Atelier & professionnel

Thibauld Mazire, laqueur contemporain à Saumur

Saumur

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À Saumur, dans le Maine-et-Loire, Thibauld Mazire développe une pratique de laque contemporaine sous le nom d’Esprit-Laque. Ses œuvres associent la surface laquée, la peinture, la photographie et une recherche sur la lumière. Elles peuvent évoquer un paysage, une architecture ou une forme humaine sans chercher à reproduire fidèlement un lieu ou un modèle. La figure apparaît, se transforme et tend parfois vers l’abstraction. La laque devient alors un espace de profondeur, où les couches, les teintes et les reflets construisent une image qui se découvre lentement.

Thibauld Mazire est diplômé en 1991 des Métiers d’art, spécialité laque, de l’École Nationale Supérieure des Arts Appliqués Olivier de Serres à Paris. Depuis 1999, il y enseigne les laques synthétiques. Cette activité pédagogique accompagne une pratique personnelle nourrie par la recherche et par les échanges avec d’autres créateurs. Il participe à des expositions en France et au Japon, où son travail reçoit le prix du président de la Japan Paintmakers Association lors de l’Ishikawa International Urushi Design Competition de 1996. Il siège ensuite au jury de la même compétition en 2005.

En 2017, il ouvre la galerie Esprit-Laque à Saumur, dans un lieu qui associe présentation d’œuvres et transmission. La galerie montre son propre travail, mais accueille aussi des créations de laqueurs contemporains, de peintres, de sculpteurs et d’artisans travaillant le métal, le verre ou la céramique. Cette ouverture inscrit la laque dans un dialogue avec d’autres matières. Un tableau laqué peut être regardé pour sa surface, tandis qu’une sculpture ou une pièce en verre fait apparaître d’autres relations entre la lumière, le volume et l’espace.

La laque demande de préparer longuement le support. La surface doit être suffisamment stable et régulière pour recevoir les couches suivantes. Les apprêts, le ponçage et le travail du fond déterminent la qualité de la finition. Chaque irrégularité peut modifier la manière dont la lumière se pose sur le panneau. La préparation n’est donc pas une étape secondaire. Elle construit les conditions de l’image à venir et permet aux couches de vernis, de couleur ou de décor de conserver leur continuité.

Thibauld Mazire travaille principalement avec des vernis hydrosolubles. Ces produits, proches de l’acrylique et solubles dans l’eau, sèchent rapidement et offrent une bonne solidité. Ils permettent aussi d’obtenir des teintes très claires, des blancs et des finis satinés qui ouvrent d’autres possibilités que les surfaces très brillantes. La laque hydrosoluble réduit l’usage de solvants lourds et rend la technique praticable sur différents supports. La matière conserve une exigence de préparation, mais elle s’inscrit dans une approche plus contemporaine de l’atelier.

Le vernis hydrosoluble modifie la relation entre le geste et le temps. Un séchage plus rapide permet de superposer des couches avec davantage de rythme, tout en demandant de maîtriser les reprises et les raccords. Une couleur peut être éclaircie, recouverte, réservée ou intégrée à une composition plus complexe. Le satin final ne renvoie pas la lumière de la même façon qu’un miroir. Il laisse apparaître les nuances, les transitions et les zones où plusieurs couches se rencontrent. La surface devient à la fois image et matière.

Les paysages de Thibauld Mazire se situent entre observation et imagination. Montagnes, collines, bords de mer et ciels chargés peuvent apparaître dans une palette assourdie. Les tons sourds ne signifient pas une absence de couleur. Ils permettent au regard de suivre des différences de densité, des passages du clair au sombre et des effets de profondeur. Un ciel laiteux peut se rapprocher d’une zone blanche ; une masse sombre peut suggérer une montagne ou une silhouette ; une ligne d’horizon peut ouvrir l’espace sans le décrire entièrement.

L’orage occupe parfois la place d’un événement suspendu. Un ciel menaçant, une lumière qui se retire et une silhouette noire peuvent donner à l’image une tension particulière. La laque retient cette tension dans une surface calme. Les couches ne bougent plus, mais les variations de teintes et de reflets continuent de produire une impression de déplacement. La matière invite ainsi à regarder le temps comme une succession de changements de lumière plutôt que comme une scène figée.

Le travail photographique ne vise pas nécessairement le réalisme. La photographie peut apporter un fragment de réel, une texture, une ligne ou un souvenir visuel. Intégrée à la laque, elle entre dans un autre régime d’image. Elle peut être recouverte, déplacée, estompée ou mise en relation avec des zones peintes. Le paysage n’est plus seulement celui d’une photographie ; il devient un espace transformé par des couches de vernis, des couleurs et des effets de surface. Le réel passe alors par une interprétation matérielle.

L’abstraction et le retour à la figure se répondent dans cette pratique. Une architecture peut être réduite à quelques plans et quelques verticales. Une forme humaine peut se confondre avec une ombre ou un relief de paysage. Un paysage peut devenir une composition de lignes et de masses qui ne renvoie plus à un lieu précis. Cette oscillation laisse au visiteur une place active. Il reconnaît peut-être une côte, une montagne, un mur ou un visage, mais l’œuvre ne dépend pas d’une identification unique pour produire une émotion.

