Atelier & professionnel

Sébastien Barrère — céramique et grès à Giroussens

Giroussens

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Giroussens, dans le Tarn, Sébastien Barrère développe une céramique en grès peuplée de créatures étranges, de présences animales et de formes qui semblent sorties d’un récit. Son travail associe la recherche plastique à une pratique artisanale précise : tournage, modelage, travail à la plaque, coulage, estampage et création d’émaux participent à la construction de pièces où la matière, la couleur et la silhouette se répondent. Les vases et les bols restent liés à l’usage, mais ils peuvent aussi donner l’impression d’être les objets familiers d’un monde imaginaire.

Sébastien Barrère a d’abord travaillé dans le graphisme, le design numérique, l’intégration multimédia et le développement internet. Après plus de quinze ans dans cet environnement, il s’est orienté vers la céramique en 2016. Ce changement l’a conduit vers une relation plus directe avec la matière, le volume et le temps de fabrication. L’écran organise une image à distance ; la terre, elle, résiste, s’affaisse, sèche, se déforme et conserve la trace de la main. Le passage d’un univers à l’autre nourrit sa manière de penser les formes et les surfaces.

Sa formation céramique s’est construite à l’Institut des Métiers d’Art et auprès de céramistes comme Natacha Brosset et Jacques Czerviek. Ces apprentissages lui ont donné des bases techniques tout en ouvrant un espace pour une recherche personnelle. En 2018, il s’est installé à Giroussens et a fondé les Ateliers du Couvent. Ce lieu réunit une pratique de création, des pièces destinées aux expositions et une activité de transmission autour du modelage et du tournage.

Le grès constitue le matériau principal de cette démarche. Cette terre peut être tournée, modelée, coulée ou travaillée à la plaque. Elle permet de construire des volumes creux, des reliefs, des membres, des carapaces, des becs ou des visages. La matière garde une part de résistance pendant le façonnage, puis se transforme au séchage et à la cuisson. Le céramiste doit anticiper les retraits, les tensions et la tenue des éléments rapportés. Une créature composée de plusieurs parties demande une attention particulière aux assemblages, à l’équilibre et à la continuité de la surface.

Le tournage intervient dans la réalisation de formes circulaires comme les bols et certains vases. Le tour impose un mouvement régulier, mais il ne conduit pas nécessairement à une géométrie parfaite. Une paroi peut être épaissie, étirée, resserrée ou volontairement décalée. La forme tournée devient ensuite le point de départ d’une intervention plus libre. Une ouverture peut être modifiée, une anse ajoutée, une surface texturée ou un élément modelé peut changer la personnalité du contenant. Le geste technique fournit une structure, tandis que la recherche imaginaire la détourne.

Le modelage permet de construire des créatures qui ne dépendent pas d’un axe de rotation. La terre est ajoutée, retirée, pressée et reprise pour faire apparaître un corps, une tête ou une posture. La forme peut évoquer un animal sans reproduire une espèce identifiable. Des yeux, des pattes, une gueule ou une enveloppe suffisent à faire naître une présence. Le modelage conserve les traces de l’intervention manuelle et donne à la surface une irrégularité qui convient à ces figures entre le réel, le rêve et la fiction.

Le travail à la plaque apporte une autre manière de construire l’espace. Des feuilles de terre sont découpées, assemblées et soutenues jusqu’à ce qu’elles puissent garder une forme. Cette technique permet d’obtenir des plans, des angles et des volumes qui s’éloignent de la rondeur habituelle du tour. Une créature peut alors sembler composée de morceaux, comme un assemblage de carapaces, de parois ou d’éléments architecturaux. La plaque favorise les silhouettes plus anguleuses et les rapports entre surfaces planes et courbes.

Le coulage et l’estampage complètent la palette des procédés. Le coulage permet de remplir un moule avec une terre liquide et d’obtenir une forme creuse. L’estampage consiste à appliquer la terre contre une forme ou une matrice pour en retenir les contours et les reliefs. Ces méthodes offrent des possibilités de répétition, mais elles peuvent aussi servir à créer une base qui sera ensuite transformée. Une même structure peut produire des variations lorsqu’elle reçoit des ajouts, des découpes, des empreintes ou des émaux différents.

La surface joue un rôle essentiel dans les pièces de Sébastien Barrère. Elle peut être lisse, granuleuse, marquée par des empreintes ou traversée de reliefs. Une texture évoque une peau, une écorce, une pierre, une mousse ou une carapace sans chercher à copier exactement la nature. Les doigts, les outils et les éléments pressés dans la terre laissent des signes qui modifient la lumière. Une zone mate absorbe le regard ; une partie émaillée le renvoie ; un creux crée une ombre qui accentue le volume.

Les émaux sont créés par le céramiste pour prolonger cette recherche. Leur couleur ne se sépare pas de la forme. Une teinte sombre peut donner plus de profondeur à une créature. Une couleur vive peut faire ressortir un détail, créer une rupture ou introduire un humour visuel. Un émail qui se concentre dans les creux souligne la texture, tandis qu’une surface plus régulière peut recevoir une nappe de couleur continue. La cuisson transforme encore le résultat : la matière minérale et l’émail réagissent ensemble et produisent une surface qui n’est jamais seulement peinte.

