À Castres, Sklaerenn Imbeaud dirige l’atelier En Verre Contre Tout, consacré à l’entretien, à la conservation et à la restauration des vitraux, mais aussi à la création contemporaine et aux œuvres uniques en verre. La pratique s’adresse aux édifices civils et religieux, aux monuments historiques, aux demeures particulières et aux projets d’aménagement qui souhaitent introduire une lumière colorée. Le vitrail peut prendre la forme d’une baie, d’une verrière, d’une fenêtre, d’une porte, d’un puits de jour ou d’une cloison. Il peut également devenir un miroir, une lampe, un paravent, un mobile ou une sculpture lorsque le verre quitte l’architecture pour entrer dans l’espace intérieur.
Sklaerenn Imbeaud est vitrailliste depuis 1996. Elle a ouvert son atelier à Castres en 2004 et y travaille avec une équipe qualifiée. Le site de l’atelier présente une organisation capable de répondre à des restaurations publiques comme à des projets privés, avec une expérience qui s’étend sur plusieurs décennies. La maîtrise du métier repose sur la lecture du dessin, la connaissance des verres, la coupe, la peinture, la mise en plomb, le sertissage, la soudure et la pose. Ces opérations ne sont jamais isolées : la stabilité d’un panneau dépend de la relation entre ses pièces, son réseau de plomb, son support et le bâtiment qui l’accueille.
La restauration commence par une étude du lieu et de l’état du vitrail. L’équipe se déplace pour établir un diagnostic et distinguer les urgences, l’entretien courant et les opérations qui peuvent être menées plus tard. Les déformations, les casses, les lacunes, les soudures rompues, les plombs fatigués ou les problèmes liés au châssis n’appellent pas la même réponse. L’observation tient compte de la date de l’œuvre, de la nature des verres, de la fonction de la baie et des conditions auxquelles elle est exposée. Cette étape permet de préparer une intervention proportionnée, en conservant autant que possible la matière ancienne et le dessin qui donnent son identité à l’ensemble.
Le dessertissage libère les pièces de verre lorsque le réseau de plomb doit être repris. Chaque élément est alors examiné, nettoyé et replacé dans la composition. Le protocole de nettoyage varie selon l’histoire et la matière du vitrail ; l’atelier cite notamment l’emploi de bioéthanol, de thiosulfate et d’eau déminéralisée. Un verre ancien peut porter des dépôts, des traces de peinture ou des altérations qui modifient la lumière. Le nettoyage ne consiste pas à rendre toutes les surfaces uniformes : il cherche à retrouver une lecture claire sans effacer les marques compatibles avec l’âge et la fabrication de l’œuvre.
Les verres brisés peuvent être conservés par résinage, collage ou pose de rubans de cuivre, selon la nature de la casse et la fragilité de la pièce. Lorsqu’un fragment manque, l’atelier reconstitue le graphisme en accord avec le décor existant. La recherche d’un verre de remplacement tient compte de la couleur, de la texture, des bulles, des irrégularités et de la façon dont la lumière traverse la matière. Une pièce neuve doit s’intégrer visuellement sans se faire passer pour une partie ancienne. Le respect du dessin et la distinction entre conservation et complément permettent de transmettre l’histoire du panneau tout en lui redonnant une cohésion.
La peinture sur verre intervient lorsque le décor comporte des traits, des ombres ou des détails qui ne peuvent pas être obtenus par la seule découpe. La grisaille et les oxydes métalliques sont appliqués sur le verre puis fixés par cuisson. L’atelier indique une cuisson comprise entre 620 et 640 degrés Celsius. La maîtrise de la température et du temps de passage influence la tenue du décor et son aspect final. Une ligne trop forte peut alourdir un visage ou un motif architectural ; une couche trop légère peut disparaître dans la lumière. Le peintre verrier travaille donc à la fois le geste, la densité du trait et la relation entre le décor peint et la transparence du support.
Après la réparation et la reconstitution, les pièces sont remises en plomb. Le rabattage, le lissage et la soudure redonnent au panneau une structure continue. Le masticage permet ensuite de combler les espaces sous le plomb et de contribuer à l’étanchéité. Le séchage demande du temps avant la remise en place. Dans les grandes baies, les panneaux sont réinstallés progressivement et consolidés par des armatures métalliques adaptées, comme les barlotières et les vergettes. Le scellement périphérique au mortier de chaux ou au plâtre rétablit la relation entre le vitrail, son support et l’ouverture architecturale.
L’atelier intervient aussi sur des projets où les vitraux ont disparu ou sont trop dégradés pour être conservés. Une création peut alors reprendre l’esprit d’un édifice et dialoguer avec son époque architecturale sans fabriquer une imitation confuse. L’équipe étudie le thème, les proportions, les sources de lumière et les éléments du décor environnant. Dans un bâtiment religieux, les couleurs et les rythmes doivent accompagner l’espace sans détourner le regard de sa structure. Dans une maison ou un appartement, une verrière peut filtrer la lumière, séparer deux pièces ou introduire un motif choisi par les occupants.
La création contemporaine suit une démarche de recherche et de dialogue. Sklaerenn Imbeaud recueille les attentes liées au lieu, à l’ambiance et à l’usage, puis propose des projets peints à l’aquarelle et des échantillons de verre. Les solutions peuvent être géométriques, florales, figuratives, épurées ou très colorées. La maquette sert à éprouver le rythme du dessin, tandis que le nuancier permet de comparer la transparence, l’opacité et les écarts de tonalité. La décision se construit avec la lumière réelle du lieu, car un verre vu sur une table ne réagit pas de la même manière lorsqu’il reçoit le soleil, une lumière indirecte ou un éclairage intérieur.
