Atelier & professionnel

Martin Claudel, Taillanderie Claudel à La Chapelle-de-Brain

La Chapelle-de-Brain

Activité confirmée active

Informations centrales vérifiées le 10 septembre 2026

À La Chapelle-de-Brain, en Ille-et-Vilaine, Martin Claudel fait vivre la Taillanderie Claudel, un atelier de forge artisanale consacré aux outils à main et à la coutellerie utilitaire. Son travail s’inscrit dans la tradition de la taillanderie, métier de forge qui transforme le fer et l’acier à chaud pour produire des outils taillants. Haches, serpes, faux, lames de rabots, bêches, tenailles, burins ou marteaux appartiennent à une histoire où la forme de l’outil répondait directement au geste de la personne qui l’employait. L’atelier prolonge cette logique en recherchant des pièces performantes, durables et adaptées à des usages réels.

La taillanderie ne consiste pas à donner une apparence ancienne à un objet fabriqué en série. Elle demande de comprendre la fonction avant de chauffer le métal. Une lame destinée au bois ne reçoit pas le même profil qu’un outil pour la terre ou la vigne. La largeur, l’épaisseur, l’angle du tranchant, le poids et la manière de tenir le manche conditionnent l’efficacité. Le forgeron doit donc lire la demande, connaître les contraintes du métier concerné et répartir la matière pour que l’outil reste solide sans devenir inutilement lourd.

La rencontre de Martin Claudel avec la forge commence en 2005, lors d’un stage à la forge-musée d’Étueffont, en Franche-Comté. Il poursuit avec un CAP de ferronnerie d’art, puis s’oriente vers la taillanderie. En 2010, un stage auprès de Bernard Solon, dernier forgeron taillandier de sa génération à travailler au sein de la Taillanderie Alexis à Orléans, lui permet de découvrir plus directement les techniques traditionnelles de fabrication d’outils. La suite de son apprentissage se déroule notamment sur le chantier médiéval de Guédelon, où il travaille comme forgeron au service d’une communauté de bâtisseurs.

Cette formation de terrain repose sur l’observation des outils et de leurs traces. La restauration d’anciens outils permet de comprendre les formes, les épaisseurs et les étapes de fabrication. Une marque sur une pièce forgée peut révéler une reprise, une soudure, une utilisation prolongée ou une modification destinée à un geste particulier. Les modèles anciens ne sont pas seulement des objets à copier : ils donnent des indications sur la relation entre le métal, le manche et le travail auquel l’outil était destiné. Cette lecture nourrit une pratique actuelle qui peut reprendre un profil historique tout en l’adaptant à une demande contemporaine.

La forge à chaud se trouve au centre de l’atelier. Le métal chauffé devient assez malléable pour être déplacé sous les coups et les pressions. Le forgeron répartit progressivement la matière, étire une partie, épaissit une autre et construit la silhouette générale de l’outil. Le contrôle du feu et de la température accompagne chaque opération. Trop peu de chaleur rend le métal difficile à déplacer ; une chaleur excessive peut altérer ses qualités. Le geste ne se limite donc pas à frapper : il consiste à choisir le moment, l’outil de frappe, l’appui et la direction du déplacement.

La soudure au feu permet d’assembler des métaux de nature ou de teneur différentes. Dans la taillanderie traditionnelle, l’acier chargé en carbone est réservé à la partie travaillante, celle qui deviendra le tranchant, tandis que le reste de l’outil peut être formé à partir d’une ou plusieurs pièces de fer. Les éléments sont portés à la bonne température puis soudés ensemble au feu. Cette construction économise l’acier sans diminuer la fonction de la lame, à condition que la liaison soit fiable et que la zone travaillante soit correctement positionnée. Elle donne aussi à l’outil une structure adaptée à son usage plutôt qu’un volume uniforme.

Une fois la forme forgée, les traitements thermiques donnent à l’acier ses qualités de dureté et de résistance. La trempe et les opérations qui l’accompagnent doivent correspondre à la composition du métal et à la fonction de la pièce. Un tranchant trop tendre perdra rapidement son efficacité ; un acier trop dur peut devenir fragile sous les chocs. Le forgeron cherche un équilibre entre tenue du fil, résistance et possibilité d’entretien. Cette étape reste peu visible une fois l’outil terminé, mais elle détermine largement la manière dont il se comportera dans la main et au contact de la matière travaillée.

Les finitions comprennent l’émouture, la mise au tranchant et le polissage. L’émouture donne au métal la géométrie qui conduira la coupe. Elle doit rester régulière tout en respectant le profil forgé. La mise au tranchant affine la rencontre des deux faces et prépare l’outil à son usage. Le polissage enlève les marques nécessaires à la fabrication et apporte une surface cohérente avec la fonction. Martin Claudel emploie en partie des techniques et des machines anciennes issues de la tradition coutelière thiernoise, notamment des meules à eau et des tourets à disques émerisés. Le choix de ces équipements tient compte du comportement de l’acier trempé et limite l’usage de bandes abrasives rapidement usées.