L’univers de l’atelier puise dans les paysages de l’enfance de Sébastien Barrère, notamment les sous-bois, les mousses, les écorces, les cailloux, l’eau et le sable. Ces éléments ne sont pas reproduits comme des décors naturalistes. Ils forment plutôt une mémoire de textures et de sensations. Une créature peut sembler sortir d’un sol humide, se cacher dans une matière sombre ou porter sur sa surface les traces d’un environnement minéral. Le silence, la surprise et l’apparition rapide d’un animal nourrissent une manière de composer les figures.

La pop culture, en particulier les dessins animés des années 1980 jusqu’à aujourd’hui, apporte une autre couche d’imaginaire. Les formes peuvent conserver une exagération, une expressivité ou une silhouette qui rappelle l’animation. Pourtant, elles ne deviennent pas des personnages dérivés d’une œuvre précise. Le céramiste réinterprète plutôt des ressorts visuels : une posture, une disproportion, une tension entre le drôle et l’inquiétant, ou une façon de rendre une créature immédiatement reconnaissable. Cette influence rejoint le goût pour l’absurde et la poésie.

Les figures de Sébastien Barrère paraissent parfois ludiques avant de révéler une émotion plus ambiguë. Une créature peut sourire, observer ou se tenir sur ses gardes. Son apparence colorée n’annule pas sa part d’étrangeté. Les formes racontent des histoires sans fournir un récit fermé. Elles laissent imaginer ce qui s’est passé avant leur apparition et ce qu’elles pourraient faire ensuite. Le spectateur est attiré par une silhouette ou un détail, puis découvre une relation plus complexe entre vulnérabilité, humour et inquiétude.

Les bols et les vases prolongent ce monde dans l’objet domestique. Un bol peut avoir une ouverture irrégulière, un pied singulier ou une présence qui transforme le geste de la prise en main. Un vase peut ressembler à un contenant familier tout en portant les traits d’une créature. L’usage reste possible, mais il s’accompagne d’une dimension narrative. Ces pièces font entrer l’imaginaire dans la table et l’intérieur. Elles rappellent qu’un objet utile peut aussi modifier l’atmosphère d’une pièce et provoquer une rencontre avec une forme inattendue.

La cuisson fixe progressivement le travail. Avant le four, la pièce doit sécher assez lentement pour limiter les risques liés à l’humidité et aux différences d’épaisseur. Après la cuisson, le grès devient plus dur et l’émail révèle sa couleur, sa brillance ou sa matité. Les reliefs, les assemblages et les creux peuvent produire des réactions différentes sur une même sculpture. Le résultat garde donc le souvenir des étapes précédentes : modelage, tournage, ajout, séchage et cuisson participent tous à son apparence.

L’activité de Sébastien Barrère comprend aussi des stages de découverte et d’approfondissement. Une première séance peut permettre de prendre contact avec la terre par le modelage, le collage, la plaque ou le colombin. Une journée donne le temps de réaliser un objet décoratif à partir d’une idée personnelle ou d’une proposition. Des séances de tournage permettent de travailler les gestes de base du tour. La transmission rend visibles des opérations qui restent souvent cachées dans la pièce terminée : préparer la terre, centrer, monter une paroi, assembler, laisser sécher et comprendre les effets de la cuisson.

Cette pédagogie ne cherche pas à imposer un style unique. Le participant peut partir d’une forme utilitaire, d’une créature, d’une texture ou d’un projet plus abstrait. Les gestes sont accompagnés selon l’expérience et le temps disponible. Le modelage permet d’entrer rapidement dans le volume, tandis que le tournage demande une coordination plus régulière. La plaque et le colombin donnent d’autres moyens de construire. Ces voies différentes montrent que la céramique n’est pas une seule technique, mais un ensemble de relations entre terre, outils, mains et feu.

À Giroussens, Sébastien Barrère participe à un environnement où la céramique contemporaine occupe une place visible. Son activité au sein de l’association Terre et Terres, ses expositions et son rôle de commissaire pour des projets consacrés à la céramique prolongent cette inscription collective. L’atelier reste toutefois identifiable par son univers de créatures, ses textures, ses couleurs et son rapport à la fiction. Les influences naturalistes et graphiques se rencontrent dans des pièces qui peuvent être observées comme sculptures, contenants ou fragments d’un bestiaire imaginaire.

Sébastien Barrère fait ainsi du grès un matériau de métamorphose. Le tournage donne une base, le modelage construit une présence, la plaque organise des plans, le coulage et l’estampage ouvrent d’autres structures, tandis que les émaux et la cuisson transforment la surface. À travers les créatures, les vases et les bols, l’atelier réunit l’usage, la sculpture et le récit. À Giroussens, la terre devient un monde peuplé de formes étranges et sensibles, où le souvenir des sous-bois, l’humour de l’animation et la précision du geste céramique composent une écriture personnelle.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-officiel

    Sébastien Barrère — site officiel (site externe)

    Organisme : Sébastien Barrère

    Fait soutenu
    Le site professionnel présente l’activité de Sébastien Barrère, sa pratique de la céramique, ses créations et son univers d’atelier.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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