuel tout en tenant compte d’un contexte précis.
La transmission accompagne la production. L’atelier accueille des adultes et des enfants, des débutants comme des personnes déjà expérimentées. Les participants découvrent les principales techniques de peinture sur porcelaine et réalisent un décor sur une pièce utilitaire ou décorative. Pour les premiers gestes, Myriam Dupland propose des approches accessibles ; pour les projets plus avancés, elle prévoit un accompagnement individualisé. L’enjeu n’est pas de reproduire mécaniquement un modèle, mais d’apprendre à regarder son environnement, à choisir un outil et à construire une composition personnelle.
À Andoins, Myriam Dupland réunit ainsi plusieurs étapes du métier : conception graphique, peinture, façonnage de petits éléments, émaillage, cuissons successives, montage de bijoux et enseignement. Son expérience de Berlin, de Bratislava, de la Picardie, de la Guyane et du Béarn donne à son travail une géographie singulière. Les collections végétales, animales, graphiques ou maritimes n’effacent pas cette continuité. Elles montrent différentes manières de faire dialoguer la blancheur de la porcelaine avec le trait, les pigments, l’or, le platine et les matières textiles.
Chaque objet naît d’un équilibre entre liberté et contrainte. La main peut improviser une ligne, mais le support impose sa courbe ; la palette peut être audacieuse, mais la température détermine son évolution ; un bijou peut paraître léger, mais il résulte du séchage, du lissage, de l’émaillage et de plusieurs cuissons. Myriam Dupland fait de ces contraintes les appuis d’une pratique reconnaissable, attentive au vivant et ouverte aux rencontres. De la vaisselle au pendentif, ses porcelaines portent la mémoire d’un itinéraire autant que la précision d’un geste artisanal.