À Rabastens, dans le Tarn, Samuel Latour développe une sculpture où le dessin, le tournage et le travail de plusieurs matières se répondent. Formé pendant cinq années à l’École Boulle, il s’est spécialisé dans le tournage d’art, en particulier sur bois et sur bronze, tout en travaillant aussi l’acier, le plâtre et d’autres matériaux. Ses sculptures abstraites partent souvent d’un trait, d’un mouvement ou d’une forme observée dans le dessin. Elles deviennent ensuite des volumes qui gardent la mémoire du geste, de l’outil et de la matière choisie.
Le parcours de Samuel Latour commence par une découverte précoce du tournage sur bois. Cette technique l’attire par la relation directe entre la main, l’outil et la rotation de la pièce. À l’École Boulle, il approfondit le travail du bois, de l’acier, du bronze et des matières plastiques. Il y acquiert une culture technique qui lui permet de passer d’un matériau à l’autre sans chercher à leur imposer une apparence identique. Le bois n’offre pas la même résistance ni le même dessin que le bronze ; le plâtre ne réagit pas comme l’acier. Chaque support appelle une préparation, une vitesse, une pression et une finition différentes.
Après sa formation, le sculpteur travaille dans des ateliers liés au design et à la sculpture. Il approfondit notamment la ciselure du bronze et participe à la réalisation de sculptures pour des artistes. Cette expérience lui permet de comprendre la transformation d’un modèle en volume, les étapes qui relient l’atelier à la fonderie et la précision nécessaire après la coulée. La ciselure ne consiste pas simplement à lisser une surface métallique. Elle permet de reprendre les détails, d’affirmer une arête, de corriger une irrégularité et de donner au bronze sa présence finale. Le geste révèle ou calme les traces du moulage selon l’effet recherché.
Le dessin accompagne toute la démarche. Dans la série Collision, Samuel Latour part de dessins à l’encre dont il extrait des motifs et des lignes. Ces formes sont ensuite traduites en volumes cylindriques travaillés au tour. Le passage du papier au bois transforme le rythme du trait. Sur la feuille, un mouvement peut être immédiat ; dans la matière, il faut choisir une épaisseur, une orientation et une suite de gestes. Le tour impose sa rotation, mais il ne décide pas seul de la forme. Le sculpteur observe la pièce, corrige ses proportions et accepte parfois qu’une irrégularité enrichisse le résultat.
Cette relation entre dessin et sculpture donne aux œuvres de Samuel Latour une tension particulière. Les formes restent souvent épurées, mais elles ne sont pas froides. Une courbe peut sembler suspendue, un volume vertical peut évoquer un mouvement interrompu, une succession de surfaces peut créer une sensation de progression. Le regard suit les lignes comme il suivrait un tracé sur une page. Pourtant, la sculpture résiste à une lecture unique : elle change selon l’angle, la lumière et la distance. Une pièce tournée peut présenter une silhouette nette de face et révéler une autre profondeur lorsqu’on se déplace autour d’elle.
Le bois occupe une place centrale dans cette recherche. Samuel Latour travaille notamment le noyer, le poirier, le sipo et l’érable, des essences dont la couleur, le grain et la densité influencent directement la sculpture. Le tournage fait apparaître les lignes du bois et impose de tenir compte de sa structure. Une forme fine demande une attention constante pour ne pas fragiliser la pièce. Une surface plus large permet de jouer sur les variations du veinage et sur la manière dont la lumière glisse le long du volume. Le ponçage et la finition ne cherchent pas toujours à effacer les marques de fabrication : ils peuvent au contraire les accompagner pour que l’objet conserve une présence tactile.
Le bronze offre une autre manière de construire le volume. Les œuvres peuvent être préparées par un modèle, un moule et une coulée, puis reprises par des opérations de finition. La ciselure donne au métal son caractère et précise les transitions entre les différentes parties. Une patine modifie la perception de la surface en renforçant certaines profondeurs et en donnant au bronze une tonalité particulière. Le même dessin peut donc produire une impression différente selon qu’il est traduit dans un noyer chaud, un bronze patiné ou un autre métal. La matière ne sert pas uniquement à fabriquer une forme : elle participe à son expression.
Samuel Latour travaille aussi l’acier, le plâtre et des matériaux plus récents. Cette diversité lui permet de construire un vocabulaire abstrait sans rester attaché à une seule famille d’objets. L’acier peut introduire une ligne plus ferme ou une structure plus légère. Le plâtre offre une possibilité de recherche et de modelage différente du bois tourné. Le bronze apporte une densité et une pérennité particulières. Chaque matériau modifie la relation entre le volume et l’espace, entre le poids réel de la pièce et l’impression de mouvement qu’elle produit.
