À Salasc, dans l’Hérault, Amandine Chaix anime Terres d’Amandine, un atelier de céramique consacré à la faïence illustrée, utilitaire et décorative. Les objets fabriqués dans ce lieu cherchent un équilibre entre la présence quotidienne et le plaisir d’une forme singulière. Une carafe, une théière, une assiette ou un égouttoir peuvent servir chaque jour tout en portant un décor peint à la main. À côté de ces pièces destinées à la maison, l’atelier crée aussi des modelages et des objets qui déplacent la poterie vers la sculpture et l’imaginaire. Le résultat reste attaché à la terre, au geste et à l’usage, mais chaque objet possède sa propre personnalité.
L’atelier des Terres d’Amandine a été créé dans les années 2000. Amandine Chaix s’est appuyée sur quatre années d’études artistiques et sur plusieurs apprentissages consacrés au dessin, au tournage, au modelage et à la cuisson. Son parcours passe notamment par l’école Émile Cohl pour le dessin, le CNIFOP pour le tournage et la Maison de la céramique de Dieulefit pour le modelage et la cuisson. Ces étapes éclairent la manière dont son travail réunit une pratique de l’image, la construction de la forme sur le tour et la maîtrise des transformations nécessaires à la cuisson. La pièce n’est donc pas seulement décorée une fois terminée : elle se prépare depuis le choix de la forme et de la terre.
La faïence occupe une place centrale dans les créations de Terres d’Amandine. Cette terre permet de concevoir des objets qui ont un rapport direct avec la cuisine, la table et les gestes de la maison. La production annoncée est illustrée, ce qui signifie que le décor participe pleinement à l’identité de chaque pièce. Les motifs sont réalisés au pinceau et à main levée. Ce choix laisse au geste une place visible : la ligne peut suivre le volume, s’interrompre au bord d’une anse ou accompagner la courbe d’un récipient. Le décor ne se pose pas comme une image indépendante ; il doit s’accorder avec une forme qui sera saisie, remplie, posée ou regardée sous plusieurs angles.
Les objets utilitaires forment un ensemble très personnel. Amandine Chaix aime remettre au goût du jour des formes anciennes ou moins présentes dans les cuisines contemporaines. La chantepleure, destinée à arroser, le fraisier, utilisé comme égouttoir, et l’entonnoir à confiture deviennent ainsi des points de départ pour des pièces actuelles. Leur intérêt ne tient pas seulement à leur apparence. Ces objets rappellent des gestes domestiques, des manières de conserver ou de servir, et une relation directe entre l’outil et la matière. La céramique leur redonne une présence tout en laissant au décor le soin de les inscrire dans un univers coloré.
Les carafes de la collection Marguerites montrent cette alliance entre fonction et décor. Deux formats sont présentés, une grande carafe et une plus petite, toutes deux en faïence rouge utilitaire et décorative. La différence de taille permet d’imaginer des usages distincts, mais les pièces restent liées par un vocabulaire commun. Le motif floral transforme le contenant en objet visible sur une table ou une étagère. Une carafe doit garder une prise confortable, un équilibre et une ouverture adaptée à son usage. Le décor vient accompagner ces contraintes plutôt que les effacer. La surface peinte donne au récipient une présence supplémentaire lorsqu’il est rempli ou laissé vide.
La théière cactus appartient au même dialogue entre objet familier et image inattendue. Sa contenance annoncée est d’un litre et sa forme s’inscrit dans un thème végétal qui détourne l’objet de table vers une évocation plus ludique. Une théière doit conserver une relation claire entre le corps, le couvercle, l’anse et le bec verseur. En y associant le motif du cactus, Amandine Chaix fait entrer un paysage et une silhouette reconnaissable dans un objet destiné au service. La pièce garde sa fonction tout en devenant un signe décoratif. Cette façon de faire donne au quotidien une part de surprise sans renoncer à la lisibilité de l’objet.
Les modelages prolongent les recherches menées sur les objets utilitaires. Les mêmes thèmes peuvent passer d’un contenant à une forme plus libre, ce qui permet de travailler la silhouette, le volume et l’expression sans répondre à toutes les contraintes d’un usage domestique. Une statuette peut ainsi être associée à un objet fonctionnel, comme dans la présentation de la pièce Pin’up pastèque. La céramique accueille alors plusieurs niveaux de lecture : une forme décorative, un personnage, une évocation végétale et un objet qui appartient à une collection. L’ensemble conserve une unité grâce à la faïence et au travail pictural, mais chaque pièce possède son propre rapport entre volume et décor.
