À Paris, Sophie Toporkoff a fondé l’Atelier Toporkoff pour développer une expression contemporaine du vitrail. Son travail part du dessin et s’appuie sur un vocabulaire graphique, narratif et coloré. Les entrelacs cisterciens peuvent recevoir des couleurs pop, les bestiaires prennent des formes géométriques et les visions florales se rapprochent parfois d’un imaginaire néo-médiéval. Cette diversité ne correspond pas à une collection de motifs figés : chaque projet devient une occasion de déplacer les références, de jouer avec la matière et de construire une relation particulière entre le verre, la lumière et l’architecture.
Avant de se consacrer au vitrail, Sophie Toporkoff a travaillé dans la direction artistique et la création pour de grandes maisons de mode. Elle a notamment exercé pendant dix ans comme directrice de la création chez Hermès, après une expérience auprès de Martin Margiela. Ce parcours a développé sa pratique du dessin, sa connaissance de la couleur et son attention à la narration visuelle. Elle a ensuite choisi de revenir à un travail plus manuel, en passant un CAP de vitrailliste et en perfectionnant sa technique auprès de l’atelier Au Passeur de lumière. La création de l’Atelier Toporkoff prolonge cette reconversion en réunissant une culture de l’image et les gestes du verre.
Le dessin constitue le point de départ de ses créations. Il peut définir une composition géométrique, organiser une succession de lignes ou transformer un motif historique en une image plus libre. Un bestiaire n’est pas traité comme une illustration naturaliste : les animaux peuvent être réduits à des volumes, des angles et des rythmes. Les entrelacs s’éloignent de la seule référence religieuse pour devenir un réseau coloré qui structure un panneau. Une fleur peut conserver une silhouette reconnaissable tout en entrant dans une composition où les proportions, les textures et la lumière lui donnent une présence nouvelle.
L’atelier conçoit et réalise des vitraux contemporains pour des intérieurs, des commerces, des lieux culturels et des projets d’architecture. Une porte, une fenêtre, une imposte ou une baie vitrée impose des dimensions et un usage qui orientent le dessin. Le vitrail peut préserver une séparation tout en laissant circuler la clarté, introduire une couleur dans un passage ou donner un rythme à une façade intérieure. Le projet est étudié avec le lieu, car une composition qui fonctionne sur un panneau isolé ne produit pas nécessairement le même effet lorsqu’elle accompagne une menuiserie ou un escalier.
Les verres soufflés à la bouche occupent une place récurrente dans les réalisations de l’Atelier Toporkoff. Leur surface et leurs nuances apportent des variations qui ne se résument pas à une teinte régulière. Le verre peut être translucide, texturé, coloré ou plus clair selon l’effet recherché. Associé à d’autres verres, il crée des écarts de densité et de profondeur. Lorsque la lumière traverse le panneau, ces différences deviennent visibles sur les murs et les volumes voisins. Lorsque le vitrail est regardé sans éclairage direct, les textures continuent de participer à sa présence.
Le projet Guynemer illustre le rapport entre dessin, matière et architecture. Deux panneaux sont intégrés à une porte intérieure. Les verres blancs imprimés de différentes textures dialoguent avec des verres colorés, tandis que le sertissage au plomb suit les techniques traditionnelles. La soudure à l’étain et le masticage complètent l’assemblage. Les dimensions élevées des panneaux demandent une construction stable et une organisation précise des lignes. Le vitrail accompagne ici une porte fonctionnelle tout en lui donnant une profondeur et une identité visuelle.
Pour le projet Enghien, l’atelier a travaillé sur un double panneau destiné à une fenêtre fixe, avec des verres artisanaux et soufflés à la bouche. Les textures et les couleurs forment une composition qui change avec la lumière extérieure. Le sertissage au plomb, la soudure et le masticage donnent au panneau sa structure. Cette réalisation montre comment un vitrail peut s’intégrer à un intérieur actuel sans chercher à imiter une fenêtre ancienne. La tradition technique reste présente dans la construction, mais le choix des verres et le dessin inscrivent l’ensemble dans une recherche contemporaine.
La peinture sur verre ouvre une autre voie. Dans le projet Citrus, Atelier Toporkoff reprend une illustration botanique du XVIIIe siècle et la transpose sur verre blanc avec de la grisaille et de l’émail. La référence ancienne sert de point de départ, mais le passage vers le vitrail transforme la relation entre le motif et la lumière. La grisaille permet de créer des lignes et des valeurs, tandis que l’émail apporte une autre densité de couleur. Le dessin botanique devient ainsi une surface qui se lit à la fois comme une image peinte et comme un élément traversé par la clarté.
