À Torcy, en Seine-et-Marne, Olivia Paroldi développe un travail de graveuse et d’illustratrice qui fait dialoguer le papier, le relief, l’image imprimée et l’espace urbain. Son parcours est lié aux métiers d’art de la gravure : née à Paris en 1981, elle est diplômée en Métiers d’Art, spécialité gravure, et exerce depuis plus de quinze ans. Le répertoire professionnel la présente comme graveuse et imprimeuse en gaufrage. Ses productions comprennent des œuvres murales, de la papeterie d’art, des sculptures ou pièces uniques ainsi que des tableaux et panneaux muraux. Cette diversité reste rassemblée par une même attention au geste et à la présence sensible de l’image.
La formation à l’École Estienne constitue un point d’ancrage de sa pratique. L’établissement parisien est reconnu pour ses enseignements consacrés au livre, à l’image et aux techniques graphiques. Olivia Paroldi y découvre la gravure, puis commence son parcours dans le monde du livre. Cette origine explique la place accordée au papier, à la composition et à la précision du trait. Dans son travail, l’estampe n’est pas seulement une reproduction destinée à être encadrée. Elle devient un moyen de construire une scène, de faire apparaître des personnages et de donner à une image une présence qui peut changer selon son support et son environnement.
Son expérience auprès de l’Institut National des Jeunes Aveugles a également nourri sa relation à l’image et à la transmission. Elle y a travaillé comme graveuse pour réaliser des supports pédagogiques tactiles. Une image destinée à être reconnue par le toucher ne se pense pas comme une illustration uniquement visuelle : les formes doivent être lisibles, les contours suffisamment différenciés et l’organisation de la surface doit accompagner l’exploration de la main. Cette expérience donne à son métier une dimension concrète, attentive à la manière dont une œuvre peut être rencontrée par des publics différents.
Le geste traditionnel demeure au cœur de sa démarche. La gravure demande de préparer une image, de travailler une matrice et de maîtriser la relation entre le trait, le creux, le relief et l’impression. Le gaufrage ajoute une dimension tactile : le papier est marqué pour faire naître une forme en relief ou en creux, perceptible par la lumière comme par le toucher. Les irrégularités, les différences de pression et la finesse du dessin participent à la personnalité de l’ouvrage. Le relief n’est donc pas un simple effet de surface ; il transforme la manière dont l’image se découvre lorsque le regard se déplace ou que la main suit ses contours.
Olivia Paroldi élargit la gravure à des formats et à des situations qui sortent du cadre habituel de l’estampe. Son travail comprend des volumes gravés et des réalisations de grande dimension. Une composition agrandie ne se lit pas comme une petite feuille : le spectateur peut en percevoir les détails à distance, puis s’en approcher pour retrouver la finesse du trait. Le format impose une autre relation au corps et à l’espace. L’image peut devenir murale, accompagner l’architecture ou s’inscrire dans un lieu de passage, tout en conservant la sensibilité d’un dessin travaillé à la main.
La sérigraphie lui permet de prolonger cette recherche vers l’art urbain. Après avoir réalisé la gravure, elle imprime ses estampes sur papier au moyen d’une technique traditionnelle de sérigraphie. Les feuilles sont ensuite collées sur des murs de ville. Cette suite d’étapes relie l’intimité du travail en atelier à une rencontre ouverte, dans la rue, avec des personnes qui ne sont pas venues chercher une exposition. L’œuvre apparaît dans le quotidien, au milieu des trajets et des usages ordinaires, et propose une pause à celles et ceux qui la croisent.
Les personnages et les scènes qu’elle met en image sont associés à la douceur, à la tendresse et à la poésie. Ils ne cherchent pas à imposer un récit unique. Leur présence laisse au passant la possibilité d’imaginer une histoire, une émotion ou une relation entre les figures. Une estampe installée dans la ville peut être regardée quelques secondes, puis retrouvée plus tard avec un autre état d’esprit. Le support urbain donne ainsi une place particulière à l’interprétation : l’image accompagne un moment de vie sans interrompre complètement le mouvement du lieu.
