À Rennes, Olivier Guilbaud dirige L’Atelier du Doreur, consacré à la restauration, à la conservation et aux nouvelles applications de la dorure. Son activité s’adresse aux objets anciens en bois doré ou polychrome, mais aussi aux projets de décoration, de design et d’art contemporain. Cadres, miroirs, consoles, trumeaux, lustres, candélabres, reliquaires, statues et autres objets d’art peuvent retrouver une cohérence de matière et de lumière grâce à une intervention adaptée. L’atelier travaille également sur des créations nouvelles, avec l’envie de faire vivre la dorure à la feuille dans des formes actuelles.
Olivier Guilbaud indique avoir découvert la feuille d’or au début des années 1990. Son parcours comprend une formation aux arts appliqués à l’École Pivaut, une activité de restaurateur de dorure sur bois depuis 1993 et la création de L’Atelier du Doreur en octobre 2000. Cette expérience relie la connaissance des antiquités à une pratique de fabrication et de finition. La dorure ne se réduit pas à l’éclat d’un métal posé sur une surface : elle suppose de comprendre l’objet, son époque, sa construction, les traces de son usage et les interventions qui ont pu modifier son aspect.
La restauration commence par l’observation. Un miroir, un cadre ou une console peut présenter des repeints, des ajouts, des cassures, des manques, des soulèvements ou des zones où la dorure a perdu sa cohésion. Le restaurateur doit distinguer ce qui appartient à la fabrication d’origine de ce qui a été ajouté plus tard. La forme sculptée, les apprêts, l’assiette, la feuille métallique et la patine forment un ensemble. Une intervention trop uniforme peut effacer les différences de relief et rendre l’objet moins lisible. Le travail cherche donc à préserver au maximum les parties conservées et à intervenir précisément sur les zones fragilisées.
Le bois doré repose sur une préparation qui donne à la surface sa régularité. Après le dégraissage, le bois nu est encollé puis recouvert d’un apprêt composé de blancs de Meudon et de colle de peau de lapin. L’atelier décrit une application en huit à douze couches, chacune étant travaillée pour obtenir une surface lisse. Le ponçage et l’adoucissage préparent les volumes avant la reprise des détails. Cette succession demande du temps, car une couche mal égalisée peut réapparaître sous la dorure et modifier la perception du décor.
La reparure restitue les détails sculptés lorsque l’apprêt a été posé. Des fers de profils différents servent à remodeler les ornements, à reprendre les lignes et à dessiner les éléments qui donnent leur caractère au cadre, à la console ou au fronton. Une feuille d’acanthe, une moulure, un motif floral ou une bordure ne se traite pas comme un aplat. Les creux et les saillies doivent conserver leur relation. La lumière accroche les parties en relief et reste plus douce dans les zones creuses ; la qualité de la sculpture prépare donc directement la façon dont la dorure sera reçue.
Le surmoulage intervient lorsqu’un élément décoratif manque mais qu’un motif comparable subsiste encore. Une pâte composée de gros blancs et de colle de peau est pressée dans une matrice pour obtenir une empreinte. L’épreuve est démoulée alors qu’elle reste souple, puis replacée à l’endroit où la sculpture a disparu. Cette méthode permet de restituer une forme en s’appuyant sur un élément existant. Le restaurateur doit ensuite ajuster la pièce, travailler ses raccords et l’intégrer au support sans créer une rupture trop visible entre l’ancien et le complément.
L’assiette, ou bolus, prépare les parties saillantes destinées à recevoir la feuille. Cette argile, souvent rouge, modifie la profondeur de la couleur et contribue à la qualité de l’adhérence. La dorure à l’eau demande ensuite de mouiller la surface avec un pinceau adapté. La palette transporte la feuille d’or, qui est attirée par la zone humide et se tend sur le support. Le geste doit être précis, car la feuille est très fine et réagit à l’air, à l’humidité et aux irrégularités de la surface. Le doreur avance par zones, en tenant compte du dessin et de l’état de la pièce.
Après le séchage, la pierre d’agate intervient pour le brunissage. Elle écrase et polit l’or sur les parties saillantes qui ont reçu l’assiette. Les zones brunies deviennent brillantes, tandis que les creux restent plus mats. Cette différence renforce la lecture du relief et donne au décor son alternance de lumière et de profondeur. Le résultat ne dépend donc pas seulement de la quantité d’or utilisée. Il vient de la relation entre la sculpture, la préparation, la pose de la feuille et le degré de polissage choisi pour chaque partie.
La patine réunit les parties restaurées et la dorure d’origine. Une reprise récente peut être trop claire, trop régulière ou trop brillante par rapport à un objet qui a traversé plusieurs décennies. L’atelier décrit l’emploi d’une colle à mater additionnée d’aquarelle pour rapprocher les zones sans les uniformiser artificiellement. La patine doit rendre la restauration lisible pour un œil averti tout en permettant à l’objet de retrouver une présence cohérente. Elle accompagne la conservation plutôt qu’elle ne cherche à fabriquer une apparence neuve.
