Aux Villettes, en Haute-Loire, Olivier Bardel imagine et fabrique de petits objets en bois tourné sous le nom Ô bois d’Olivier. Son activité repose sur un geste précis : la matière est mise en rotation sur le tour afin de faire apparaître progressivement une forme régulière, équilibrée et agréable à prendre en main. Le résultat peut être utilitaire, décoratif ou destiné à offrir. Rasoirs, tire-bouchons, stylos, coupe-papier, sifflets, toupies, bijoux et jeux figurent parmi les familles d’objets présentées par l’artisan. Chaque pièce garde la personnalité du morceau choisi, ce qui donne à la fabrication une dimension à la fois fonctionnelle et sensible.
Le tournage est né d’une expérience très concrète. Passionné de pêche à la mouche, Olivier Bardel cherchait à fabriquer sa propre canne. Un ami lui a prêté un tour à bois pour lui permettre de réaliser la poignée de cette canne. Cette première approche a ouvert une nouvelle pratique, devenue une activité durable. Le professionnel indique pratiquer le tournage sur bois depuis une dizaine d’années sur son site, tandis que la présentation de la commune situe la création de l’entreprise en 2017. Ces deux repères racontent une installation progressive : une découverte par l’usage, puis la construction d’un atelier consacré à des objets tournés et personnalisables.
Le tour à bois impose de penser la forme dans son rapport à l’axe et à la rotation. Une pièce destinée à devenir un stylo ne demande pas les mêmes proportions qu’un sifflet, une toupie ou un manche de rasoir. Le geste commence par la mise en place du morceau, puis par l’enlèvement de matière jusqu’à obtenir le profil voulu. Les outils suivent les courbes et affinent les transitions. Le travail ne consiste pas seulement à produire un cylindre : il faut créer des renflements, des creux, des épaulements et des extrémités qui s’enchaînent sans rompre l’équilibre visuel ou la prise en main. Sur un objet de petite taille, quelques millimètres modifient immédiatement la silhouette et le confort.
Les essences citées par Olivier Bardel donnent à chaque réalisation une apparence différente. Le frêne et le hêtre offrent des veinages et des tonalités claires qui conviennent à des formes lisibles et à des objets destinés à être souvent manipulés. Le noyer apporte une présence plus sombre et une profondeur de teinte qui souligne les volumes. Le buis, le cade et l’olivier introduisent d’autres caractères, avec des densités, des parfums et des dessins de fibres particuliers. L’artisan mentionne aussi le cerisier, l’érable et des bois provenant du sud de la France. Cette diversité ne sert pas à uniformiser les créations : elle permet d’accorder une essence à une forme, à une utilisation et à l’effet recherché.
Le bois local tient une place annoncée dans la démarche de l’atelier. Utiliser une essence issue d’un environnement proche peut faire apparaître un veinage, une irrégularité ou une nuance qui n’existerait pas dans une matière standardisée. Le morceau est observé avant le tournage pour repérer ses lignes, ses contrastes et ses éventuelles singularités. Une pièce de buis compacte ne se comporte pas comme une branche de frêne ou un morceau de noyer. La direction du fil accompagne la coupe, tandis que la densité influence la netteté des détails et le rendu de la surface. Après les opérations de mise en forme, le ponçage révèle les courbes et prépare l’aspect final de l’objet.
Ô bois d’Olivier travaille également avec de la résine époxy contenant des inclusions végétales. Cette association rapproche deux matières très différentes : le bois porte son dessin naturel, alors que la résine peut créer une zone colorée et transparente autour d’éléments intégrés. Le contraste apparaît ensuite dans la pièce tournée, lorsque la rotation fait traverser la forme par des lignes, des fragments ou des touches de couleur. La résine ne produit pas un motif identique d’un objet à l’autre. Sa répartition, les inclusions et le veinage se combinent différemment selon le carrelet ou le morceau préparé. L’artisan explique ainsi que le bois et la résine ne permettent pas de fabriquer deux pièces strictement identiques.
Cette singularité est particulièrement visible sur les objets de petite taille. Un stylo peut devenir une pièce de bureau reconnaissable par sa matière plutôt qu’un simple instrument d’écriture. Un tire-bouchon ou un bouchon tourné ajoute une présence tactile à un accessoire courant. Un sifflet ou une toupie associe une forme simple à une expérience de manipulation, de jeu et de mouvement. Le coupe-papier s’inscrit dans un usage de bureau ou de lecture, tandis que le rasoir demande une poignée confortable, bien proportionnée et suffisamment stable. Les bijoux et les objets décoratifs font ressortir la légèreté du tournage et la capacité du bois à porter un détail sans perdre sa chaleur.
