À Saint-André-de-Majencoules, dans le Gard, Clotilde Gontel développe l’atelier Verre et Vitrail autour de la création et de la restauration de vitraux d’art. Son activité associe plusieurs techniques : le vitrail traditionnel au plomb, la peinture sur verre, le fusing, la dalle de verre et le sablage. Cette palette permet de répondre à des projets très différents, dans des architectures publiques ou privées, tout en laissant une place à la recherche personnelle sur la matière verre et sur la lumière. L’atelier travaille aussi bien pour des commandes que pour des réalisations qui explorent les qualités propres du matériau.
Le parcours de Verre et Vitrail s’inscrit dans une histoire de rencontres et de formations consacrées au verre. Clotilde Gontel et Aurélie Dupin se sont rencontrées à l’ENSAAMA Olivier de Serres à Paris, où elles ont étudié l’art du vitrail et obtenu leurs Diplômes des Métiers d’Art. Après cette période d’études, leurs chemins se sont séparés. Clotilde a poursuivi son expérience en Espagne et a créé son propre atelier en 2009, avant de travailler à Béziers puis à Sommières. En 2020, les deux univers se sont réunis dans l’atelier Verre et Vitrail installé dans les Cévennes.
Cette histoire explique la double dimension de l’atelier. Le vitrail est un métier technique, car il faut découper, ajuster et assembler des pièces qui doivent trouver leur place dans une structure stable. Il est aussi un travail de composition, puisque la couleur, la transparence, l’opacité, la texture et la lumière transforment la perception d’un espace. Verre et Vitrail présente cette recherche autour de la transparence, de la lumière, de l’opacité, de la couleur, de la vibration et des éclats. Le verre devient ainsi une matière à construire, mais aussi une matière à regarder sous des angles et dans des conditions changeantes.
Le vitrail traditionnel au plomb repose sur l’assemblage de morceaux de verre dans un réseau qui suit le dessin. Les lignes de plomb séparent les couleurs, soutiennent les pièces et donnent un rythme à la composition. Elles peuvent souligner un contour, conduire le regard ou organiser une succession de formes. La découpe doit être précise pour que les morceaux s’emboîtent sans déformer le motif. Le montage demande ensuite de maintenir l’ensemble avec régularité. Une verrière doit rester lisible et stable une fois installée dans son architecture.
Dans une création, le dessin doit donc être pensé avec les possibilités du verre et du plomb. Une ligne trop fine, une pièce trop complexe ou une transition de couleur mal placée peuvent modifier le résultat. Le projet tient compte de l’ouverture, de la lumière et de la distance de lecture. Un vitrail destiné à une fenêtre d’habitation ne sera pas regardé comme une composition placée dans un édifice public. Les dimensions, l’orientation et la relation avec le mobilier ou les murs voisins influencent la manière dont les couleurs seront perçues.
La peinture sur verre ajoute un travail graphique à la matière colorée ou transparente. Elle peut préciser un détail, renforcer une ombre, suggérer une forme ou donner davantage de profondeur à une scène. Le geste pictural doit rester lié à la lumière qui traversera la pièce. Une marque visible sur la table de travail peut se transformer lorsqu’elle est placée devant une ouverture. La préparation et la cuisson de la peinture exigent une attention particulière pour que le résultat reste durable et s’intègre à l’ensemble de la verrière.
Le fusing correspond à une autre manière de travailler le verre. Des éléments sont réunis par la chaleur afin de créer une pièce qui peut présenter des superpositions, des variations de couleur ou des effets de texture. La cuisson modifie la relation entre les couches et demande de connaître les réactions du matériau. Cette technique peut donner une expression plus libre à une création, tandis que le vitrail au plomb organise davantage la composition par ses lignes d’assemblage. Le choix dépend du projet, de l’effet recherché et de la place que la lumière doit prendre dans l’œuvre.
La dalle de verre offre encore une qualité différente. Plus épaisse et plus dense qu’un verre destiné à un montage classique, elle peut diffuser la lumière avec une présence minérale. La surface et les arêtes captent les variations lumineuses, tandis que les différences d’épaisseur créent des zones plus ou moins lumineuses. Verre et Vitrail présente des réalisations de dalle de verre parmi ses travaux. Cette technique permet de composer des passages lumineux qui ne reposent pas seulement sur la finesse d’un dessin, mais aussi sur la masse et la profondeur du matériau.
