À Morteaux-Coulibœuf, dans le Calvados, Sylvain Fezzoli crée sous le nom Atelier sur la Rivière des luminaires et des objets décoratifs en porcelaine. Lampes à poser, suspensions, appliques, lustres, liseuses et photophores constituent le cœur de son travail. La lumière n’est pas seulement ajoutée à un volume déjà conçu : elle détermine le choix de la terre, l’épaisseur des parois et la forme des reliefs. La porcelaine blanche peut paraître sobre lorsqu’elle est éteinte, puis révéler des lignes, des variations de translucidité et une présence nouvelle dès qu’elle est traversée de l’intérieur.
L’atelier est installé en Normandie dans une ancienne grange augeronne, au bord d’une petite rivière. Ce cadre a donné son nom à l’activité et nourrit une recherche tournée vers la nature. Sylvain Fezzoli observe les fleurs, les graines, les coquillages, les coraux et les formes végétales, sans chercher à en produire des copies littérales. Il en retient un mouvement, une enveloppe, un réseau de lignes ou une manière de s’ouvrir. Les pièces peuvent ainsi évoquer un cocon, une chrysalide, une canopée ou une lune, tout en conservant leur autonomie d’objet.
Parmi les différentes argiles, la porcelaine s’est imposée au céramiste pour sa capacité à laisser passer la lumière lorsqu’elle est travaillée avec finesse. Cette propriété demande une attention particulière : une paroi trop épaisse perd une partie de sa translucidité, tandis qu’une paroi trop fragile risque de ne pas résister au séchage ou à la cuisson. Sylvain Fezzoli modèle ses formes à l’aide d’outils en bois et construit leur relief ligne après ligne. Le geste répété ne produit pas une surface industrielle identique d’un exemplaire à l’autre. Chaque pièce conserve son propre galbe, fixé par le séchage puis par le feu.
Le modelage manuel est particulièrement visible dans les familles Luna, Chrysalis et Organic. La surface n’est pas recouverte d’un motif indépendant de la forme ; elle se développe avec elle. Sur Luna, la rondeur générale et les lignes qui rayonnent créent une diffusion progressive. Chrysalis adopte une silhouette plus enveloppée, proche d’une coque en transformation. Organic réunit plusieurs décors dont les noms — Dahlia, Salvia, Canopée, Hanabi, Akène ou Emiliania — signalent des inspirations botaniques, cellulaires ou cosmiques. La lumière accentue les creux et les passages plus fins au lieu d’effacer le travail de la main.
D’autres modèles reposent sur de la porcelaine coulée. Alba et Cocon utilisent cette technique pour obtenir des volumes réguliers, disponibles dans plusieurs échelles de lampe à poser ou de suspension. Le coulage n’abolit pas le caractère artisanal : les opérations de préparation, de démoulage, de séchage, de finition et de cuisson restent décisives, et le matériau peut conserver de légères variations. Alba privilégie un galbe ample et une lecture continue de la blancheur. Cocon resserre davantage sa silhouette, comme une enveloppe protectrice. La même famille de formes peut ensuite changer de fonction lorsqu’elle est suspendue ou installée sur un support.
La collection distingue les luminaires à poser des suspensions, mais plusieurs modèles circulent entre ces deux usages. Une Luna posée associe la porcelaine blanche à un cordon textile en jute et à une petite pièce de chêne clair. La version suspendue ajoute une rosace en porcelaine et organise la relation entre le plafond, le câble et l’abat-jour. Chrysalis, Alba et Cocon connaissent eux aussi ces variations. Le passage d’une lampe posée à une suspension ne consiste pas seulement à déplacer le point lumineux : l’orientation du volume, la lecture du relief et la façon dont la lumière se répand dans la pièce sont modifiées.
Bulle met la porcelaine en relation avec un socle de bois. Son volume arrondi peut recevoir différents décors développés pour les autres familles. L’association introduit un contraste entre la blancheur minérale de la céramique et le grain du bois. Eulalie change encore d’échelle avec un pied haut qui combine acier noir et chêne clair courbé. Sur cette pièce, le luminaire devient un élément vertical du mobilier, et la partie en porcelaine doit trouver sa place dans une structure qui mobilise plusieurs matériaux et savoir-faire.
Les appliques demandent une autre conception, car leur position contre le mur oriente directement l’éclairage. La Liseuse associe une partie en porcelaine coulée, un cordon textile, une pièce tournée en chêne et une patère en bois massif. Un abat-jour en porcelaine modelée peut également venir équiper une applique, tandis que l’Applique Cocon réunit céramique, métal et bois. Les finitions de la platine, du coude ou du cache-câble permettent d’adapter la composition à un projet d’intérieur sans modifier l’identité du volume en porcelaine.
