À Saint-Nicolas-du-Pélem, dans les Côtes-d’Armor et la région Bretagne, Studio Ler associe l’émaillage sur lave et le design. Lydia Belghitar a fondé l’atelier après un parcours de sept années d’études en design, des expériences auprès de designers et plusieurs années comme architecte d’intérieur. Elle travaille aujourd’hui avec Jessica Richard, qui prend en charge le façonnage et la production. Ensemble, elles conçoivent des pièces de lave émaillée pour la cuisine, le mobilier contemporain, l’architecture intérieure et les objets d’art.
La pierre de lave donne à chaque réalisation une présence minérale. Elle possède une masse, une épaisseur, une texture et une histoire qui restent perceptibles même lorsque sa surface reçoit une couleur brillante. L’émail ne transforme pas la plaque en support neutre : il dialogue avec ses bords, son poids, son toucher et ses proportions. Cette relation entre la pierre et la couleur permet de créer des objets à la fois fonctionnels, décoratifs et singuliers.
Une double pratique de designer et d’émailleuse
Studio Ler ne se limite pas à l’application d’un décor sur une forme déjà définie. L’atelier revendique une double spécialité : l’émaillage sur lave et la conception globale de projets. Le dessin, l’usage, l’échelle, les matériaux associés et la place de la pièce sont étudiés ensemble. Cette approche convient aux architectes d’intérieur, aux grandes maisons, aux particuliers et aux projets de mobilier ou d’aménagement qui demandent une réponse personnalisée.
Le design intervient dès la réflexion sur la forme. Une plaque peut devenir un plateau, une poignée, une crédence, un élément de signalétique ou une partie de meuble. Un objet destiné à être manipulé ne demande pas les mêmes bords ni la même épaisseur qu’un panneau mural. Une pièce intégrée à une architecture doit s’accorder avec les lignes, les couleurs et les matériaux voisins. Le travail de conception permet d’éviter que l’émail soit traité comme une décoration ajoutée après coup.
Lydia Belghitar a étudié le design et travaillé dans l’architecture intérieure avant de créer Studio Ler. Cette expérience l’aide à considérer la lave émaillée dans un ensemble plus large, avec les circulations, les usages et l’atmosphère d’un lieu. Jessica Richard développe de son côté les compétences de façonnage et d’organisation de la production. La complémentarité de leurs rôles relie l’idée, la matière et la réalisation concrète.
De l’Auvergne à la Bretagne
L’histoire de Studio Ler commence en 2015, lorsque Lydia Belghitar et Renato entreprennent de créer leur propre activité autour de la lave et de son émaillage. Le couple s’installe en Auvergne pour se former auprès de références du domaine, à l’École d’Architecture de Volvic. Cette période leur permet d’explorer les couleurs et de développer une direction artistique propre à l’atelier.
Après le décès de Renato en 2018, le projet évolue sans perdre son lien avec la lave émaillée. Lydia poursuit l’activité dans un atelier plus grand en Bretagne. Jessica Richard rejoint alors Studio Ler et prend en charge le façonnage, en développant ses compétences autour de la pierre. Leur histoire familiale et professionnelle donne à l’atelier une dimension collective, où la transmission des gestes accompagne la continuité d’un projet créé à deux.
L’implantation à Saint-Nicolas-du-Pélem place l’atelier dans un territoire breton tout en maintenant des collaborations avec des acteurs de l’architecture, du mobilier et du design. L’atelier travaille avec des fournisseurs français pour les éléments qui composent ses réalisations et privilégie les échanges avec des artisans proches, notamment des ébénistes, menuisiers et ferronniers. La lave émaillée entre ainsi dans des projets où plusieurs matières et plusieurs compétences doivent se répondre.
La couleur et la cuisson
L’émaillage transforme la surface de la lave par la couleur et la chaleur. Les émaux peuvent être brillants, mats, clairs, sombres ou nuancés. Une même teinte ne produit pas le même effet selon la lumière, la texture de la pierre et la forme de la pièce. Le choix d’une palette doit donc tenir compte de l’environnement où l’objet sera installé. Une poignée se découvre au toucher et sur une petite surface ; une crédence ou une signalétique doit conserver sa lisibilité sur une dimension plus grande.
