À Plassac, en Gironde, Émilie Baudrais développe avec Atelier Babylon Mosaic une pratique de la mosaïque contemporaine qui associe couleur, matière et volume. Son parcours commence par la peinture et les arts plastiques avant de se préciser dans la mosaïque, dont elle explore les possibilités sensibles et décoratives. Elle ne réduit pas le matériau à une surface régulière : ses œuvres recherchent des reliefs, des courbes, des formes bombées et des compositions capables de faire varier la lumière. Pierres, cristaux, émaux de Venise, verre soufflé, ors vénitiens, marbre, céramique, coquillages ou fossiles peuvent entrer dans ce vocabulaire selon le projet. Chaque élément apporte une couleur, une texture et une manière particulière de réfléchir la clarté.
Émilie Baudrais s’est formée à la Scuola Mosaicisti del Friuli de Spilimbergo, en Italie, où elle a suivi une formation professionnelle de maître mosaïste entre 2007 et 2010. Elle a également étudié les arts plastiques à l’université Michel de Montaigne de Bordeaux. Cette double approche relie la composition artistique à l’apprentissage de techniques précises. La mosaïque demande de penser une image par fragments, mais aussi de choisir une orientation, une taille et une matière pour chaque tesselle. Une pièce ne se contente pas de reproduire un dessin : elle produit une vibration par l’écart entre les éléments, les joints, les couleurs et les reflets.
La coupe traditionnelle à la marteline occupe une place centrale dans l’enseignement et la pratique présentés par l’atelier. Cet outil permet de fractionner des matériaux en tesselles dont la forme et l’orientation participent au mouvement de la composition. La coupe n’est pas un simple geste de réduction. Elle détermine la direction d’une ligne, la finesse d’un contour et la façon dont une surface va accrocher la lumière. Une tesselle allongée peut accompagner une courbe, un fragment irrégulier peut renforcer une texture, et une série de petits éléments peut donner une transition plus souple entre deux couleurs. Le choix de la coupe influence donc autant le dessin que la matière.
L’atelier s’intéresse aux styles historiques de la mosaïque tout en développant des propositions contemporaines et hybrides. Les références romaines et byzantines rappellent le rôle ancien des assemblages de pierre, de verre et de pâte colorée dans les décors et les édifices. Émilie Baudrais s’appuie sur cette culture technique sans rester enfermée dans des compositions planes ou strictement régulières. Elle cherche au contraire à introduire des surfaces ondulées, des formats arrondis et des volumes qui déplacent le regard. La mosaïque peut alors devenir un décor mural, une œuvre autonome, un élément architectural, un objet ou un bijou.
Les matériaux vénitiens donnent à certaines créations une profondeur particulière. Les émaux de Venise, les ors vénitiens et les verres colorés offrent des nuances qui changent selon l’angle d’observation. L’or peut agir comme un éclat ponctuel, une ligne ou une réserve lumineuse ; le verre soufflé apporte une présence plus transparente ou plus irrégulière ; le marbre absorbe et renvoie la lumière d’une autre manière. L’enjeu consiste à harmoniser ces différences plutôt qu’à les uniformiser. La couleur est choisie avec la forme, la texture avec la direction du motif et la brillance avec les zones plus calmes de la composition.
Émilie Baudrais décrit sa spécialité comme une expérience sensible créée avec différents matériaux de mosaïque. La nature et ses formes servent de point d’appui à cette recherche : une surface peut évoquer une nervure, une écaille, une cellule, une pierre ou une croissance végétale sans devenir une simple imitation. Les volumes progressifs et les contrastes de texture donnent à l’œuvre une apparence qui se transforme lorsque la personne se déplace devant elle. La lumière ne vient pas seulement éclairer la mosaïque ; elle devient une partie du résultat, puisqu’elle révèle les reliefs, les creux et les changements de matière.