Les contraintes thermiques et de sécurité peuvent être intégrées au projet. En partenariat avec des miroiteries, l’atelier propose l’insertion de vitraux dans du double vitrage et des solutions retardatrices d’effraction. Le vitrail conserve alors son rôle décoratif tout en prenant place dans une menuiserie adaptée à un usage actuel. La conception demande de coordonner l’épaisseur des éléments, la fixation, le poids et l’entretien. Une porte vitrée, une cloison ou une fenêtre soumise à des manipulations régulières ne se prépare pas comme un panneau destiné à être suspendu. Le choix de la construction dépend donc autant de l’effet lumineux que de la vie quotidienne du bâtiment.
La démarche artistique de Sklaerenn Imbeaud prolonge les recherches du vitrail dans des formats décoratifs ou fonctionnels. Miroirs, lampes, paravents, mobiles et sculptures utilisent le végétal, la calligraphie, le rythme, le mouvement, le vide et le plein comme points de départ. La transparence et l’opacité créent des relations variables avec les murs et les sources de lumière. Une pièce miniature concentre la composition dans un espace réduit ; une œuvre monumentale impose une autre manière de penser la distance, l’accrochage et les ombres. Les formes peuvent être suspendues ou fixées au mur et adopter une ligne épurée nourrie par l’intérêt de l’artiste pour les arts asiatiques.
Les collaborations avec d’autres artistes et artisans d’art ouvrent encore le champ des possibles. Le verre peut rejoindre le métal, le bois, la pierre, la peinture ou une structure conçue par un autre professionnel. Chaque association demande d’anticiper les mouvements des matériaux, les points de liaison et l’effet de la lumière sur les surfaces voisines. Un travail réalisé pour un espace public ne se regarde pas comme une œuvre destinée à un intérieur privé. Le dessin doit prendre en compte la distance du public, la circulation, la sécurité et la manière dont les ombres évoluent au cours de la journée. Le savoir-faire du vitrailliste sert alors à traduire une intention artistique en construction durable.
L’atelier dispose également d’un Point couleur Saint-Just pour la région Occitanie. Cette activité donne accès à des verres soufflés fabriqués en France, à un large choix de nuances et à l’outillage nécessaire au travail du verre. Pour une restauration, une couleur ou une texture proche de l’original peut être recherchée dans une gamme étendue. Pour une création, le nuancier devient un outil de composition qui permet de faire varier la densité d’un panneau, de ménager des respirations et de renforcer un contraste. Le choix de la matière intervient ainsi dès la préparation du projet, avant la coupe et l’assemblage.
La transmission est une composante forte de l’activité de Sklaerenn Imbeaud. Le site indique que plus de deux cents stagiaires ont découvert le métier dans l’atelier et que quinze apprentis y ont obtenu leur CAP. Les formations professionnelles abordent les techniques de base du vitrailliste, depuis la lecture d’un dessin ou d’une maquette jusqu’à la découpe, la coloration, la mise en plomb et la soudure. Des stages de découverte et d’observation permettent aussi de se confronter aux réalités physiques et artistiques du métier avant une reconversion. Les ateliers destinés aux amateurs donnent une première expérience des outils et des gestes dans un cadre accompagné.
La formation met en relation plusieurs types de compétences. Le vitrailliste doit comprendre une composition, choisir une matière, tenir compte de la résistance d’un panneau et organiser une suite d’opérations précises. Il doit aussi travailler avec des architectes, des maçons, des menuisiers, des ferronniers, des doreurs ou des tailleurs de pierre lorsque l’intervention concerne un édifice. Dans une restauration, la coordination est essentielle pour que le vitrail retrouve sa place sans subir les mouvements ou les contraintes du bâti. Dans une création, les échanges aident à accorder le dessin, la menuiserie, la protection et l’éclairage.
Les références de l’atelier comprennent des églises, des cathédrales, des châteaux, des chapelles et des bâtiments remarquables dans plusieurs départements du sud de la France. La restauration de grandes baies peut demander une organisation de chantier, des accès en hauteur et une coordination avec des échafaudeurs spécialisés. L’équipe indique pouvoir travailler de manière autonome jusqu’à douze mètres et intervenir au-delà avec des professionnels dédiés à l’installation des structures. Les projets publics comme les demandes privées sont ainsi abordés selon l’échelle du bâtiment, la fragilité des panneaux, les moyens d’accès et la nécessité de remettre l’œuvre en place dans de bonnes conditions.
À Castres, En Verre Contre Tout associe la conservation du patrimoine verrier à une recherche sur la lumière et la création. Sklaerenn Imbeaud y développe un vitrail qui peut restaurer une baie ancienne, recomposer un décor disparu, filtrer la lumière d’un intérieur ou devenir une œuvre autonome. Le diagnostic, le nettoyage, la réparation, la peinture, la cuisson, la mise en plomb, le masticage et la pose forment une chaîne de gestes où chaque étape prépare la suivante. Les formations, le choix des verres Saint-Just et les collaborations prolongent cette pratique. Le verre garde ainsi sa mémoire architecturale tout en trouvant de nouvelles formes dans les espaces contemporains.