Le travail de l’émail repose sur une préparation attentive. Le dessin doit être adapté à la plaque, les contrastes doivent rester compréhensibles et les couleurs doivent former un ensemble cohérent après la cuisson. Les détails ne réagissent pas tous de la même façon lorsque la matière passe par le feu. L’atelier développe ses couleurs et ses effets afin de proposer des surfaces qui ne ressemblent pas à une impression posée sur la pierre.
La cuisson stabilise la transformation et donne à la surface son caractère final. Elle fait apparaître les rapports entre les zones brillantes, les parties plus profondes et les passages de couleur. Le résultat peut être regardé de face, sous un angle ou de très près pour découvrir le grain et les nuances. Cette évolution de la perception est particulièrement sensible sur un plateau, une poignée ou un élément mural que la lumière rencontre différemment au cours de la journée.
La lave est considérée comme un matériau naturel et durable, capable de traverser les générations. Cette durabilité ne signifie pas que toutes les pièces sont identiques ou neutres. Au contraire, l’atelier affirme que chaque réalisation doit rester unique. La pierre, le dessin, les couleurs et les proportions s’accordent pour produire un objet qui possède une identité propre.
Signaler, orienter et inscrire un lieu
La réalisation de trente éléments de signalétique pour la Samaritaine montre comment la lave émaillée peut entrer dans un projet architectural. Les numéros et les lettres destinés au grand magasin ont été conçus comme des éléments qui orientent les visiteurs tout en participant à l’identité du bâtiment. Une signalétique réussie doit être lisible, mais elle peut aussi être tactile, colorée et accordée aux matériaux du lieu.
Sur une plaque de signalétique, la forme des caractères, le contraste et la relation entre la surface et le mur déterminent la compréhension du message. La pierre donne une présence plus dense qu’un support léger, tandis que l’émail apporte une couleur et une profondeur qui modifient la perception des signes. Les dimensions et la distance de lecture sont prises en compte pour que l’information reste claire sans perdre son caractère décoratif.
Ce type de réalisation demande une coordination avec l’architecte, le fabricant du support et les personnes chargées de l’installation. Les fixations, les bords et les raccords doivent être prévus avec la composition graphique. La lave devient alors une partie du bâtiment, et non un élément isolé. Le travail de Studio Ler montre que l’émaillage peut accompagner la circulation, la mémoire d’un lieu et son langage visuel.
Poignées et détails de mobilier
Les poignées sur mesure illustrent une autre échelle de l’émaillage. Une poignée est petite, mais elle est fréquemment touchée. Sa forme doit être agréable dans la main, sa fixation doit rester stable et son décor doit supporter la proximité des gestes. Studio Ler a réalisé dix-huit poignées en lave émaillée pour un projet de Rockwool, avec une composition qui associe plusieurs espaces d’un même bâtiment.
L’atelier a aussi développé deux poignées sur mesure pour Elliott Barnes Interiors. Le motif a été pensé par l’agence, puis les couleurs ont été recherchées afin de correspondre à la direction artistique du projet résidentiel. Cette réalisation montre la place de l’échantillonnage dans un projet personnalisé. La couleur n’est pas choisie isolément : elle doit s’accorder avec les surfaces, les meubles, les murs et la lumière du lieu.
Une poignée peut devenir une petite pièce d’art appliqué. Le dessin est observé à la distance du regard, mais aussi à celle de la main. Les contours doivent rester lisibles, les zones de contact doivent être confortables et le décor doit conserver son équilibre après la cuisson. L’objet relie donc une fonction quotidienne à une recherche sur la couleur, la matière et la façon dont un geste ordinaire rencontre une surface travaillée.
Mobilier, plateaux et objets
Studio Ler intervient également sur le mobilier contemporain. Le plateau d’un guéridon conçu par Léa Zeroil a servi de terrain de recherche pour un émaillage inspiré d’un motif d’écailles. La texture n’est pas seulement visible : elle sollicite le toucher et transforme la relation avec le meuble. La lave émaillée peut ainsi produire une surface graphique tout en conservant une dimension physique, perceptible lorsque la main suit les reliefs.
