À Forbach, Serge Vagné développe un univers de tournage sur bois consacré à des personnages colorés et à des lutins en pièces uniques. Son activité porte le nom des Lutins Tournés, une appellation qui décrit à la fois la technique employée et la place donnée à ces petites figures dans son travail. Le tour impose une rotation continue au morceau de bois, mais la création ne se résume pas à produire une forme ronde. Elle permet de construire des volumes, des silhouettes et des détails qui donnent à chaque personnage son allure propre.
Serge Vagné est né en 1953 et pratique le tournage depuis 2008. Il a commencé par des stages à La Croisée Découverte, centre consacré au travail du bois, avant d’améliorer sa technique auprès d’autres tourneurs. Ce parcours progressif apparaît dans sa manière de présenter son activité : le tournage est un apprentissage de gestes, de réglages et de lectures de la matière, mais aussi un domaine où l’expérience permet de préciser une écriture personnelle. Après les premières bases, il s’est orienté vers des personnages aux couleurs affirmées, qui sont devenus le signe distinctif des Lutins Tournés.
Le tournage commence par la préparation d’un morceau de bois adapté à la forme recherchée. La pièce doit être correctement fixée et équilibrée pour que la rotation reste maîtrisable. Le tourneur approche ensuite ses outils de coupe avec une attention constante à la profondeur du geste. Une gouge ou un autre outil enlève la matière par passages successifs ; un mouvement trop franc peut accrocher le bois, tandis qu’une coupe mal orientée peut arracher les fibres. La silhouette se construit donc dans une suite de décisions courtes, prises en observant la surface et la manière dont elle réagit.
Pour des personnages de petite taille, chaque proportion compte. La tête, le corps, le chapeau ou les éléments qui évoquent un lutin doivent rester lisibles malgré un volume réduit. Une variation de diamètre modifie immédiatement l’expression générale de la pièce. Un cou plus fin donne une impression différente d’un corps trapu ; un sommet allongé change la silhouette ; une base plus large renforce la stabilité visuelle. Le tournage apporte la structure du volume, puis les étapes de finition et de couleur donnent au personnage sa présence.
La couleur ne masque pas le travail du bois : elle l’accompagne. Les pièces des Lutins Tournés sont décrites comme des personnages colorés, ce qui suppose une réflexion sur la relation entre la surface, les volumes et les contrastes. Une teinte peut souligner une séparation entre deux parties, attirer l’œil vers un visage ou renforcer la ligne d’un vêtement stylisé. Le choix des couleurs participe aussi à la diversité des pièces. Deux formes proches peuvent prendre des caractères distincts grâce à une combinaison différente, tout en conservant la marque du tournage dans leurs courbes et leurs proportions.
Le caractère unique des créations tient à la matière autant qu’au dessin. Le bois présente des veinages, des différences de densité et des irrégularités qui ne se répètent pas exactement. Même lorsque Serge Vagné reprend une idée de personnage, le morceau choisi, son diamètre et son dessin modifient le résultat. La rotation permet de partir d’une géométrie régulière, mais elle n’efface pas la singularité du matériau. Les lignes visibles sur la surface, les transitions entre les volumes et la façon dont la couleur se pose composent une pièce qui ne peut pas être reproduite à l’identique.
Le tournage demande également une maîtrise des outils et de leur entretien. Un outil bien affûté pénètre le bois avec davantage de contrôle et produit une coupe plus nette. L’affûtage fait partie de l’apprentissage transmis dans les formations consacrées au tournage, au même titre que la sécurité, la tenue des outils et la préparation du bois. La Croisée Découverte associe ces gestes de base à des réalisations concrètes et présente Serge Vagné comme formateur en tournage. Son activité de transmission prolonge ainsi le travail de création par une attention aux gestes qui permettent à d’autres personnes de comprendre la matière et les machines.
