Atelier & professionnel

Régis Latapie — facture de flabutas et tambourins à cordes à Ibos

Ibos

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Ibos, dans les Hautes-Pyrénées, Régis Latapie fabrique des instruments liés aux traditions musicales gasconnes et pyrénéennes. Son atelier réunit la flûte à trois trous, appelée flabuta, flahute ou txirula selon les territoires, le tambourin à cordes et le hautbois des Pyrénées. Chaque instrument est réalisé artisanalement, avec une attention portée à la qualité des matériaux, à la précision de l’accordage et à l’esthétique des motifs. Le travail s’inscrit dans une pratique musicale vivante : la flûte accompagne le chant et la danse, tandis que le tambourin à cordes fournit à la fois un bourdon et une base rythmique.

Régis Latapie est lui-même musicien et chanteur. Il a grandi à Ibos, entre Bigorre et Béarn, dans un environnement où le chant polyphonique et les répertoires traditionnels occupent une place forte. Cette expérience vocale nourrit son écoute. Pour fabriquer et accorder un instrument, il faut entendre les intervalles, les différences de timbre et la manière dont un son se place dans un ensemble. La pratique du chant lui apporte une attention quotidienne à la justesse et à la respiration. Elle complète le travail manuel de précision et le façonnage du bois qui sont au cœur de sa facture.

Son parcours prend une orientation décisive en 2009, lorsqu’il choisit de consacrer son énergie à la culture occitane. La fabrication d’instruments devient une manière de participer à la continuité d’un patrimoine musical. La flûte à trois trous et le tambourin à cordes ne sont pas seulement des objets anciens conservés dans une vitrine. Ils restent des outils de jeu, de danse et de chant, avec des dimensions, des tonalités et des techniques qui diffèrent d’une vallée à l’autre. Le facteur doit donc respecter les particularités des modèles tout en construisant des instruments que les musiciens puissent prendre en main.

La rencontre avec Marcel Gastellu a joué un rôle fondateur dans cette démarche. Au début des années 2000, Régis Latapie l’accompagne en forêt et apprend auprès de lui à sélectionner les buis, à observer les arbres, à comprendre les techniques d’abattage, de sciage et de séchage. Il constitue ses premières réserves de bois destinées aux flûtes en 2001. Le choix du matériau commence ainsi bien avant le tournage et le perçage. Un buis adapté doit pouvoir fournir un carrelet assez régulier, résistant et stable pour devenir le corps d’un instrument. La qualité de la flûte dépend en partie de cette observation initiale.

Le séchage du buis s’inscrit dans un temps très long. Après la coupe hivernale, le bois reste à sécher au minimum dix ans avant de pouvoir être débité et travaillé. Entre les différentes étapes, une année de repos est encore nécessaire pour laisser les fibres se resserrer. Entre l’abattage et la sortie d’une flûte d’atelier, environ quinze années peuvent donc s’écouler. Cette durée explique la relation particulière entre le facteur et ses réserves de bois. Chaque pièce a été choisie, conservée et observée longtemps avant de recevoir une perce et des trous. Le matériau porte ainsi une part de l’histoire de l’instrument avant même la première note.

La flûte à trois trous est une flûte droite, à bec et à fissure, composée d’un seul tenant. Son bec constitue une partie déterminante de la sonorité. Le canal dirige l’air vers le bord d’émission, et la précision de cette zone influence l’attaque, la stabilité et la qualité harmonique. Le facteur travaille le bec avec minutie, car une petite variation peut changer la réponse du souffle. La perce et les trois trous complètent cette mise au point. L’instrument reste simple par son nombre d’ouvertures, mais sa justesse dépend de l’accord entre la longueur du tube, le diamètre intérieur, le bec et la manière dont le musicien souffle.

Jouée traditionnellement d’une seule main, la flûte laisse l’autre disponible pour le tambourin à cordes. Elle possède une étendue d’une gamme et demie et change de tonalité selon sa taille et la vallée dont elle reprend le modèle. Les instruments présentés par Régis Latapie comprennent notamment une flûte en do, une flûte en ré et une flûte de la vallée d’Ossau en la ou si, avec les tonalités indiquées lorsque les trois trous sont bouchés. Cette variété permet de choisir un instrument selon le répertoire, la voix du chanteur, le rôle de la flûte dans l’ensemble et les habitudes du joueur.