Les plateaux de présentation réalisés pour Fauchon Thé & Infusion prolongent cette utilisation dans un contexte commercial et gastronomique. Le plateau doit accueillir des objets, supporter des manipulations et s’inscrire dans une ambiance de boutique. La couleur, le dessin et les dimensions sont étudiés pour accompagner la présentation sans prendre toute la place. L’usage et la qualité décorative avancent ensemble.
Une crédence de cuisine en lave émaillée réalisée pour une tiny house au Japon montre encore une autre possibilité. La surface s’intègre à un espace réduit où la lumière, le silence et la qualité des matières contribuent à l’atmosphère générale. Les échantillons de couleurs permettent de choisir un noir, un crème brillant ou un rouge brillant selon le projet. La lave apporte une présence stable à une pièce qui doit rester fonctionnelle et accueillante.
Le mobilier et les objets fabriqués avec la lave émaillée sont destinés à durer, mais ils ne sont pas conçus comme des éléments anonymes. Un plateau, une poignée ou une crédence porte le dessin qui a été étudié pour son contexte. Le format, les bords, les couleurs et les raccords font partie de l’usage. L’objet peut être utile tous les jours tout en conservant la singularité d’une réalisation artisanale.
La transmission d’un métier rare
La transmission de l’émaillage sur lave occupe une place centrale dans l’activité de l’atelier. L’atelier accueille chaque année de jeunes stagiaires, des collégiens, des lycéens et des étudiants en design ou en métiers d’art. Ces rencontres permettent de découvrir la pierre, la préparation du décor, les couleurs et les transformations liées à la cuisson. Elles peuvent aussi donner envie de poursuivre une formation ou de s’orienter vers un métier manuel.
Depuis 2025, Lydia Belghitar intervient également au Campus Mana pour transmettre les techniques traditionnelles de la lave émaillée. Cette activité prolonge le travail de l’atelier au-delà de ses commandes. Expliquer les gestes, montrer les matières et faire comprendre les étapes de fabrication contribue à maintenir un vocabulaire professionnel vivant. La transmission devient une manière de donner au public un aperçu de la patience, de la précision et de la recherche qui se cachent derrière une surface colorée.
La formation ne consiste pas seulement à reproduire un motif. Elle apprend à regarder une plaque, à comprendre ses dimensions, à préparer une composition et à anticiper l’effet de la cuisson. Elle montre aussi comment un projet doit être adapté à son usage. Une pièce destinée à l’architecture n’est pas abordée comme un objet à tenir ; une poignée n’est pas préparée comme un panneau ; un plateau demande une relation particulière avec la table et ce qu’il accueille.
Une lave émaillée conçue pour le présent
À Saint-Nicolas-du-Pélem, Studio Ler relie l’héritage d’un matériau millénaire à une conception contemporaine des espaces et des objets. Les projets de signalétique, les poignées, les plateaux, la crédence, le guéridon et les pièces de mobilier témoignent d’une même attention à la couleur, au dessin et à la fonction. La lave conserve son poids et sa profondeur, tandis que l’émail lui donne une surface nouvelle, sensible à la lumière et au toucher.
La double pratique de Lydia Belghitar et de Jessica Richard permet de passer d’une idée à une réalisation adaptée à un lieu. Le design donne une direction, le façonnage rend la pièce possible, et l’émaillage construit sa présence finale. Les collaborations avec des architectes, des maisons, des designers et d’autres artisans enrichissent cette démarche sans effacer la personnalité de l’atelier.
Les pièces de Studio Ler sont pensées comme des objets qui peuvent rester dans le temps. Leur durabilité tient à la pierre, mais aussi à la cohérence du dessin, à la qualité de la fabrication et à l’accord avec leur usage. Une signalétique peut orienter sans se réduire à une inscription ; une poignée peut être manipulée sans perdre son caractère ; un plateau peut servir tout en devenant un détail remarquable ; une crédence peut protéger un mur et installer une atmosphère.
Dans les Côtes-d’Armor, Studio Ler fait ainsi de la lave émaillée un langage de design, d’architecture intérieure et d’artisanat. Les couleurs développées à l’atelier, les projets réalisés avec des partenaires et la volonté de transmettre un métier rare forment un ensemble cohérent. Chaque création naît d’une pierre, d’un dessin, d’une cuisson et d’un usage, puis trouve sa place dans un intérieur, un meuble, un parcours ou un objet que l’on garde.