Atelier & professionnel

Pascal Oudet — tourneur d’art et sculpteur sur bois à Goncelin

Goncelin

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Goncelin, en Isère, Pascal Oudet développe un travail de tourneur d’art et de sculpteur sur bois qui fait apparaître l’intérieur de la matière. Ses pièces uniques sont réalisées dans son atelier, au cœur des Alpes françaises, à partir de bois choisis avec attention. Le chêne français provenant de Bourgogne et de Franche-Comté occupe une place centrale dans sa démarche. Il ne s’agit pas seulement de donner une forme régulière à un morceau de bois : le tournage, la sculpture et le travail de surface servent à révéler les fibres, les lignes et les traces qui composent l’histoire de l’arbre.

Son parcours n’a pas commencé directement dans les métiers du bois. Pascal Oudet a d’abord été ingénieur en électronique et a découvert le tournage sur bois comme activité de loisir. Une recherche autour d’une pièce érodée a conduit, en 2004, à une découverte qui a profondément orienté son travail : en amincissant et en ouvrant la matière, il a vu apparaître une structure comparable à une dentelle. Il a ensuite consacré son activité à la mise au point de cette écriture singulière du bois. L’entreprise créée en 2005 accompagne depuis cette évolution, entre recherche formelle, maîtrise du geste et observation attentive des essences.

La technique de Pascal Oudet associe le tournage et le sablage jusqu’à la transparence. Le tour permet d’abord d’organiser le volume et de donner à la pièce une géométrie précise. Le travail de sculpture et d’abrasion intervient ensuite pour retirer progressivement de la matière et faire émerger les zones les plus denses, les veines et les contrastes du chêne. Cette progression demande de travailler avec mesure : trop enlever fragiliserait la structure, tandis qu’une épaisseur trop importante empêcherait la lumière de traverser la pièce. La forme finale dépend donc autant du dessin recherché que de ce que le bois accepte de montrer.

Dans les œuvres tournées, le contenant devient un espace de lecture. Un bol, un vase ou une forme ouverte peut conserver la mémoire du tronc tout en se transformant en volume léger. Les parois ne sont plus seulement une limite entre l’intérieur et l’extérieur. Elles deviennent un réseau de fibres, de pleins et de vides qui change selon l’orientation de la lumière. Le regard suit les courbes du tournage, puis s’arrête sur une zone où la matière s’affine ou se densifie. Chaque pièce conserve ainsi un rapport direct avec son morceau de bois, ses irrégularités et son développement naturel.

Le chêne est choisi pour sa présence, sa résistance et la richesse de sa structure. Les pièces sélectionnées en Bourgogne et en Franche-Comté sont travaillées de manière à laisser parler le veinage plutôt qu’à le recouvrir. Pascal Oudet s’intéresse notamment au bois marqué par le temps et aux surfaces qui portent déjà des signes d’usure ou d’érosion. La transformation ne cherche pas à effacer ces marques. Elle les intègre à une composition où les lignes anciennes du matériau rencontrent une intervention contemporaine. Le résultat peut évoquer un fragment de paysage, une enveloppe minérale ou une architecture ajourée, tout en restant identifiable comme une œuvre en bois.

La lumière tient un rôle essentiel dans cette approche. Elle traverse certaines zones, souligne les variations d’épaisseur et projette des ombres qui changent avec le point de vue. Une pièce posée sur un meuble ou présentée dans un espace d’exposition n’est donc pas perçue de façon identique à chaque instant. Le déplacement du visiteur révèle des transparences différentes, des arêtes et des profondeurs qui ne se livrent pas toutes en même temps. La sobriété d’une silhouette tournée peut ainsi s’accompagner d’une grande complexité intérieure, visible seulement lorsque l’éclairage rencontre la structure ajourée.

Le travail demande une longue phase de mise au point. Pascal Oudet a perfectionné sa technique pendant plusieurs années, en observant la façon dont le bois réagit aux différentes étapes. Le tournage doit tenir compte de l’orientation des fibres et de la stabilité de la pièce. Le sablage modifie peu à peu la surface, mais il agit aussi sur l’équilibre du volume. Le sculpteur doit anticiper les zones qui resteront porteuses, les ouvertures qui laisseront passer la lumière et les transitions qui donneront à l’ensemble sa continuité. Cette maîtrise repose sur l’expérience, mais aussi sur une écoute permanente de la matière.

Les créations peuvent prendre la forme de pièces de petite taille ou d’œuvres plus monumentales. La présentation d’un arbre entier traité comme une dentelle, montrée au Grand Palais lors de Révélations en 2025, témoigne du changement d’échelle possible. Même dans un format spectaculaire, le principe reste lié à la révélation de la structure du bois. Les vides, les branches et les lignes du matériau deviennent les éléments d’une œuvre qui se lit dans l’espace. Le travail conserve une relation avec l’arbre d’origine tout en proposant une expérience visuelle fondée sur la fragilité apparente, la profondeur et le passage de la lumière.

Cette recherche a été distinguée à plusieurs reprises. Pascal Oudet a reçu le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris dans les métiers d’art en 2012, puis un prix du public au Festival international des métiers d’art de Baccarat en 2014. Il a également obtenu le prix Les Découvertes de Maison&Objet en 2015. En 2023, le prix Liliane Bettencourt pour l’Intelligence de la Main, dans la catégorie Talents d’Exception, a reconnu son travail. Ces distinctions accompagnent une démarche qui reste centrée sur l’expérimentation du bois et sur la possibilité de produire des œuvres entièrement réalisées à la main.

Les expositions occupent une place régulière dans son activité. Pascal Oudet a participé à plusieurs éditions du salon Révélations, notamment en 2013, 2015, 2017, 2019, 2022, 2023 et 2025, ainsi qu’à des présentations à Maison&Objet. Ses œuvres ont aussi été montrées dans le cadre de la Saison d’art de Chaumont-sur-Loire en 2024 et d’une exposition personnelle au Fonds Charlois à Murlin en 2025. Certaines pièces ont rejoint les collections du Figge Art Museum et du Museum of Arts and Design de New York. La diversité de ces contextes souligne la capacité de son travail à dialoguer avec le design, l’art contemporain, le patrimoine et les métiers d’art.

À Goncelin, l’atelier réunit donc une pratique technique très précise et une recherche sensible sur le temps. Le tour donne l’impulsion et la régularité nécessaires au volume ; la sculpture, le ponçage et le sablage en modifient progressivement la peau ; la lumière achève de révéler les épaisseurs et les passages. Le geste ne cherche pas à produire deux fois la même pièce. Il accompagne les particularités de chaque chêne et accepte qu’une veinure, une marque ou une densité différente transforme le résultat.

Pascal Oudet est membre d’Ateliers d’Art de France et de l’Association française pour le tournage d’art sur bois. Son activité s’inscrit dans un réseau professionnel qui relie création, transmission et défense des savoir-faire. Le site de l’atelier présente ses œuvres, sa démarche et ses expositions. La visite de cet univers commence par une forme en bois, mais elle conduit rapidement vers une réflexion sur ce que la matière garde en elle : une mémoire de croissance, une résistance, des lignes invisibles et une lumière qui ne se révèle qu’après un patient travail de transformation.

Traçabilité

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