Les surfaces claires sont particulièrement exigeantes dans la laque. Le blanc et les teintes pâles montrent les variations d’épaisseur, les traces de ponçage et les différences entre les couches. Ils peuvent aussi donner une sensation d’espace et de silence. Les vernis hydrosolubles permettent à Thibauld Mazire d’explorer ces tonalités avec des finis satinés. La lumière glisse sur le panneau sans être renvoyée brutalement. Le regard distingue ainsi des passages subtils plutôt qu’un seul éclat.

La finition constitue un moment de synthèse. Les couches précédentes doivent former un ensemble cohérent, les décors doivent rester lisibles et la surface doit recevoir son aspect final. Un satin trop uniforme peut aplatir l’image, tandis qu’une différence maîtrisée entre deux zones peut accentuer un relief ou une profondeur. La finition protège aussi le travail sous-jacent. Elle n’est pas seulement un effet visuel : elle participe à la stabilité et à la longévité de l’œuvre.

Thibauld Mazire transmet également les techniques de laque dans des stages intensifs de cinq jours, pour une durée de trente-cinq heures. Le niveau débutant permet d’aborder la préparation du support, les apprêts, les teintes, le travail à la coquille d’œuf, les glacis et la métallisation. Les participants travaillent sur plusieurs petits panneaux afin de comprendre les étapes successives. La progression met en relation l’apprentissage du geste et l’observation des réactions de la matière.

Le travail à la coquille d’œuf introduit une texture et un contraste particuliers. Des fragments clairs peuvent être posés sur une surface laquée pour créer un décor qui capte la lumière par petites touches. Les glacis ajoutent des couches transparentes ou semi-transparentes qui modifient la profondeur d’une couleur. La métallisation introduit des feuilles de métal, d’or ou d’argent. Ces procédés donnent des effets différents, mais ils demandent tous une préparation régulière et une organisation précise des étapes.

Le niveau intermédiaire s’adresse aux personnes qui ont déjà découvert les bases de la laque. Il porte sur la création d’une œuvre complète, depuis le dessin préparatoire jusqu’à la réalisation du panneau ou de l’objet. Le support peut varier selon le projet, et la composition devient le fil conducteur du stage. Il ne s’agit plus seulement d’exécuter des exercices isolés. Il faut choisir une image, organiser les masses, déterminer les couches et ajuster les finitions pour que la technique serve une intention personnelle.

La transmission de Thibauld Mazire ne sépare pas la technique de la composition. Un apprenti laqueur doit connaître les produits et les outils, mais aussi comprendre pourquoi une teinte est placée à un endroit, comment un espace est construit et quelle place laisser à la lumière. La préparation, le ponçage, les décors et les couches finales sont liés à la décision artistique. Le stage devient ainsi un temps de pratique, d’observation et de mise au point.

La galerie Esprit-Laque propose une autre forme de transmission. La présentation de laqueurs français contemporains permet de comparer des approches, des palettes et des supports. Certains artistes privilégient les panneaux décoratifs, d’autres les objets, les bijoux ou les compositions murales. La laque peut être brillante, satinée, claire, sombre, figurative, abstraite ou enrichie de matières. La diversité des œuvres montre que le métier ne se réduit pas à un style unique. Il offre une famille de techniques dont chaque créateur peut développer une écriture personnelle.

Les activités de galerie et d’atelier se complètent. Une œuvre présentée dans un espace d’exposition est regardée à distance, puis de près, lorsque les détails de surface deviennent visibles. Un stage permet au contraire de manipuler les outils, de préparer un panneau et de constater les transformations au fil des couches. Dans les deux cas, la matière réclame du temps. Le visiteur découvre la profondeur d’une surface ; le stagiaire comprend comment cette profondeur se construit.

La laque conserve une relation avec l’histoire des arts décoratifs. Les techniques anciennes ont été utilisées sur des meubles, des paravents, des cabinets et des objets précieux. La création contemporaine peut reprendre certains gestes, mais elle n’est pas obligée de reproduire les formes historiques. Les vernis hydrosolubles, la photographie, les supports actuels et les recherches sur les effets de surface permettent de déplacer le métier vers d’autres usages. La tradition devient un réservoir de gestes et de principes, non une limite formelle.

À Saumur, Thibauld Mazire fait ainsi dialoguer formation, création et diffusion des métiers d’art. Ses tableaux et panneaux laqués explorent des paysages, des architectures et des figures entre abstraction et reconnaissance. Les vernis hydrosolubles, les teintes claires, les finis satinés, les glacis, la coquille d’œuf et la métallisation composent une palette technique précise. La galerie Esprit-Laque ouvre ce travail à d’autres artistes, tandis que les stages transmettent les étapes de la préparation et de la réalisation. La surface finale paraît silencieuse, mais elle conserve la mémoire des couches, des gestes et des lumières qui l’ont construite.

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

  1. Organisme professionnel site-professionnel

    Thibauld Mazire — Portrait (site externe)

    Organisme : Esprit-Laque

    Fait soutenu
    Le portrait professionnel présente la formation de Thibauld Mazire en Métiers d’art laque, son enseignement depuis 1999, ses expositions, sa distinction au Japon, son travail des vernis hydrosolubles, ses paysages et son installation à Saumur depuis 2017.
    Consultée le
    10 septembre 2026

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