Le sablage agit sur la surface du verre en créant des zones mates ou en modifiant la manière dont la lumière est réfléchie. Une partie transparente et une partie sablée ne produisent pas la même sensation. Le contraste peut servir à faire apparaître un motif, à préserver une certaine intimité ou à rythmer une séparation vitrée. La technique devient alors un outil de composition et de relation avec l’espace. Le verre ne disparaît pas derrière un décor : il conserve sa capacité à laisser passer, filtrer ou retenir la lumière.
Les commandes peuvent être publiques ou privées. Dans un projet privé, le vitrail peut accompagner une maison, une pièce de vie, une porte ou une séparation intérieure. Il peut filtrer les vues, colorer une lumière ou donner une présence à un endroit de passage. Dans une réalisation publique, la verrière peut prendre place dans un bâtiment fréquenté par de nombreuses personnes et dialoguer avec une architecture plus vaste. La conception doit alors considérer les points de vue, les circulations et la manière dont le motif sera découvert depuis plusieurs distances.
Le respect de l’architecture guide le travail de Verre et Vitrail. Une verrière n’est pas une image indépendante de son support. Elle possède une hauteur, une largeur, une orientation et une relation avec les matériaux qui l’entourent. La lumière qui la traverse peut se poser sur un sol, un mur ou un meuble et modifier l’atmosphère du lieu. Une création doit trouver son équilibre entre ce qu’elle montre directement et ce qu’elle laisse apparaître par ses effets lumineux. Le verre construit une relation entre l’intérieur et l’extérieur, même lorsque la verrière est placée dans une cloison.
La restauration demande une attention supplémentaire à ce qui existe déjà. Un vitrail ancien peut présenter des pièces cassées, des peintures altérées, un réseau affaibli ou une déformation. Les dommages ne se manifestent pas tous de la même manière et ne conduisent pas à la même intervention. Il faut regarder la composition, les couleurs, les détails peints et la stabilité de l’ensemble avant de choisir une méthode. Une pièce qui peut être conservée ne doit pas être remplacée sans raison ; une faiblesse structurelle ne doit pas être masquée par une intervention seulement esthétique.
Restaurer une verrière signifie aussi respecter sa relation avec le bâtiment. Le vitrail a pu être conçu pour une orientation et pour une lumière particulières. Ses couleurs, ses textures et son dessin appartiennent à un lieu. Une intervention peut chercher à retrouver la solidité nécessaire, à remettre en place une pièce ou à conserver une peinture encore lisible, tout en maintenant la cohérence générale. La restauration ne se résume pas à donner un aspect neuf à une surface ; elle vise à permettre à l’œuvre de continuer son histoire dans son architecture.
Les réalisations personnelles de Clotilde Gontel servent à explorer la matière verre et à sculpter la lumière. Une œuvre peut partir d’une couleur, d’une texture, d’une transparence ou d’un contraste. Elle peut s’intéresser à la manière dont une surface vibre lorsqu’elle reçoit une lumière rasante, ou à la relation entre une zone opaque et une zone claire. La recherche ne consiste pas à appliquer une technique pour elle-même. Elle permet de comprendre ce que le verre peut produire lorsque la composition laisse agir ses qualités physiques.
Les titres de réalisations présentés par l’atelier comprennent notamment « Dalle de verre », « Vitrail envol » et « Restauration ». Ils montrent trois directions de travail : la profondeur et la diffusion de la dalle, l’élan d’une composition de vitrail et l’intervention sur une œuvre existante. Chaque projet demande une relation différente entre le geste et le regard. Un vitrail peut être conçu pour accompagner une architecture, une œuvre personnelle peut se concentrer sur un effet de lumière et une restauration doit composer avec un état antérieur.
Le travail du verre se construit dans le temps. La découpe, le montage, la peinture, la cuisson, la fusion ou le traitement de surface se succèdent selon le projet. Une modification de matière peut changer la couleur perçue, la transparence ou la manière dont les contours apparaissent. La vitrailliste observe le résultat à mesure que l’œuvre avance afin de conserver l’équilibre entre les pièces. Le geste artisanal tient ainsi ensemble la préparation et la réaction parfois imprévisible du verre, qui possède ses propres nuances et ses propres limites.
À Saint-André-de-Majencoules, Verre et Vitrail réunit la commande, la restauration et la recherche autour d’un même matériau. Le vitrail au plomb structure les compositions, la peinture sur verre apporte des détails, le fusing permet des superpositions par la chaleur, la dalle de verre donne de la profondeur et le sablage transforme la surface. Ces techniques peuvent servir des projets publics ou privés et s’adapter à une architecture, à une ouverture ou à une intention de lumière. Clotilde Gontel y développe un métier où la précision du montage rencontre la liberté de la matière, afin de créer ou de préserver des œuvres qui changent avec la lumière.