Le projet À la mère de famille associe des panneaux en imposte, des verres soufflés à la bouche, de la peinture en grisaille et du jaune d’argent. Les techniques traditionnelles organisent une composition destinée à une façade. Le verre peint permet de préciser les formes et d’introduire des nuances qui ne reposent pas uniquement sur la couleur du matériau. Le jaune d’argent ajoute une qualité particulière aux détails, tandis que le sertissage au plomb, la soudure et le masticage assurent l’assemblage. La réalisation traduit une identité de lieu en conservant une lecture lumineuse depuis l’intérieur.
L’atelier travaille aussi sur des projets qui associent le vitrail à un univers plus narratif. Les titres des réalisations — Néo Nouveau, Saint-Ambroise, Mullenheim ou Life Is A Mirror — témoignent de recherches menées dans des contextes variés. Certains projets répondent à une architecture précise, d’autres sont liés à une exposition, à une scénographie ou à une collaboration artistique. La liste des réalisations comprend des interventions à Paris, en France et à l’étranger. Chaque commande permet de faire évoluer la relation entre le dessin de Sophie Toporkoff et les contraintes de fabrication.
La collaboration est au cœur de cette pratique. L’atelier peut travailler avec des architectes, des décorateurs, des designers et des artistes issus d’autres domaines. Le vitrail devient alors un élément d’un ensemble plus large, avec des échanges sur les proportions, les matériaux, la couleur et la circulation du regard. Pour certaines créations, Sophie Toporkoff collabore avec des artistes comme Sophy Hollington ou Orfeo Tagiuri. Ces dialogues éloignent le vitrail d’une conception isolée du panneau et l’inscrivent dans des projets où plusieurs gestes et plusieurs imaginaires se répondent.
La technique reste toutefois le socle de chaque réalisation. Le dessin doit être traduit en calibres, puis en pièces de verre découpées avec précision. Les éléments sont préparés, ajustés et réunis par les baguettes de plomb ou par un autre procédé selon le projet. Les intersections sont soudées à l’étain et le masticage contribue à la rigidité et à l’étanchéité du panneau. Une grande surface demande d’anticiper les contraintes de poids, de pose et de manutention. Une pièce plus petite peut demander davantage de détails et une coupe plus fine. Dans les deux cas, le geste manuel demeure visible dans la régularité du réseau et la façon dont les textures se rencontrent.
La lumière donne au vitrail son caractère changeant. Un verre rouge peut projeter une tache colorée sur un mur, tandis qu’un verre blanc imprimé diffuse une clarté plus douce. Une surface texturée accroche les rayons selon l’heure et la saison. La même composition peut paraître plus dense le matin, plus transparente à midi ou plus contrastée lorsque l’éclairage intérieur prend le relais. Sophie Toporkoff utilise ces variations pour inscrire ses œuvres dans la vie d’un lieu. Le panneau n’est pas seulement regardé en face : il transforme aussi l’espace autour de lui.
La dimension narrative de l’Atelier Toporkoff ne signifie pas qu’une œuvre doit raconter une histoire unique. Un bestiaire géométrique peut évoquer un animal sans le décrire entièrement. Un motif floral néo-médiéval peut mêler des références anciennes et une palette actuelle. Une composition abstraite peut laisser apparaître des rythmes, des tensions et des respirations qui changent selon la distance. Le visiteur reconnaît certains signes, mais il reste libre de les relier à ses propres images. Le dessin construit une porte d’entrée ; la couleur, le verre et la lumière prolongent cette première lecture.
La transmission fait partie du parcours de Sophie Toporkoff, même si l’atelier est d’abord consacré à la création et à la production de vitraux. Son apprentissage auprès d’un atelier spécialisé lui a permis de consolider les gestes de la coupe, du sertissage et de la soudure. La reconversion depuis la direction artistique montre aussi qu’un savoir-faire manuel peut devenir le lieu d’une nouvelle pratique professionnelle. Le dessin appris dans la mode ne disparaît pas : il se transforme au contact du verre, du plomb, de la chaleur, des textures et des contraintes de pose.
À Paris, l’Atelier Toporkoff fait donc du vitrail un langage graphique contemporain. Sophie Toporkoff y associe son expérience de la direction artistique, une pratique personnelle du dessin et la maîtrise des techniques traditionnelles de fabrication. Vitraux pour portes, fenêtres, impostes et baies, compositions peintes, collaborations et projets scénographiques se construisent autour de verres colorés, texturés ou soufflés à la bouche. Les entrelacs, les bestiaires, les fleurs et les formes abstraites trouvent une nouvelle énergie dans la couleur et la lumière. Chaque panneau relie ainsi une intention visuelle à une architecture et à un travail de la main.