Le manche participe à la performance autant que la lame. Il doit transmettre la force, guider le mouvement et rester confortable pendant une utilisation répétée. Martin Claudel réalise lui-même les manches de ses outils à partir de bois endémiques. Il maîtrise ainsi la continuité entre la partie forgée et la prise en main. Le choix du bois, la section, la courbure, la longueur et la finition dépendent de l’outil. Une hache, une serpe, une doloire ou un couteau ne sollicitent pas la main de la même façon. Une poignée trop fine fatigue, une courbe mal placée gêne le geste et un assemblage mal ajusté compromet la sécurité.

La production de la Taillanderie Claudel comprend des outils agricoles, forestiers, horticoles et artisanaux. Les haches et les hachettes peuvent être pensées pour le dégrossissage, le petit bois ou des travaux forestiers. Les serpes et les faucilles répondent à des gestes de coupe différents, avec des formes qui tiennent compte de la matière rencontrée. Les outils de tonnellerie demandent une compréhension particulière du bois et des rainures à réaliser. Les couteaux utilitaires prolongent cette approche dans la cuisine et les usages quotidiens, avec une lame, un manche et un équilibre conçus ensemble.

La diversité des demandes conduit à étudier des formes anciennes et régionales. Une hachette comtoise, par exemple, possède une silhouette et une puissance de profil qui la distinguent d’un modèle industriel courant. Un outil destiné à un charpentier ne se définit pas seulement par son nom : sa masse, son tranchant et la manière de le manier doivent correspondre au travail du bois. Une pièce commandée par un tonnelier peut exiger une forme particulière, liée à la largeur d’une rainure ou à l’accès dans un assemblage. Le taillandier transforme donc une description de métier en choix de matière et de géométrie.

La recherche sur les outils passe aussi par la reproduction raisonnée de modèles disparus ou devenus rares. L’étude d’une pièce ancienne permet de relever ses proportions, ses lignes et ses marques d’usage. La nouvelle réalisation n’est pas forcément une copie figée : elle peut conserver le principe du modèle tout en recevant un manche adapté, un acier disponible ou une finition correspondant à un usage actuel. Cette démarche fait du dessin, de la forge et de l’essai un même processus. L’outil est jugé par ce qu’il permet de faire, par son équilibre et par la qualité de son entretien.

L’atelier conserve par ailleurs des machines et des équipements anciens, parfois historiques. Martin Claudel les entretient et les restaure au fil des acquisitions afin de préserver une partie du patrimoine matériel lié à la taillanderie. Un marteau-pilon, une meule ou un touret ne sont pas de simples éléments de décor : ils modifient le rythme, la force et la précision du travail. Leur usage demande de connaître leur inertie, leurs réglages et leurs limites. La sauvegarde de ces machines accompagne donc la sauvegarde des gestes, car les deux dimensions se répondent dans la fabrication d’un outil forgé.

La transmission occupe une place particulière dans ce métier rare. La taillanderie a longtemps fourni les outils nécessaires aux travaux agricoles, forestiers, artisanaux et domestiques, avant que la mécanisation et la production industrielle ne réduisent le nombre d’ateliers. Aujourd’hui, la demande de pièces spécialisées et la recherche de durabilité redonnent un espace à ces savoir-faire. Les stages et les démonstrations proposés dans le cadre de rencontres autour de la forge permettent de comprendre la conduite du feu, la transformation de la matière et la relation entre le corps et l’outil. Observer une pièce passer de la barre chaude à la lame finie rend visibles des étapes que l’achat d’un objet industriel dissimule.

La « Doloire de Rémy » illustre cette rencontre entre outil, métier et création. Ateliers d’Art de France a distingué Martin Claudel comme lauréat régional 2025 de la catégorie Patrimoine en Bretagne pour cette pièce. Une doloire doit être pensée pour le travail du bois et pour la manière dont un maître-charpentier la tient, la guide et l’affûte. La récompense attire l’attention sur un objet de travail plutôt que sur une pièce seulement décorative. Elle souligne la valeur d’une pratique qui conserve une mémoire technique tout en produisant des outils destinés à être employés.

À La Chapelle-de-Brain, la Taillanderie Claudel rassemble ainsi forge à chaud, soudure au feu, traitements thermiques, émouture, polissage et fabrication des manches. Martin Claudel y réalise des outils à main, des pièces de taillanderie et des couteaux utilitaires en recherchant la cohérence entre le métal, le bois et le geste de l’utilisateur. Une hache, une serpe, une doloire ou un couteau ne sont pas abordés comme des formes interchangeables : chacun est lié à une matière, à une prise en main et à une tâche. Les dimensions, l’acier, l’essence du manche, le profil et le calendrier d’une commande sont à définir directement avec l’atelier.

Métiers exercés

Traçabilité

Sources de cette fiche

Chaque notice indique précisément l’information qu’elle soutient et la date à laquelle elle a été consultée.

Vous représentez cet atelier ou vous avez repéré une erreur ?

Revendiquer la ficheSignaler une correction