Atelier sur la Rivière réalise aussi des lustres sur mesure à partir de ses formes d’abat-jour. Le nombre et la taille des suspensions, la couleur des câbles ainsi que la forme et la finition de la rosace peuvent être étudiés en fonction de l’espace. Ce travail exige de penser la composition dans son ensemble : hauteur sous plafond, répartition des points lumineux, rythme des volumes et visibilité des éléments techniques. Des simulations en trois dimensions aident à projeter le résultat avant la fabrication, notamment lorsqu’une installation réunit plusieurs porcelaines à des hauteurs différentes.
La conception de ces projets associe Sylvain Fezzoli à Frédéric Florenza, décorateur d’intérieur. Celui-ci réalise des plans et des visualisations en trois dimensions afin d’inscrire les luminaires dans leur futur environnement. Mathieu Dupuis, artisan ébéniste, intervient pour certaines pièces de bois imaginées par le céramiste, notamment grâce au bois courbé et au tournage. Cette coopération rend possible des objets dans lesquels porcelaine, chêne, acier ou textile doivent se rejoindre avec précision, tout en laissant à chaque matière sa présence propre.
Les photophores prolongent la recherche de translucidité à une échelle plus petite. Les décors Akène, Canopée, Dahlia, Salvia, Hanabi, Emiliania ou Storm transforment une flamme ponctuelle en lumière filtrée. Les reliefs inspirés des graines et des végétaux deviennent plus ou moins visibles selon l’angle et l’intensité lumineuse. La série PhotoFlora ajoute une forme florale portée par une tige, tandis que Fleur de Soie réunit une fleur en porcelaine blanche, un pédoncule en grès noir, une tige de fer et un socle en bois. L’objet peut ainsi se situer entre sculpture botanique et élément lumineux.
Le contraste entre porcelaine et grès apparaît de manière ciblée. Sur Fleur de Soie, le grès noir forme une articulation sombre sous la corolle claire. La différence de couleur souligne la transition entre la fleur et sa tige, mais aussi l’opposition entre deux terres céramiques. D’autres créations décoratives jouent avec le bois et les fibres naturelles. L’atelier inscrit ces choix dans une démarche de développement durable fondée sur l’emploi de matériaux naturels : porcelaine, argile, bois et fibres. Cette orientation concerne la composition des objets autant que leur inspiration.
Le catalogue réunit des noms qui décrivent moins une image imposée qu’une sensation ou un principe de forme. Luna se réfère à l’astre et à une lumière diffuse ; Chrysalis évoque l’enveloppe d’une métamorphose ; Cocon insiste sur l’idée de protection ; Akène renvoie à une graine sèche ; Canopée suggère la partie haute d’un ensemble végétal. Hanabi, associé au feu d’artifice, joue sur un rayonnement plus vif. Emiliania emprunte son nom à une algue microscopique. Ces références permettent de comprendre comment Sylvain Fezzoli passe de l’observation du vivant à un relief abstrait.
La création personnalisée s’adresse aux espaces privés comme aux lieux de travail. L’étude peut porter sur un luminaire isolé, un ensemble de suspensions ou un objet décoratif. Le choix s’effectue parmi différentes porcelaines, finitions et glaçures, puis le volume est modelé, sculpté et détaillé à la main. Les contraintes du lieu donnent un cadre à la proposition sans transformer la fabrication en simple assemblage de composants standard. L’épaisseur de la porcelaine, le type de lumière et la distance entre les éléments restent liés à l’effet recherché.
Ateliers d’Art de France référence Sylvain Fezzoli comme céramiste et potier de grès, avec une production de pièces uniques, de petites séries et de réalisations sur mesure. Les catégories mentionnées comprennent luminaires, lustres, bougeoirs, sculptures, vases et flacons. Cette diversité correspond aux différentes échelles abordées par Atelier sur la Rivière, du photophore tenu à la main au lustre conçu pour structurer un volume intérieur. Elle confirme aussi que le travail ne se limite pas à un seul modèle de lampe, même si la porcelaine lumineuse lui donne sa cohérence principale.
À Morteaux-Coulibœuf, l’atelier relie ainsi modelage, coulage, sculpture de surface et conception d’espace. Le relief floral ou organique n’est pleinement révélé que lorsque la matière rencontre la lumière. Le bois, le métal, le textile et le grès complètent la porcelaine sans la masquer. De Luna à Chrysalis, de Cocon à Fleur de Soie, chaque famille explore une manière différente de filtrer, porter ou mettre en scène l’éclairage. Le geste répété des outils en bois, les variations du séchage et l’épreuve du feu préservent enfin le caractère singulier de pièces destinées à habiter durablement un intérieur.