À Antibes, Romain Casanova exerce le métier de bijoutier-joaillier-sertisseur dans un atelier-boutique où la création se construit au contact du public et de la Méditerranée. Ses bijoux sont réalisés à la main, sur place, et peuvent parfois être façonnés devant les visiteurs. Cette proximité donne à voir un métier qui associe dessin, préparation du métal, assemblage, sertissage et finition. Une pièce de joaillerie ne tient pas seulement à la valeur d’une matière : elle dépend de la justesse d’une proportion, de la solidité d’une monture, de la précision d’un serti et de la façon dont le bijou se pose sur le corps. L’atelier développe des créations originales, des petites séries, des collections capsules, de la demi-mesure et des projets entièrement personnalisés.
Le parcours de Romain Casanova ne commence pas directement dans la bijouterie. Après une formation de pharmacien, il a travaillé pendant quinze ans dans l’industrie pharmaceutique, sur des fonctions de marketing et de vente. Son changement de voie répond à une passion ancienne pour les métiers d’art et à la volonté de retrouver un travail concret, lié à la matière et au geste. Cette reconversion donne une profondeur particulière à sa pratique : l’expérience de l’analyse, de la rigueur et du suivi d’un projet se combine désormais avec la sensibilité du dessin et la patience de l’établi.
Il a obtenu son CAP de bijouterie à l’École Boulle de Paris en 2021. Il a ensuite poursuivi sa formation à la Haute École de Joaillerie, où il a validé un CAP de sertissage en 2022 puis une mention complémentaire en joaillerie en 2023. Ces étapes correspondent à des compétences différentes mais complémentaires. La bijouterie permet de concevoir et de fabriquer l’objet ; le sertissage demande de préparer une place exacte pour une pierre et de la maintenir sans l’abîmer ; la joaillerie approfondit la relation entre métal précieux, gemme, dessin et finition. L’ensemble donne au créateur les outils nécessaires pour passer d’une idée à une pièce portable.
Pendant sa formation, Romain Casanova a été résident permanent du Collectif Sprague pendant deux ans. Ce laboratoire parisien de créativité joaillière et artisanale lui a offert un cadre pour expérimenter loin des standards industriels. Un collectif permet de confronter les regards, de discuter une forme, de tester une association de matières et d’observer d’autres manières de travailler. Cette expérience a nourri une approche où le bijou peut rester précieux tout en conservant une liberté de dessin. Une pièce peut s’appuyer sur une ligne classique, mais y introduire une asymétrie, une profondeur ou un détail qui la rend immédiatement personnelle.
Le retour à Antibes s’est imposé comme une évidence pour le créateur, né dans cette ville. L’ouverture de son atelier-boutique en 2023 inscrit son activité dans un territoire auquel il est attaché. Antibes offre un environnement marqué par la mer, la lumière, les reliefs du littoral et une histoire artistique qui nourrit son imaginaire. La ville devient ainsi plus qu’un lieu d’installation : elle participe au récit des collections. Le public peut y rencontrer un artisan dont le parcours parisien et la culture méditerranéenne se rejoignent dans des bijoux dessinés et fabriqués sur place.
Les inspirations de l’Atelier de Romain puisent dans les récits et les matières du bassin méditerranéen. Le mythe d’Orphée, la figure de Nausicaa, le corail, l’aigue-marine et le lapis-lazuli sont cités parmi les références de ses créations. Ces éléments ne sont pas utilisés comme de simples motifs décoratifs. Ils peuvent orienter une couleur, suggérer une silhouette, inspirer une association de pierre ou donner à une pièce une atmosphère maritime et mythologique. Le corail évoque une matière organique et une mémoire sous-marine ; l’aigue-marine apporte une transparence bleutée ; le lapis-lazuli donne une profondeur dense, ponctuée par ses nuances naturelles.
Le sertissage traduit cette relation entre la pierre et le métal. Une gemme doit être maintenue avec précision, mais aussi présentée de manière à laisser apparaître sa couleur, sa lumière et son volume. La monture détermine la place de la pierre, sa hauteur, son orientation et la façon dont elle s’inscrit dans le dessin général. Un serti discret peut donner la priorité à la gemme ; une structure plus visible peut au contraire créer un relief architectural autour d’elle. Le bijoutier-joaillier-sertisseur choisit la solution qui correspond à la forme, à l’usage et à l’effet recherché.
Les bijoux entièrement réalisés à la main demandent une succession d’étapes où chaque correction compte. Le dessin fixe une intention, mais le métal impose ensuite son épaisseur, sa résistance et ses contraintes. Une pièce doit être découpée, ajustée, assemblée et finie avec assez de précision pour rester confortable. Les arêtes doivent être adoucies, les éléments mobiles équilibrés et les surfaces polies ou laissées plus mates selon le choix esthétique. Lorsque le bijou reçoit une pierre, la préparation de la monture doit anticiper sa dimension et sa fragilité. Le travail avance donc par contrôles successifs, jusqu’à ce que l’objet puisse être porté naturellement.