La fabrication artisanale se lit dans le rapport entre la forme et la main. Un objet tourné est regardé, mais il est aussi saisi, déplacé, utilisé et parfois conservé longtemps. La douceur du ponçage, la largeur d’une poignée, le passage entre deux diamètres ou l’extrémité d’un stylo influencent directement l’expérience. Le dessin doit donc rester cohérent avec la fonction. Une toupie doit trouver son équilibre, un sifflet doit conserver les proportions nécessaires à son usage, et un accessoire de bureau doit pouvoir être pris sans gêne. La petite dimension des pièces ne réduit pas l’exigence ; elle rend au contraire les écarts plus visibles et les finitions plus déterminantes.
La personnalisation par gravure laser complète le tournage. Elle permet d’ajouter un prénom, un message, un signe ou un motif lorsque l’objet est choisi pour une occasion particulière ou pour un destinataire précis. La gravure doit trouver sa place sur une surface courbe ou sur une zone suffisamment régulière pour rester lisible. Sa taille, son orientation et son contraste sont à considérer avec le veinage du bois. Une inscription bien placée accompagne la forme sans la recouvrir. Sur un stylo, un coupe-papier ou un accessoire, quelques mots peuvent transformer un objet d’usage en cadeau personnel, tout en conservant le caractère naturel de la matière.
Le catalogue présenté en ligne est organisé autour de plusieurs types de pièces, notamment les rasoirs, les tire-bouchons et bouchons, les stylos, les sifflets, les découds-vites et les carrelets. Cette diversité montre plusieurs manières d’employer le tournage sur bois. Certains objets accompagnent un geste quotidien, d’autres se prêtent à une collection ou à une attention offerte. Les carrelets rappellent l’étape de matière préparée pour le tournage, quand le bloc doit être transformé avec un profil, une profondeur et une finition adaptés. Les pages consacrées aux sifflets et aux autres familles permettent d’observer une production centrée sur l’objet de petite série ou la pièce unique, sans effacer les différences de chaque bois.
Un projet peut ainsi partir d’une fonction très simple : écrire, déboucher une bouteille, découper un fil, jouer ou décorer. Le choix du bois modifie ensuite la présence de l’objet, et la forme précise la manière dont il sera utilisé. La résine et les inclusions végétales ouvrent une recherche plus graphique, alors qu’une essence laissée seule met davantage en avant son fil et sa couleur. La gravure ajoute enfin un niveau de personnalisation. Ces décisions se complètent au cours de la fabrication, car le morceau disponible, la forme souhaitée et la destination de la pièce doivent rester compatibles. Le travail du tourneur consiste à maintenir cet équilibre jusqu’à la finition.
Le caractère unique revendiqué par l’artisan ne repose pas uniquement sur une différence de couleur. Il vient de la rencontre entre une matière naturelle et un geste qui la transforme. Deux morceaux issus de la même essence peuvent présenter des fibres, des nœuds ou des contrastes différents. Avec la résine, la place des inclusions et la manière dont la coupe traverse le bloc modifient encore l’aspect obtenu. La rotation révèle certains motifs et en atténue d’autres. Une forme identique peut donc produire deux objets visuellement distincts. Cette part d’imprévu maîtrisé donne à la fabrication une relation directe avec le bois, loin d’une surface parfaitement interchangeable.
Installé dans la commune des Villettes, Olivier Bardel inscrit son atelier dans le paysage artisanal de la Haute-Loire. Son parcours relie une passion personnelle, l’apprentissage du tour et une activité orientée vers des objets accessibles, utiles ou destinés à offrir. Le bois y est travaillé pour ses qualités de matière, mais aussi pour sa capacité à accompagner un usage quotidien. Frêne, hêtre, noyer, cade, buis, olivier, cerisier, érable et résine avec inclusions végétales composent une palette qui laisse chaque réalisation prendre sa propre allure. Le tournage, le ponçage et la gravure laser s’enchaînent pour produire des pièces où la fonction reste lisible et où le détail de la matière garde toute sa place.