À Strasbourg, l’Atelier de la Fédération rassemble six artisans indépendants dans une ancienne forge devenue une manufacture partagée. Le collectif travaille principalement le bois et le métal, en croisant des compétences de coutellerie, de construction bois, de design d’objet, d’ébénisterie, de bijouterie et de fabrication de remorques pour vélo. Cette complémentarité permet d’aborder des projets sur mesure dont l’échelle peut varier du petit objet à l’aménagement d’espace. Les artisans conçoivent, fabriquent et ajustent leurs réalisations dans un lieu commun où la collaboration, le réemploi et l’expérimentation font partie de la vie quotidienne. L’atelier propose ainsi une manière concrète de réunir des métiers différents autour de formes utiles, durables et singulières.
Le bâtiment qui accueille le collectif est un ancien atelier de forge bâti en 1924. Il a été occupé par différentes entreprises de forge, de serrurerie et de métallerie avant d’être investi par les artisans actuels à la fin de 2023. Cette histoire donne au lieu une relation directe avec les matériaux qui y sont aujourd’hui travaillés. Les enclumes, les établis, les machines à bois et les espaces de montage ne sont pas seulement des éléments de décor : ils répondent à des gestes et à des étapes de fabrication. Le partage de cet environnement permet aux indépendants de disposer d’un cadre professionnel, mais aussi de confronter leurs méthodes et leurs idées. Le bois, le métal, le cuir, les matériaux de réemploi et les éléments mécaniques peuvent ainsi se retrouver dans un même projet sans perdre leur fonction.
La coutellerie constitue l’un des savoir-faire du lieu. Yann Marticou y forge des couteaux de chef, des couteaux de poche et des outils d’artisans. Sa pratique associe la forge traditionnelle à un travail de l’acier carbone, du bois et du cuir. Une lame destinée à la cuisine doit répondre à des gestes répétés, tandis qu’un couteau de poche doit être compact, sûr et agréable à manipuler. Les outils forgés, comme les ciseaux à bois, sont conçus pour transmettre l’effort et conserver une coupe adaptée au travail du matériau. Les pièces sont réalisées à la main, depuis la déformation de l’acier chauffé jusqu’aux opérations de finition. L’atelier propose aussi l’affûtage et des stages d’initiation, qui permettent de découvrir l’environnement de la forge et de fabriquer un objet forgé.
Les constructions bois forment un deuxième domaine. Les charpentiers couvreurs du collectif conçoivent et réalisent des charpentes traditionnelles, des ossatures bois, des escaliers, des terrasses, des pergolas et des couvertures. Une charpente doit répartir les charges et s’adapter à la forme du bâtiment. Une ossature doit organiser les éléments porteurs, les ouvertures et les parois. Un escalier relie une contrainte de hauteur à une question de circulation et de confort. Une terrasse ou une pergola ajoute des exigences liées à l’exposition, à l’eau et aux assemblages extérieurs. Le travail du bois se poursuit donc au-delà de la coupe : les sections, les liaisons, la protection et la pose déterminent la qualité de l’ouvrage. Les compétences réunies dans l’atelier permettent de passer de l’étude d’un besoin à une réalisation adaptée au lieu.
Fabien Bertrand présente une activité de charpente, d’ossature bois, d’escaliers, de couverture et de rénovation. Son parcours chez les Compagnons du Devoir et dans des entreprises engagées dans l’éco-construction nourrit une pratique attentive à la réutilisation des matériaux. Les projets peuvent comprendre une charpente traditionnelle, une terrasse, un auvent, une reprise de colombage ou la création d’une mezzanine et d’un bureau. Chaque intervention demande de comprendre la structure existante et les usages futurs. Restaurer un colombage ne se prépare pas comme construire une terrasse neuve ; aménager une mezzanine suppose d’anticiper les accès, les charges et la lumière. Le bois réemployé peut conserver des marques et des dimensions particulières, qui doivent être prises en compte dans la conception et dans les assemblages.
Le design d’objet et d’espace élargit le travail du collectif à des réalisations qui ne sont pas limitées à un meuble classique. Victor Bois conçoit et fabrique sur mesure des objets, du mobilier, des dispositifs de médiation, des éléments de scénographie, des aménagements et des projets de micro-architecture. Sa formation en design d’objet-espace l’amène à penser ensemble l’usage, l’esthétique, la singularité et la praticité. Un objet destiné à une exposition ne se manipule pas comme un meuble domestique ; un dispositif mobile doit être montable, démontable et transportable ; un aménagement doit dialoguer avec les déplacements des personnes. La conception s’accompagne donc d’une réflexion sur les dimensions, les matériaux, les assemblages et le contexte d’utilisation.
Le réemploi occupe une place visible dans cette approche du design. Victor Bois intègre des matériaux revalorisés provenant de rebuts industriels ou du bâtiment. Une ancienne marche d’escalier en chêne peut devenir un tabouret ; un matériau écarté d’un chantier peut retrouver une fonction dans un mobilier ou un dispositif. Le réemploi ne consiste pas à utiliser une matière sans la préparer. Il faut observer ses dimensions, ses traces, sa résistance, ses fixations antérieures et les transformations qu’elle peut supporter. Le projet doit ensuite tirer parti de ces caractéristiques plutôt que de les dissimuler systématiquement. Le résultat peut conserver une marque, une variation de couleur ou une différence de texture, tout en répondant à une fonction claire et à une construction stable.
