À Reims, Sandrine Marche exerce la gravure sur pierre sous le nom d’Arts et Gravures sur pierre. Son travail réunit inscription, décor, signalétique, objet commémoratif et création artistique. Une lettre n’est pas seulement reportée sur un matériau : elle est dessinée selon le sens des mots, composée dans un espace puis incisée en creux ou dégagée en relief. La pierre, le lettrage, la longueur du texte, la distance de lecture et la finition doivent s’accorder. Cette relation entre message et matière constitue le fil conducteur de l’atelier.
Sandrine Marche dirige une entreprise individuelle active à Reims dans la taille, le façonnage et la finition de la pierre. Son activité professionnelle est enregistrée depuis 2013 et le nom Arts et Gravures sur pierre accompagne l’établissement actuel depuis 2017. La Région Grand Est la répertorie parmi les professionnels du domaine de l’ameublement et de la décoration, au métier de graveur sur pierre. Depuis juillet 2024, elle possède également la qualification Artisan d’art pour cette pratique. Ces repères confirment une activité qui relie commande artisanale et recherche personnelle.
Le point de départ est la composition. Sandrine Marche accorde une place égale au choix du texte, du caractère et de la pierre. Une phrase longue demande un rythme différent d’un nom ou d’une date. Les marges, les intervalles entre les lettres et les lignes, la taille des capitales et la position du motif construisent la lisibilité avant même que l’outil touche la surface. Le tracé doit aussi respecter les dimensions et les irrégularités du support. Une ardoise étroite, un bloc calcaire ou une stèle de granit n’offrent ni le même espace ni le même contraste.
La gravure manuelle emploie des gravelets, ciseaux d’acier qui peuvent recevoir une pastille de tungstène. L’artisane les frappe avec une massette de type portugais ou utilise un pistolet pneumatique selon le travail. L’angle de l’outil, la force des coups et l’avancement dans le tracé déterminent la régularité de la coupe. Sandrine Marche recherche des incisions tendues et nettes. La pierre ne permet pas d’effacer un geste trop profond : il faut construire progressivement le sillon tout en surveillant les arêtes et le fond.
Trois profils apparaissent dans ses présentations techniques. La gravure en V réunit deux tailles inclinées qui se rejoignent au fond ; la lumière éclaire un versant et laisse l’autre dans l’ombre, donnant du relief à la lettre. Le fond plat creuse une surface plus large et régulière, utile lorsque le dessin demande un aplat lisible. La gravure en relief procède à l’inverse en retirant la matière autour du motif afin que celui-ci demeure saillant. Chacune réclame une préparation et une profondeur adaptées au grain de la pierre.
La finition transforme ensuite le contraste. Une inscription peut rester naturelle et laisser les ombres suffire à sa lecture. Elle peut être dorée à l’or fin, peinte ou patinée avec un mélange de cire et de pigment. La dorure attire la lumière et exige des fonds propres ; la peinture rend une lettre plus visible sur une pierre dont la teinte offre peu de contraste ; la patine colore avec une présence plus liée à la matière. Le choix dépend de l’emplacement, du caractère du projet et de l’effet recherché.
Le sablage complète le travail traditionnel. Le texte ou le motif est d’abord préparé sur un pochoir, appliqué sur la pierre puis échenillé aux endroits qui doivent être creusés. La projection abrasive érode uniquement les parties découvertes. Cette méthode permet de suivre avec régularité un dessin préparé, tout en demandant un masquage précis. Une fuite sous le pochoir brouillerait le bord. Après le sablage, les mêmes familles de finitions — naturelle, dorée, patinée ou peinte — peuvent être envisagées.
Les commandes décoratives couvrent des lettres, des motifs et des logos gravés à la main. Un blason doit conserver la clarté de ses divisions et de ses signes. Un logo d’entreprise impose de traduire une identité graphique dans un matériau minéral sans perdre ses proportions. Pour un nom ou un numéro de maison, la lecture à distance compte davantage que le détail observé de près. Une borne de parcours de randonnée doit rester compréhensible dans son environnement et résister à l’exposition extérieure. La fonction oriente donc toujours la composition.
Arts et Gravures sur pierre réalise aussi des cadrans solaires, des bornes de vigne, des plaques de signalétique et des éléments destinés à la décoration intérieure ou extérieure. Les ardoises en forme de flamme mettent en jeu le contour irrégulier du support. Des pas japonais peuvent recevoir les mots d’une citation et répartir le texte dans un cheminement. Le lecteur ne découvre plus la phrase d’un seul regard : il avance d’une pierre à l’autre. Le contenu, l’ordre des fragments et l’espacement physique deviennent alors une même composition.