Les formations auxquelles Serge Vagné participe abordent le tournage du bois de fil, le travail sur mandrin, le creusage et les finitions. Ces étapes éclairent son propre métier sans réduire ses créations à un programme scolaire. Le bois de fil apprend à suivre la direction des fibres et à produire des profils réguliers. Le travail sur mandrin ouvre la possibilité de maintenir autrement une pièce pour creuser de petits objets. Le ponçage, la cire ou le vernis modifient ensuite le toucher et la lecture de la surface. Dans le cas des personnages, ces opérations préparent aussi le support qui recevra les couleurs.
La transmission occupe une place assumée dans le parcours de Serge Vagné. Son site indique qu’il anime des stages pour débutants et pour tourneurs confirmés à La Croisée Découverte. L’établissement le cite également parmi ses formateurs en tournage et associe son nom à des sessions de perfectionnement. Cette double expérience, entre pratique personnelle et accompagnement de stagiaires, donne une profondeur particulière à son approche. Le débutant découvre les règles de sécurité et la position des outils ; la personne plus expérimentée peut travailler la précision d’une coupe, la qualité d’un creusage ou l’équilibre d’une forme.
Les Lutins Tournés sont aussi liés à un réseau local de présentation. Le site de Serge Vagné indique que ses pièces peuvent être trouvées dans les offices de tourisme de Forbach, de Sarreguemines et de Hombourg-Haut. L’Office de Tourisme du Pays de Forbach les présente parmi les savoir-faire du territoire et associe le nom de l’artisan à la commune de Forbach. Cette présence dans plusieurs lieux d’accueil permet de découvrir les créations dans un cadre lié au territoire mosellan, tout en conservant leur origine artisanale et leur caractère de pièces singulières.
Serge Vagné est titulaire du label Qualité Moselle depuis 2020, d’après la présentation publiée sur son site. Cette reconnaissance est rattachée à son activité de tournage et à son inscription dans les savoir-faire suivis en Moselle. Elle complète les informations techniques sur les Lutins Tournés sans remplacer l’observation des objets eux-mêmes. Le visiteur peut ainsi s’intéresser à la fois au geste du tourneur, aux formes de personnages, aux couleurs et au lien entre l’atelier et les lieux de présentation locaux.
La démarche de Serge Vagné se distingue par le passage d’une technique de volume à un monde de figures. Le tour produit d’abord des cylindres, des renflements, des gorges et des transitions ; l’artisan les organise pour faire apparaître une présence humaine ou imaginaire. Le lutin n’est pas une simple silhouette obtenue automatiquement par rotation. Il résulte d’un choix de proportions, d’une manière de traiter les extrémités, d’un travail de surface et d’une finition colorée. La petite dimension renforce l’exigence : le moindre décalage se voit, et chaque détail doit rester cohérent avec la forme générale.
Le bois tourné conserve aussi une relation particulière avec le toucher. Une surface bien préparée révèle la continuité d’une courbe sous la main. Les zones creusées, les parties bombées et les changements de diamètre produisent des sensations différentes avant même que la couleur soit regardée. Le ponçage et la finition ne servent donc pas uniquement à embellir la pièce. Ils accompagnent le passage d’un matériau travaillé par les outils à un objet que l’on peut observer, manipuler et conserver. Dans une série de lutins, cette qualité tactile peut varier d’une pièce à l’autre selon le bois et la forme retenue.
À Forbach, l’activité de Serge Vagné relie création, transmission et présence territoriale. Depuis ses débuts en 2008, il a construit une pratique centrée sur le tournage de personnages colorés, tout en continuant à partager les bases et les perfectionnements de la technique. Les Lutins Tournés portent cette orientation dans des pièces uniques où la rotation du bois, la précision des outils et le travail de couleur se répondent. Les créations proposées dans les points d’accueil du territoire témoignent d’un artisanat de proximité, reconnaissable par ses figures et par l’attention portée à chaque volume.