Le nettoyage des dorures demande une grande prudence. L’époque, l’état de conservation, le type de dorure, le support et les produits déjà présents changent la manière d’intervenir. Un geste trop agressif peut retirer une couche ancienne, fragiliser l’assiette ou modifier la patine qui donne son unité à l’objet. L’atelier recommande de limiter l’entretien courant à un dépoussiérage doux et de confier l’examen des surfaces à un professionnel. La conservation passe aussi par un environnement tempéré, éloigné de l’humidité, et par la conservation des petits éléments qui auraient pu se détacher.
Les objets traités par L’Atelier du Doreur appartiennent à des familles très différentes. Un cadre doit accompagner une œuvre et conserver des angles nets. Un miroir ancien associe une structure, un tain, des moulures et parfois un fronton sculpté. Une console reçoit des contraintes liées à son usage et à son équilibre. Un lustre ou un candélabre ajoute la question des parties saillantes, des assemblages et de la manipulation. Un reliquaire ou une statue peut présenter une polychromie dont la dorure n’est qu’un élément parmi d’autres. La méthode est donc adaptée à la pièce au lieu d’appliquer une finition identique à toutes les surfaces.
La connaissance des antiquités nourrit aussi la sélection de miroirs anciens restaurés proposée par l’atelier. Les modèles peuvent appartenir à des périodes et à des styles variés, du XVIIIe siècle à l’époque Napoléon III ou à l’Art déco. Chaque objet conserve un dessin, une sculpture, des proportions et une qualité de lumière qui lui sont propres. La restauration redonne de la lisibilité aux éléments décoratifs sans gommer les traces qui font partie de son caractère. Le miroir retrouve alors une place dans un intérieur, où son cadre agit avec la lumière, les murs et les autres meubles.
La dorure contemporaine ouvre une autre voie. Olivier Guilbaud travaille avec des artistes et des designers qui souhaitent intégrer la feuille d’or à une œuvre, un objet ou un décor nouveau. Le projet peut partir d’une forme très simple, d’un motif graphique ou d’une recherche sur la lumière. La technique ancienne doit alors s’adapter à un support, à une fonction et à une intention qui ne sont pas ceux d’une antiquité. La feuille peut souligner un volume, éclairer une zone, créer un contraste avec une matière mate ou devenir une surface autonome dans une composition.
Les participations à des œuvres contemporaines montrent cette volonté de prolonger le métier. Un objet peut associer or, bois, peinture, métal ou matériau minéral. Le doreur doit comprendre comment les supports se rencontrent, comment les mouvements de la matière peuvent influencer la finition et quelle lumière le projet doit recevoir. Une pièce destinée à être manipulée demande une protection adaptée ; une œuvre murale appelle une autre organisation du décor. La dorure reste reconnaissable, mais elle trouve de nouvelles relations avec l’espace, la couleur et la forme.
L’atelier entretient des liens avec des institutions et des collections publiques. Parmi les références indiquées figurent le Parlement de Bretagne, les musées des Beaux-Arts de Nantes, Rennes, Laval et Vitré, la Préfecture de la Mayenne, l’Écomusée de Rennes et de Montfort-sur-Meu ainsi que le FRAC des Pays de la Loire. Ces collaborations mobilisent une attention particulière à la documentation, à la conservation et à la compatibilité des produits. Un objet appartenant à une institution doit pouvoir être suivi dans le temps, et son intervention doit rester compréhensible pour les personnes qui en auront la charge ensuite.
La relation avec les particuliers, les collectionneurs, les décorateurs et les architectes repose sur l’examen de la pièce et du projet. Une photographie peut ouvrir l’échange, mais l’état réel du bois, la présence de polychromie, les parties manquantes et la qualité de la dorure orientent la proposition. Pour une création, le dessin, les dimensions, l’usage et la relation avec l’intérieur permettent de définir la finition. L’atelier peut également travailler avec un ébéniste, un restaurateur de mobilier, un orfèvre, un horloger ou un restaurateur de tableaux lorsque l’objet réunit plusieurs spécialités.
La transmission donne une perspective actuelle à ce métier. Faire connaître la dorure à la feuille permet de comprendre les étapes, les outils et le temps nécessaire à une restauration ou à une création. Le public peut ainsi regarder autrement une moulure, une patine, une zone brunie ou un contraste entre or mat et or brillant. Pour les jeunes artisans, la pratique offre un apprentissage progressif de la matière, depuis la préparation du support jusqu’aux finitions. Le geste se construit par l’observation et la répétition, mais aussi par la capacité à juger la surface et à respecter ce qu’elle a déjà conservé.
À Rennes, Olivier Guilbaud fait vivre L’Atelier du Doreur entre patrimoine et création. Les cadres, miroirs, consoles, sculptures et objets polychromes sont étudiés dans leur histoire matérielle avant d’être restaurés. Les apprêts, la reparure, le surmoulage, l’assiette, la dorure à l’eau, le brunissage et la patine composent une chaîne de gestes cohérente. La feuille d’or peut également entrer dans des projets contemporains avec des artistes et des designers. Cette double orientation donne à la dorure une place actuelle : elle protège, révèle, éclaire et transforme les surfaces sans dissocier la beauté du geste de la connaissance de l’objet.