La signalétique sur pierre associe orientation et présence architecturale. Une inscription peut désigner un lieu, rappeler un événement, marquer une propriété ou accompagner un parcours. Elle doit être placée à une hauteur et dans une direction qui facilitent la lecture. La largeur du trait, le contraste de la finition et l’échelle du caractère répondent à la distance prévue. La pierre apporte sa couleur, son veinage et ses cassures ; le graveur ne cherche pas à les nier, mais à placer le texte de façon qu’ils n’interrompent pas les signes essentiels.
L’art funéraire forme un autre volet de l’atelier. Sandrine Marche grave noms, dates, croix et motifs sur des stèles, des plaques, des urnes, des colombariums et des monuments cinéraires. Aux articles couramment réalisés en granit s’ajoutent des plaques et objets en pierres calcaires. La différence de matière change la réponse à l’outil et l’aspect des lettres. Une demande peut partir d’un croquis ou d’une photographie et intégrer un décor, une colombe, une croix ou un symbole sans caractère religieux.
Dans ce contexte, la composition porte une mémoire personnelle. Les informations doivent rester exactes et hiérarchisées, mais l’inscription peut aussi exprimer un lien par le caractère choisi, un motif ou une disposition particulière. L’artisane doit équilibrer sobriété, lisibilité et personnalisation. La place disponible sur une urne n’est pas celle d’une stèle ; un columbarium impose son propre format. La nature du support, son implantation et la proximité d’autres inscriptions guident la taille des lettres comme la profondeur du creux.
Un chantier documenté à Berméricourt montre le travail sur un monument existant. Sandrine Marche y a repris au ciseau les inscriptions du monument aux morts avant d’effectuer un rechampissage à la feuille d’or. La regravure demande de retrouver le dessin et la profondeur de lettres déjà présentes sans déformer leur rythme. La feuille d’or est ensuite appliquée dans les creux préparés pour rendre le texte de nouveau lisible. L’intervention relie restauration de l’inscription, respect du monument et visibilité commémorative.
La qualification artisanale ne résume pas toute sa relation à la pierre. Sandrine Marche sculpte également depuis plus de dix ans sous le nom de Sandrine Kram et expose à Reims ainsi que dans la région Grand Est. Ses créations artistiques déplacent la gravure hors d’une fonction strictement informative. Une pierre peut porter un signe, devenir volume ou faire dialoguer surface brute et intervention sculptée. En 2018, une œuvre intitulée « Yes/No » a notamment été présentée lors de l’exposition collective Curiosités à la maison à Reims.
La calligraphie apprise pendant sa formation de graveuse nourrit une série appelée « calligestes ». Dans ces œuvres, le geste calligraphique s’éloigne du sens littéral de l’alphabet. Le mouvement du corps et la concentration du souffle conduisent le tracé avant sa relation avec la matière. Cette pratique éclaire autrement son travail d’inscription : même lorsqu’une lettre doit rester parfaitement lisible, elle possède une direction, une tension et un rythme issus du geste. La gravure fixe ensuite durablement ces qualités dans la pierre.
Les concours et manifestations de métiers d’art ont accompagné le développement de l’atelier. Sandrine Marche a reçu en 2016 un prix régional du concours Les Noëls de l’Art. Elle a participé aux Journées Européennes des Métiers d’Art à Reims en 2017 et à l’édition suivante des Noëls de l’Art, consacrée au souvenir de l’Armistice. Ces rendez-vous confrontent la gravure à un thème d’exposition et la rendent visible aux côtés de la céramique, du verre, du textile, du bois ou du cuir.
Son parcours d’entreprise a aussi été présenté en 2017 à la Foire de Châlons-en-Champagne, dans le cadre de la Fabrique à entreprendre et d’Initiative Marne Pays Rémois. Cette étape renseigne sur l’ancrage économique de l’activité, tandis que les expositions montrent son versant artistique. L’atelier travaille donc à plusieurs échelles : objet personnel, décor d’habitat, identité professionnelle, signalétique territoriale, monument public et sculpture. Les outils restent proches, mais le cahier des charges et la responsabilité du texte changent profondément.
La Région Grand Est classe Arts et Gravures sur pierre parmi ses entreprises de métiers d’art et identifie Sandrine Marche comme responsable. À Reims, cette reconnaissance s’appuie sur une pratique active dont les réalisations sont visibles dans l’espace privé comme dans le patrimoine communal. Les gravelets, la massette, le sablage, la cire pigmentée, la peinture et l’or fin forment un vocabulaire technique cohérent. Ce sont le support et le projet qui déterminent lesquels seront mobilisés.
Sandrine Marche construit ainsi ses gravures depuis le dessin jusqu’à la finition. Elle compose le texte, choisit un profil de coupe, adapte l’outil, contrôle le creux puis décide si la pierre restera naturelle, patinée, peinte ou dorée. Les cadrans solaires, bornes de vigne, pas japonais, plaques funéraires, logos et inscriptions commémoratives montrent que son métier relie lecture et matière. À Reims, Arts et Gravures sur pierre donne aux mots une place durable sans les séparer de leur sens, de leur environnement ni du geste qui les a inscrits.