Le caractère unique annoncé pour les objets renforce cette relation entre forme et peinture. Une pièce réalisée au pinceau, à main levée, ne se comporte pas comme une image répétée mécaniquement sur une série identique. Le motif évolue avec le geste, la courbe du support et les décisions prises pendant le travail. Cette singularité peut concerner la composition, les couleurs, les détails ou la manière dont le décor rencontre une poignée, un bord ou un pied. Elle donne aux objets une place intermédiaire entre l’art de la table et la pièce de création. La fonction demeure présente, mais elle s’accompagne d’une histoire visuelle propre à chaque exemplaire.
L’environnement du Salagou joue aussi un rôle dans l’évolution de la production. Amandine Chaix indique que son installation dans le secteur du lac en 2020 a transformé son travail. Cette transformation ne se réduit pas à un thème décoratif ajouté aux pièces. Un paysage peut modifier une palette, une manière de regarder les volumes, un choix de motif ou l’attention portée aux couleurs naturelles. Dans une faïence illustrée, l’environnement devient une réserve d’observations : une ligne de relief, une plante, une lumière sur la terre ou une association de teintes peuvent nourrir un décor. Les motifs restent dessinés à la main, mais ils s’inscrivent dans un lieu réel et dans une expérience quotidienne.
Le travail de l’atelier passe par plusieurs gestes qui se répondent. Le tournage construit une forme régulière lorsque le projet demande une carafe, une tasse ou un récipient. Le modelage permet de transformer ou d’ajouter des volumes, notamment pour des figures et des objets plus libres. Le travail à la plaque ouvre une autre manière d’assembler des surfaces et de penser la géométrie. La cuisson donne ensuite à la terre sa stabilité et permet au décor de prendre sa place dans la matière. Le pinceau intervient sur une surface préparée, mais le dessin reste dépendant de la forme qui le reçoit. Chaque technique apporte donc une solution différente au même désir : fabriquer un objet qui soit à la fois compréhensible, utile et singulier.
Terres d’Amandine propose ponctuellement des ateliers de poterie d’une durée de deux heures. Les participants peuvent essayer le tournage, le modelage ou le travail à la plaque, puis décorer leur pièce avec les techniques employées dans la production de l’atelier. Cette transmission met en relation l’expérience du visiteur et le travail quotidien de la céramiste. Se confronter à la terre permet de sentir la différence entre une forme imaginée et une forme qui tient réellement, de comprendre la pression des doigts et d’observer la façon dont une surface se prépare pour recevoir un décor. La décoration à main levée ajoute une autre difficulté : le motif doit suivre un objet qui n’est pas plat.
Ces temps de pratique donnent également une autre lecture des pièces exposées. Une carafe ou une théière semble simple lorsqu’elle est posée sur une table, mais elle résulte d’une succession de choix : quantité de matière, épaisseur, équilibre, ouverture, prise en main, séchage, cuisson et décor. Le visiteur qui essaie le tournage comprend immédiatement que la terre résiste, se déforme ou demande à être reprise. Le modelage et le travail à la plaque montrent d’autres façons de construire. L’atelier devient ainsi un lieu où l’objet terminé garde la mémoire de gestes qui peuvent être expérimentés, observés et transmis.
À Salasc, Terres d’Amandine fait vivre une céramique colorée et attachée aux usages. Amandine Chaix y associe les apprentissages du dessin, du tournage, du modelage et de la cuisson pour créer des faïences illustrées, des pièces uniques, des objets de table, des décorations et des modelages. Les anciennes formes utilitaires, les thèmes végétaux, les figures et les observations du Salagou se rencontrent dans un travail peint au pinceau. L’atelier garde ainsi une identité très lisible : la terre sert la vie quotidienne, mais elle ouvre aussi un espace de jeu, de mémoire et d’invention. Les visiteurs peuvent découvrir cette pratique à travers les pièces réalisées ou, ponctuellement, en essayant eux-mêmes les gestes de la poterie.