La rue n’est pas choisie comme un simple espace d’exposition supplémentaire. Elle forme une partie de la composition. Le mur, la hauteur, la circulation et la lumière modifient la perception d’une œuvre imprimée. Olivia Paroldi s’intéresse à cette relation entre l’image et l’endroit où elle est déposée. Le lieu peut être retenu avant même le début de la gravure, parce qu’il contribue à déterminer le format, la distance de lecture ou l’atmosphère de la scène. L’œuvre et son environnement se répondent alors au lieu de rester séparés.
Le temps joue un rôle tout aussi essentiel. Les estampes urbaines sont conçues pour vivre avec le lieu, sous l’effet de la pluie, du vent et des transformations de la surface. Elles peuvent s’altérer lentement, perdre de leur netteté et laisser des traces ou des filigranes. Cette disparition progressive n’est pas un défaut à corriger : elle fait partie de l’expérience proposée. Le passant peut voir une image apparaître, se modifier puis s’effacer. La fragilité du papier rappelle que l’œuvre accompagne un instant et qu’un espace public garde les marques de ce qui l’a traversé.
Cette attention à l’éphémère donne un relief particulier à la notion de pièce unique. Un panneau mural ou une œuvre sur papier peut conserver une présence durable dans un intérieur, tandis qu’une estampe collée dans la rue accepte une existence plus courte. Dans les deux cas, la fabrication repose sur une image précise et sur un choix de support. La différence tient à la relation avec le temps, la lumière et les gestes qui entourent l’œuvre. L’une se regarde dans un espace maîtrisé ; l’autre se confronte à la ville et à ses changements.
La papeterie d’art offre une autre échelle de rencontre avec son univers. Le papier se tient, se feuillette et se conserve. Un gaufrage ou une impression peut être découvert dans un format plus intime, où le relief et la qualité de la feuille comptent autant que le motif. Cette attention convient à des objets qui accompagnent l’écriture, la correspondance ou la contemplation. Le travail graphique reste présent sans devenir envahissant. La matière invite à ralentir, à observer une ligne et à sentir la différence entre une surface lisse et une forme marquée.
Les tableaux et panneaux muraux prolongent la présence de l’estampe dans un intérieur. Leur format permet de travailler la composition comme une image autonome, avec une attention à l’équilibre des figures, aux espaces laissés libres et à la manière dont le regard circule. Une œuvre murale peut être choisie pour sa poésie, pour le récit qu’elle suggère ou pour la qualité de son relief. La gravure conserve son caractère manuel tout en prenant une place plus affirmée dans l’architecture d’une pièce.
Les sculptures et pièces uniques montrent que son travail ne s’arrête pas à la feuille imprimée. Le passage au volume modifie la lumière, les ombres et la distance entre l’œuvre et celui qui la regarde. Une forme sculptée peut être abordée de plusieurs côtés ; elle révèle des détails différents selon l’angle choisi. Le vocabulaire de la gravure y trouve une autre profondeur, car le relief n’est plus seulement produit par la pression sur le papier. Il devient une qualité de la pièce elle-même, liée à sa silhouette et à son rapport à l’espace.
L’ensemble de cette pratique associe une grande précision technique à une intention humaniste. Les gestes de la gravure sont hérités d’une longue histoire, mais ils servent ici des images conçues pour circuler, toucher et créer un moment de respiration. Le travail réalisé pour des supports tactiles, la papeterie d’art, les pièces en relief et les interventions urbaines ont en commun une attention aux façons de rencontrer une image. Olivia Paroldi fait ainsi de la gravure un métier de transmission autant qu’un moyen d’expression.
À Torcy, Olivia Paroldi propose donc un univers où le dessin gravé, le gaufrage et l’impression prennent des formes multiples. Les œuvres murales, les tableaux, les panneaux, la papeterie, les sculptures et les pièces uniques témoignent d’une pratique qui reste attachée aux techniques traditionnelles tout en s’ouvrant à la ville. Son parcours dans le livre et auprès de l’Institut National des Jeunes Aveugles éclaire cette attention à la lisibilité, au toucher et au partage. Qu’elle soit conservée sur papier ou exposée aux intempéries d’un mur, chaque estampe invite à regarder autrement le temps, le lieu et les histoires que l’image peut faire naître.