L’atelier distingue plusieurs approches du tempérament. Les flûtes tempérées en buis des Pyrénées sont conçues pour jouer avec des instruments de familles différentes. Leur accord facilite les rencontres musicales avec un violon, un accordéon, une voix ou d’autres instruments. Les flûtes à tempérament inégal s’inspirent de modèles anciens, issus d’une époque où le tempérament égal n’était pas la norme. Elles privilégient certaines quintes et donnent à chaque tonalité une couleur particulière. Le musicien choisit donc entre une flûte polyvalente et un instrument plus étroitement lié à un répertoire ou à une tradition.

La gamme à tempérament inégal comprend les quatre flûtes de Gascogne qui forment un consort de quatre tessitures, ainsi que la flûte d’Esquièze, la flûte de Gèdre et la txirula. Ces modèles correspondent à des histoires locales et à des dimensions différentes. Un consort permet de réunir plusieurs flûtes dans un même ensemble, avec une répartition des registres. Une flûte de vallée conserve une autre relation à la tonalité et au geste. Le facteur étudie les formes anciennes et les mesures disponibles pour construire une flûte qui garde cette identité au lieu de l’uniformiser.

La flûte d’étude propose une entrée différente. Elle est réalisée en métal avec un bec en plastique et ajustée à la main. Sa conception vise les débutants et les personnes qui veulent produire rapidement leurs premiers sons avec un entretien simple. L’intonation précise aide à développer l’oreille et la légèreté de l’instrument facilite la prise en main. Ce modèle ne remplace pas les flûtes en buis des Pyrénées : il répond à un moment différent de l’apprentissage. Le débutant peut découvrir le principe de la flûte à trois trous, travailler le souffle et comprendre les doigtés avant d’évoluer vers un modèle traditionnel.

Le tambourin à cordes est l’autre instrument emblématique de l’atelier. Dans les Pyrénées, il est associé à la flûte à trois trous, mais il peut aussi être joué seul par un musicien ou un chanteur. Régis Latapie le décrit comme un tambour-bourdon qui produit simultanément une base mélodique et un rythme. Sa caisse de résonance en bois reçoit des cordes tendues que l’on frappe avec une baguette. Le résultat sonore vient du mélange entre la vibration des cordes, la caisse et le cavalier, petite pièce métallique qui donne au bourdon son caractère vibrant.

Le tun tun est traditionnellement accordé en tonique, avec des configurations comme sol-ré ou la-mi. Il peut accompagner la flûte, soutenir un chant ou conduire la danse. La main qui frappe la caisse ne produit pas seulement une pulsation régulière : elle entretient une vibration continue qui donne une assise au morceau. Le musicien doit trouver une frappe suffisamment nette pour faire ressortir le rythme sans étouffer le bourdon. La construction du tambourin doit donc associer solidité de la caisse, tension correcte des cordes et facilité d’accordage.

Les tambourins fabriqués par Régis Latapie sont des pièces de lutherie dont la caisse de résonance est formée de cinq pièces de bois. Le noyer et le merisier donnent des possibilités différentes de couleur, de veinage et de finition. Les motifs peuvent être inspirés de rosaces observées sur des tambourins anciens ou venir du monde végétal, minéral et animal. La décoration s’inscrit dans la surface de l’instrument, mais elle ne doit pas détourner l’attention de sa fonction sonore. La caisse doit rester assez résistante pour supporter les cordes et les frappes tout en laissant la résonance se développer.

L’accordage du tambourin fait l’objet d’un système mis au point par le facteur. Il doit permettre de régler les cordes de façon efficace, précise et accessible. Un instrument utilisé régulièrement peut évoluer avec les changements de température, l’humidité et la tension des cordes. Un réglage compréhensible facilite l’entretien du musicien. La sonorité change aussi au fil du temps, comme celle de nombreux instruments à cordes. Le fait de jouer régulièrement entretient la relation entre la caisse, les cordes et la main qui frappe.