La fabrication de remorques pour vélo constitue une spécialité liée à la mobilité douce. Augustin Couchoud conçoit et fabrique des remorques et des dispositifs tractés pour des professionnels, avec des solutions compactes destinées au transport à vélo. Une remorque doit rester stable, maniable et compatible avec son usage. Le volume de chargement, la répartition du poids, l’attelage, les roues et les éléments de sécurité participent à la conception. Un modèle utilisé pour un stand mobile ne reçoit pas les mêmes équipements qu’un dispositif destiné à transporter du matériel de participation citoyenne. Le bois et le métal peuvent être associés pour obtenir une structure adaptée, tandis que des éléments de motorisation ou d’électronique de bord peuvent compléter certains projets. La durabilité et la réparabilité sont annoncées comme des critères de cette activité.
Les exemples présentés par l’atelier montrent des stands mobiles, des installations pour des marchés ou des événements et des dispositifs conçus pour la ville. Ces réalisations doivent être suffisamment compactes lorsqu’elles sont tractées, puis offrir une surface de travail ou d’accueil une fois déployées. Le système de montage, les rangements, le poids et la résistance aux manipulations sont étudiés ensemble. Le travail de prototypage permet de tester les mouvements et de corriger les points qui gênent l’usage. La fabrication locale facilite les échanges entre la conception et la mise au point. Un dispositif destiné à être utilisé régulièrement doit aussi pouvoir être entretenu, réparé et adapté lorsque les besoins évoluent.
L’ébénisterie et la bijouterie sont réunies dans une autre pratique du collectif, portée par Daiku No Ki. Le bois peut donner naissance à des objets et à des meubles dont les proportions, le toucher et les assemblages demandent une grande précision. La bijouterie ajoute un travail à petite échelle, où une forme légère doit rester solide et agréable à porter. Ces deux domaines partagent une attention aux détails, mais ils ne se traitent pas avec les mêmes outils ni les mêmes tolérances. Un meuble doit conserver sa stabilité et son usage ; un bijou doit respecter les dimensions, les arêtes, la qualité des surfaces et la relation avec le corps. L’association du bois et de l’argent ouvre une recherche sur les contrastes de matière, la couleur, le grain et la lumière.
L’atelier propose aussi des services de design et de scénographie. La conception peut concerner un objet, un meuble, un dispositif de médiation, un mobilier urbain ou un aménagement d’espace. Une scénographie d’exposition doit guider le regard, organiser les circulations et rendre un contenu accessible. Un dispositif de médiation doit résister aux manipulations et présenter une information de manière lisible. Un mobilier urbain doit composer avec les usages, les intempéries, l’entretien et la fréquentation. Ces projets s’appuient sur des choix de matériaux responsables et sur une fabrication artisanale ou en petites séries. La forme n’est pas isolée du contexte : elle est développée en fonction des personnes, du lieu, du montage et de la durée d’utilisation.
La collaboration entre les résidents donne au lieu sa singularité. Un projet de mobilier peut nécessiter la précision d’un ébéniste, le regard d’un designer et l’intervention d’un artisan du métal. Une remorque peut réunir la conception, le travail du bois, la fabrication métallique et la mise au point mécanique. Un aménagement peut associer une structure, un dispositif d’éclairage, un élément de présentation et une finition. Le collectif ne transforme pas ces métiers en une compétence indifférenciée. Chacun conserve son domaine, tandis que les échanges rendent possibles des réponses plus complètes. Le fait de travailler dans un même espace facilite les essais, les discussions autour des matières et les ajustements entre les différentes étapes.
La responsabilité et le réemploi sont présentés comme des engagements transversaux. L’atelier privilégie, lorsque le projet le permet, des matériaux durables, locaux ou réemployés. Les chutes de bois peuvent être conservées pour de petites pièces, des essais ou des composants. La sélection d’une matière tient compte de sa provenance, de sa résistance, de son entretien et de la possibilité de la réparer. Pour une réalisation en petite série, cette réflexion peut aussi guider la conception afin de limiter les pertes et de simplifier les remplacements. La durabilité ne se résume pas à un matériau annoncé comme responsable : elle dépend de la qualité de la structure, de l’usage prévu, des finitions et de la capacité à intervenir sur l’objet lorsqu’il est endommagé.
L’Atelier de la Fédération accueille enfin des temps de rencontre et d’expérimentation autour de l’artisanat, du design, du réemploi et de l’architecture intérieure. Les événements organisés dans le lieu peuvent réunir les partenaires et le public dans une ambiance de découverte. Les stages de coutellerie donnent une entrée pratique dans la forge, tandis que les projets de design et de construction rendent visibles les étapes qui conduisent d’une idée à un objet ou à une structure. Le lieu conserve ainsi une dimension professionnelle et une dimension collective. Les outils, les matières et les savoir-faire y sont partagés dans un cadre où les compétences indépendantes peuvent se renforcer sans perdre leur identité.
À Strasbourg, l’Atelier de la Fédération constitue donc une manufacture bois et métal où six artisans indépendants travaillent côte à côte. La coutellerie et la taillanderie forgent des lames et des outils ; la charpente et l’ossature bois construisent des ouvrages ; le design imagine des objets, des mobiliers et des scénographies ; les remorques pour vélo accompagnent la mobilité douce ; l’ébénisterie et la bijouterie rapprochent le bois et l’argent. Le bâtiment de forge, le réemploi, la fabrication locale et le travail sur mesure donnent une cohérence à cet ensemble. Chaque métier garde ses gestes et ses exigences, mais la proximité permet de créer des solutions qui relient le bois, le métal, l’usage et le lieu.