À Noé, en Haute-Garonne, Nam’Art Tongue Drums et créations associe le travail du métal à la recherche musicale. Mathieu Daix fabrique des tongue drums, des percussions mélodiques dont les notes sont découpées dans une plaque d’acier afin de produire des sonorités douces. Son parcours de zingueur, sa formation auprès des Compagnons du Devoir à Toulouse et sa pratique de multiinstrumentiste se rejoignent dans un objet où la forme, la matière et le son doivent être accordés. Chaque instrument est pensé comme une surface métallique à mettre en vibration, mais aussi comme un compagnon de jeu avec ses propres possibilités mélodiques.
Le premier tongue drum de Mathieu Daix est né de la rencontre entre ses deux passions : le travail des métaux et la musique. Depuis, il a amélioré progressivement sa manière de fabriquer ces percussions et s’est orienté vers l’acier recyclé. Ce choix donne au matériau une seconde vie et inscrit la fabrication dans une pratique attentive à la matière disponible. L’acier doit être préparé, découpé et mis en forme avec suffisamment de précision pour que les zones qui produisent les notes répondent de façon régulière. Le facteur travaille donc à la fois la géométrie de la plaque, la disposition des éléments percussifs et la qualité de la surface.
Un tongue drum se joue avec les mains ou avec des mailloches adaptées, selon la réponse recherchée et la manière dont le musicien souhaite faire résonner l’instrument. Les découpes forment des languettes ou des zones vibrantes dont la longueur, la largeur et la tension influencent le timbre. La caisse métallique amplifie la vibration et donne à chaque frappe une attaque suivie d’une résonance. La fabrication ne consiste pas à disposer des notes au hasard : il faut composer une gamme, répartir les hauteurs et conserver une relation équilibrée entre les éléments. L’instrument peut ainsi accompagner une personne qui découvre la percussion comme un musicien déjà habitué à improviser.
Nam’Art propose des tongue drums avec des gammes de neuf notes ou davantage. Cette variété permet de choisir une organisation sonore correspondant à une ambiance ou à un type de jeu. Une gamme peut inviter à une mélodie répétitive et apaisée ; une autre peut ouvrir davantage de chemins pour l’improvisation. Le nombre de notes ne suffit pas à définir l’instrument : leur espacement, la forme des languettes, la profondeur de la caisse et la sensibilité de l’acier participent ensemble à la réponse. La méthode de fabrication cherche à utiliser les qualités percussives naturelles du métal pour offrir une palette de jeu étendue.
La finition commence par une chauffe de l’acier et peut être complétée par une gravure manuelle. La chaleur modifie l’aspect de la surface et révèle des nuances qui différencient l’instrument sans masquer sa matière. La gravure permet d’inscrire un motif directement dans le métal. Elle demande un geste sûr, car le dessin doit rester lisible tout en respectant les zones qui vibrent. Un Grand Duc apparaît ainsi sur un tongue drum en Mi Equinox. L’image accompagne l’objet sonore ; elle donne au musicien un repère visuel et transforme la surface en espace de création.
D’autres instruments reçoivent des motifs peints. La peinture peut prendre une direction abstraite et créer une composition qui ne cherche pas à représenter un sujet précis. Les lignes, les taches et les contrastes suivent alors la forme générale de la caisse et entourent les zones de jeu. Un tongue drum en Ré Amara porte par exemple le motif « Peau de Dragon », tandis qu’un instrument en Ré mineur est associé à l’image des « Météorites ». Ces noms et ces décors suggèrent des univers différents, mais la fonction première reste la même : faire vibrer l’acier et offrir au joueur une gamme de notes cohérente.
Le choix de la tonalité influence la façon dont l’instrument peut être abordé. Le Ré mineur, le Ré Amara et le Mi Equinox ne proposent pas le même ensemble de relations entre les notes. Un musicien peut rechercher une couleur sonore particulière, une tessiture qui accompagne la voix ou une configuration adaptée à une pratique de groupe. La fabrication prend alors en compte l’usage envisagé, sans séparer la musicalité de la construction. Le facteur écoute ce que permet la matière et règle la disposition des notes pour que la frappe reste naturelle, que les résonances se répondent et que l’instrument conserve une présence équilibrée.
La pratique de Mathieu Daix comme multiinstrumentiste nourrit cette compréhension du jeu. Un instrumentiste ne juge pas seulement un objet à son apparence ; il éprouve sa prise en main, la distance entre les notes, la facilité des enchaînements et la durée des résonances. Les premières minutes avec un tongue drum révèlent rapidement sa logique. Le joueur peut répéter un motif, alterner deux zones, faire circuler une phrase autour de la caisse ou laisser une note se prolonger pendant qu’une autre est frappée. La fabrication doit permettre ces gestes sans imposer une mécanique compliquée. Une percussion mélodique réussie laisse de la place à l’écoute et à l’exploration.
Le travail du métal apporte aussi une histoire professionnelle particulière. Formé à la zinguerie par les Compagnons du Devoir à Toulouse et titulaire d’un CAP dans ce domaine, Mathieu Daix connaît les propriétés d’une feuille métallique et les exigences d’une réalisation précise. Le passage vers l’instrument ne supprime pas ces connaissances : il les déplace vers la vibration, la tension et la justesse des notes. La coupe, la chauffe, la préparation de la surface et les finitions deviennent les étapes d’une construction sonore. La main qui travaille le métal doit rester attentive à ce qui se passe ensuite lorsque l’instrument sera frappé.
La transmission prolonge la fabrication. Nam’Art donne des cours et des ateliers de percussions mélodiques, afin de permettre aux participants de découvrir l’instrument par l’écoute et le geste. Une initiation peut commencer par la posture, la manière de poser les mains et la différence entre une frappe nette et un contact plus léger. Le participant apprend ensuite à repérer les notes, à les associer et à laisser les résonances s’installer. Les ateliers peuvent accueillir des personnes sans expérience musicale comme des instrumentistes qui veulent enrichir leur pratique. La découverte passe par une relation directe entre le corps, la plaque d’acier et le son.
Mathieu Daix a également fondé à Toulouse l’association Occi’Pan. Cette implication ajoute une dimension collective à son activité. Le tongue drum peut se pratiquer seul, dans une recherche de calme ou de motif répétitif, mais il devient aussi un instrument de rencontre lorsqu’il est joué à plusieurs. Les timbres se superposent, les rythmes se répondent et chacun peut trouver une place dans un ensemble sans devoir couvrir les autres. La fabrication, les cours et les ateliers forment ainsi trois prolongements d’une même démarche : comprendre le métal, développer l’instrument et donner aux personnes les moyens de le faire vivre.
À Noé, Nam’Art Tongue Drums et créations fait dialoguer acier recyclé, gravure, peinture et musique. Les gammes de neuf notes ou davantage, les finitions chauffées, les motifs manuels et les références comme le Grand Duc, la Peau de Dragon ou les Météorites donnent à chaque instrument une identité visuelle et sonore. Le parcours de zingueur et de multiinstrumentiste explique cette attention simultanée à la matière et au jeu. Les tongue drums sont fabriqués comme des percussions mélodiques accessibles à l’exploration, tandis que les cours, les ateliers et l’association Occi’Pan ouvrent un espace de transmission. Le résultat tient dans cet équilibre entre précision du métal, douceur des résonances et liberté musicale.