Certaines œuvres prennent la forme de sculptures-tables ou de pièces destinées à dialoguer avec un intérieur. Le mobilier sculptural demande alors de considérer l’usage, la stabilité et la rencontre avec les objets qui l’entourent. Une table d’appoint ne se regarde pas comme un totem ; elle doit aussi accueillir un geste quotidien. Les proportions, la hauteur, la résistance et la finition deviennent partie intégrante de la conception. Les sculptures plus verticales peuvent être pensées pour un espace résidentiel, professionnel ou hôtelier, où leur silhouette accompagne l’architecture sans la saturer.
Les œuvres disponibles sur le site de Samuel Latour montrent des formats et des matières variés. On y trouve des sculptures en noyer, en poirier, en bronze patiné, en fonte d’aluminium, ainsi que des pièces associant le laiton et le bois. Les titres comme Éclat, Dérision, Oscillation, Frétillement ou Collision suggèrent des états de mouvement et de relation. Ils ne réduisent pas la sculpture à une image descriptive. Le titre ouvre une piste de lecture tandis que le volume garde sa liberté. Le spectateur peut suivre une courbe, remarquer un déséquilibre apparent ou découvrir une surface qui n’était pas visible au premier regard.
Le travail sur commande prolonge cette recherche dans une relation avec le client. Une pièce peut être développée à partir d’une intention, d’un format, d’un usage ou d’un lieu. Les architectes, décorateurs, collectionneurs et particuliers peuvent avoir besoin d’un volume adapté à une pièce donnée, à une circulation ou à une composition d’ensemble. Le dialogue porte alors sur la matière, la taille, la finition et le rapport entre l’œuvre et son environnement. Une commande ne consiste pas à agrandir mécaniquement une forme existante : les proportions doivent être réétudiées pour que le geste reste lisible dans le nouveau format.
La fabrication associe des opérations lentes et des décisions prises au fil du travail. Le tournage donne une première structure, mais les outils manuels et les étapes de reprise affinent la silhouette. Le ponçage prépare la surface, tandis que la finition révèle le grain ou accompagne la patine. Pour le bronze, le travail peut se poursuivre après la fonderie par la ciselure et les traitements de surface. Dans tous les cas, le résultat dépend de l’équilibre entre le projet initial et les réactions de la matière. Le sculpteur ne cherche pas à dissimuler la fabrication : il l’intègre à la forme finale.
L’installation à Rabastens inscrit cette pratique dans le paysage des métiers d’art d’Occitanie. La commune du Tarn se trouve dans un territoire où se croisent création contemporaine, artisanat et patrimoine. Samuel Latour y développe son atelier avec Laura Demichelis, bronzière d’art, dans un environnement qui favorise les échanges autour du métal, du bois et des procédés de fabrication. La présence d’un atelier ne se limite pas à un lieu de production. Elle crée aussi des occasions de collaboration avec des fondeurs, des designers, des architectes, des galeries et d’autres artisans qui apportent leurs compétences à un projet.
La transmission apparaît également dans les activités proposées autour de la sculpture abstraite sur bois. Apprendre à travailler le bois suppose de découvrir les outils manuels, les machines adaptées, le sens du fil et les règles de sécurité. Le participant doit comprendre comment tenir une pièce, comment observer sa rotation et comment retirer de la matière sans perdre la forme recherchée. Le dessin peut servir de point de départ, mais la sculpture se construit dans l’espace. Les exercices permettent de sentir la différence entre une ligne imaginée et une surface réellement produite par l’outil.
L’approche de Samuel Latour relie ainsi la rigueur de la formation, l’expérience de la ciselure et une recherche personnelle fondée sur le mouvement. Le bois tourné, le bronze patiné, l’acier, le plâtre et les autres matières deviennent les supports d’un même questionnement : comment une ligne peut-elle devenir un volume, et comment un volume peut-il conserver la sensation d’un geste ? À Rabastens, ses sculptures abstraites associent la précision technique à une liberté de lecture. Chaque pièce invite à regarder sa silhouette, à suivre ses transitions et à comprendre la matière par la lumière et par le mouvement autour de l’œuvre.
À Rabastens, Samuel Latour fait de la sculpture un dialogue continu entre le carnet de dessin, le tour, les outils de finition et les propriétés de chaque matériau. Sa formation à l’École Boulle, son expérience du bronze et son travail du bois nourrissent des œuvres uniques ou réalisées sur commande. Les séries Collision, les sculptures-tables, les volumes en bronze patiné et les pièces en bois témoignent d’une même attention aux lignes, à l’équilibre et aux traces de fabrication. Le résultat n’est jamais un simple objet décoratif : c’est un volume construit pour entrer en relation avec l’espace, la lumière et le regard.