L’atelier propose des créations originales qui ne reposent pas sur un seul modèle. Une collection peut développer un thème, une gamme de proportions ou une association de pierres, tandis qu’une pièce unique pousse plus loin une intuition. Les petites séries conservent une cohérence de famille tout en laissant à chaque bijou sa personnalité. La collection capsule peut concentrer une recherche sur une période ou une idée particulière. Dans tous les cas, la fabrication artisanale permet de conserver une relation entre le dessin, le geste et la matière, au lieu de séparer la conception de la réalisation.
La demi-mesure offre un espace intermédiaire entre le modèle existant et la création entièrement nouvelle. Une personne peut partir d’une forme présentée à l’atelier et demander une adaptation de dimension, de métal, de pierre ou de détail. Le projet conserve alors une base reconnaissable, mais il est ajusté à une préférence et à une manière de porter. Ce travail demande d’écouter la demande, de vérifier que les changements restent compatibles entre eux et de maintenir l’équilibre de la pièce. Une modification légère peut transformer la hauteur d’un anneau, la place d’une gemme ou le poids ressenti sur le doigt.
Le sur-mesure ouvre une démarche plus personnelle. Le bijou peut accompagner une étape de vie, reprendre une pierre déjà possédée, symboliser un souvenir ou traduire une envie qui n’existe pas dans une collection. Le dessin sert à clarifier les volumes et à organiser le dialogue entre le métal et la pierre. Plusieurs propositions peuvent être examinées avant de retenir une direction. La fabrication ne commence qu’une fois la forme suffisamment comprise, car le sertissage et l’assemblage exigent une préparation exacte. Le résultat doit rester fidèle à l’intention tout en respectant les contraintes de port et de solidité.
La relation avec les visiteurs fait partie de l’identité de l’atelier-boutique. Voir un bijou se fabriquer permet de mieux comprendre le temps nécessaire à une pièce, la concentration du geste et la différence entre une matière brute et une surface finie. Le travail à l’établi rend visibles des opérations habituellement cachées : la préparation d’un élément, l’ajustage d’une liaison, la mise en place d’une pierre ou le contrôle d’un poli. Cette présentation ne transforme pas la fabrication en spectacle ; elle rappelle que la beauté finale dépend d’une multitude de décisions précises.
L’inspiration méditerranéenne n’empêche pas l’atelier de répondre à des demandes très diverses. Un bijou peut être sobre, graphique, coloré ou plus expressif selon la personne qui le porte et le contexte recherché. Les références au littoral et aux mythes servent de réserve d’images, mais le dessin reste libre de s’en éloigner. Une ligne rappelant une vague peut devenir un contour très épuré ; une pierre bleue peut être associée à un métal chaud ou à une surface volontairement simple ; un motif inspiré du corail peut être réduit à quelques branches et laisser beaucoup d’espace autour de lui.
La joaillerie artisanale repose aussi sur la durabilité de l’objet. Un bijou est souvent offert, transmis ou conservé au-delà de la personne qui l’a choisi. La qualité de la monture, la solidité du serti et la possibilité d’entretenir la surface influencent cette durée de vie. Un projet bien conçu doit tenir compte des gestes du quotidien, des frottements, du contact avec les vêtements et de la fréquence de port. La beauté n’est pas séparée de la fiabilité : une pièce précieuse doit pouvoir accompagner une histoire sans devenir un objet fragile uniquement destiné au regard.
Romain Casanova inscrit enfin son activité dans un dialogue entre création personnelle et commande. Les collections montrent sa manière de dessiner et les commandes permettent d’adapter cette sensibilité à une histoire singulière. Les petites séries et les pièces capsules maintiennent une recherche renouvelée, tandis que la demi-mesure et le sur-mesure donnent au public une place dans la conception. Cette diversité reste cohérente parce que toutes les pièces sont reliées par le même engagement : le travail manuel, la précision du sertissage, la recherche de proportions et l’attention portée aux matières.
À Antibes, Romain Casanova développe ainsi une joaillerie de proximité, formée par l’École Boulle, la Haute École de Joaillerie et l’expérience d’un collectif parisien. Bijoutier, joaillier et sertisseur, il réalise sur place des créations qui vont de la pièce originale à la commande personnalisée. Le métal précieux, les pierres et les références méditerranéennes s’accordent dans des bijoux pensés pour être portés et regardés. Le corail, l’aigue-marine, le lapis-lazuli, les mythes et la lumière du littoral nourrissent un univers qui reste ancré dans le geste. Chaque projet cherche un équilibre entre la précision de la fabrication, la présence de la pierre et la part intime du bijou choisi ou imaginé pour une personne.