Pour faciliter l’apprentissage, l’atelier conçoit aussi des tambourins de plus petite taille pour les enfants. Les dimensions doivent rester adaptées au corps et au geste, sans perdre le principe de l’instrument. Un jeune musicien peut ainsi découvrir le bourdon, la frappe et l’accompagnement avant de passer à un modèle plus grand. Le tambourin peut être abordé seul ou avec la flûte à trois trous. Cette souplesse ouvre la pratique à plusieurs âges et à plusieurs contextes, de l’initiation familiale aux ensembles de musique traditionnelle.

La fabrication repose sur le tournage d’art et sur une recherche continue. Régis Latapie a suivi des stages de tournage pour améliorer ses techniques et continue d’expérimenter de nouvelles façons de faire. L’objectif de ces recherches est d’améliorer la sonorité ou le jeu, sans transformer les instruments au point de perdre leur lien avec les modèles pyrénéens. Un nouveau système ou une nouvelle méthode n’a de sens que si le musicien y gagne une réponse plus claire, une meilleure justesse ou un confort réel. Le facteur confronte donc le travail de l’atelier à l’écoute et à la pratique.

L’accès à des instruments anciens a nourri cette démarche. Régis Latapie a pu observer des flûtes à trois trous, des tambourins à cordes et des hautbois, et écouter les recherches de Jaqueish Roth sur les instruments anciens de Gascogne. Les instruments collectés servent de base à la création et permettent de reproduire des flûtes anciennes à partir de relevés de mesures. Cette méthode évite de construire un instrument traditionnel à partir d’une idée générale. Elle part d’un objet, de ses dimensions, de ses traces d’usage et de sa relation avec le répertoire.

La transmission d’Étienne Holmblat complète les collectes et les observations. Facteur de flûtes baroques et de flûtes à trois trous, il a transmis à Régis Latapie un savoir-faire de facture et une méthode pour obtenir le meilleur son d’une flûte. La finesse et la rigueur y sont liées. La finesse permet de retirer peu de matière, de corriger un bec ou une ouverture avec progressivité et de préserver les proportions. La rigueur impose de contrôler la perce, les intervalles, les doigtés et la stabilité du son. L’instrument traditionnel demande ces deux qualités à chaque étape.

Les hautbois des Pyrénées et les clarins appartiennent également à l’univers de Régis Latapie. Leur émission par anche double les distingue de la flûte à bec, et leur corps doit organiser la vibration du roseau dans une perce adaptée. Les modèles anciens de Bigorre et de Gascogne renseignent sur des formes, des tonalités et des usages qui ne se confondent pas avec ceux du hautbois moderne. L’étude de ces instruments prolonge le travail sur les flûtes et les tambourins, en élargissant la compréhension des vents traditionnels pyrénéens.

L’entretien fait partie du rapport entre le musicien et l’instrument. Le buis doit être protégé des variations trop brutales et laissé dans des conditions qui limitent les risques de fente. Le bec et la fissure doivent rester propres, car une obstruction modifie immédiatement l’attaque. Les trous doivent être dégagés sans être agrandis par un geste trop appuyé. Pour le tambourin, les cordes et la caisse doivent être surveillées, et l’accordage repris lorsque la sonorité évolue. Des conseils adaptés au modèle aident le musicien à préserver la réponse et la stabilité de son instrument.

À Ibos, la facture de Régis Latapie relie donc la matière, les mesures anciennes et la pratique musicale. La flabuta, la flahute et la txirula font entendre des traditions du Béarn, du Pays basque, de la Bigorre et de la Gascogne. Les flûtes tempérées favorisent les rencontres entre instruments, tandis que les flûtes à tempérament inégal conservent des couleurs propres à certaines vallées. Les tambourins à cordes offrent un bourdon et un rythme, avec des caisses de noyer ou de merisier, des motifs travaillés et un système d’accordage conçu pour le jeu. La fabrication, la recherche, l’écoute et la transmission donnent à chaque pièce une place dans une culture musicale qui continue de se pratiquer.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Flabuta — instruments pyrénéens de Régis Latapie (site externe)

    Organisme : Régis Latapie

    Fait soutenu
    Le site officiel présente Régis Latapie comme facteur de flûtes à trois trous, de tambourins à cordes et de hautbois des Pyrénées, avec une activité artisanale menée depuis 2001 et un atelier situé à Ibos.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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