Le travail sur les bijoux en micro-mosaïque transpose cette exigence à une échelle réduite. Une boucle d’oreille, une bague, un bracelet ou un pendentif offre moins d’espace pour organiser les fragments, mais chaque détail prend davantage de poids. Les tesselles doivent être proportionnées au support, le dessin doit rester lisible et le bijou doit conserver un équilibre agréable à porter. La micro-mosaïque permet de faire entrer des harmonies de couleurs et de petits reliefs dans un objet du quotidien. Elle demande une grande maîtrise de la coupe, du collage et de la finition, car une variation minime peut modifier la continuité du motif.
Atelier Babylon Mosaic réalise aussi des œuvres d’art et des décors. Un projet décoratif peut concerner un panneau, une surface murale, un sol, un élément d’architecture ou un objet destiné à un intérieur. La composition est alors pensée en fonction de la distance de lecture, de la lumière du lieu et de la relation entre la mosaïque et son environnement. Une œuvre destinée à être observée de près peut multiplier les détails et les matières ; un décor placé dans un espace plus vaste doit organiser ses contrastes pour rester lisible à plusieurs mètres. Le support, la préparation de la surface et la résistance des matériaux doivent accompagner l’intention artistique.
Les thèmes abordés par l’atelier comprennent notamment les décors de sol, l’art religieux, les portraits, les pièces décoratives, les enseignes, les numéros de maison et les blasons. Cette diversité ne signifie pas que les créations suivent une formule unique. Un portrait demande une attention aux transitions de tons et à la direction des lignes ; un décor religieux peut s’appuyer sur une composition symbolique et une frontalité particulière ; une enseigne doit rester lisible tout en s’intégrant à son architecture. Un blason ou un numéro de maison peut utiliser la couleur et le relief pour donner une identité durable à un lieu.
La transmission complète la création. Atelier Babylon Mosaic propose des cours à l’atelier, des stages en ligne et un accompagnement individuel de projet. Les formations s’adressent aux personnes qui souhaitent acquérir les bases de la mosaïque d’art comme à celles qui veulent approfondir des techniques contemporaines, hybrides ou expérimentales. La pratique commence par la compréhension des matériaux, de la coupe et du rapport entre le support et la composition. Elle se poursuit par l’organisation des couleurs, la préparation du dessin, l’orientation des tesselles et la finition. L’accompagnement aide chacun à construire une démarche autonome plutôt qu’à reproduire un modèle sans comprendre les choix qui le rendent cohérent.
L’expérience pédagogique d’Émilie Baudrais s’appuie sur plusieurs années d’enseignement en atelier et à distance. Elle a également travaillé avec des structures culturelles, des établissements scolaires et des organismes de formation. Des résidences et des projets collectifs lui ont permis de faire découvrir la mosaïque à différents publics. Cette transmission met en relation le geste et le regard : couper une tesselle ne suffit pas, il faut savoir pourquoi elle prend telle direction, comment elle dialogue avec ses voisines et quel effet la lumière produit sur l’ensemble. Le participant apprend ainsi à observer la matière autant qu’à la transformer.
Le village de Plassac occupe une place particulière dans cette histoire. Émilie Baudrais y a créé un parcours artistique de mosaïques collectives, développé de 2017 à 2023, qui inscrit la pratique dans l’espace public. La mosaïque quitte alors l’atelier pour dialoguer avec les rues, les façades et l’histoire du village. Un projet collectif de ce type demande de penser la participation, la durabilité des supports, la lisibilité des images et leur relation avec l’architecture existante. Il fait aussi de la mosaïque un outil de rencontre, capable de réunir habitants, visiteurs et participants autour d’une réalisation visible dans leur environnement.
L’atelier-galerie permet de prolonger ce lien avec le public. Les visiteurs peuvent y découvrir des œuvres et comprendre comment les matières, les couleurs et les volumes composent une mosaïque contemporaine. La boutique consacrée aux bijoux en micro-mosaïque montre une autre échelle de création, tandis que les projets sur commande ouvrent la voie à des réalisations adaptées à un lieu ou à une intention. L’échange avec l’artiste aide à préciser le format, l’atmosphère recherchée et la place de la mosaïque dans un décor. Il ne s’agit pas seulement de choisir une couleur, mais de trouver une relation juste entre la matière et l’espace qui l’accueillera.
Le parcours d’Émilie Baudrais comprend aussi des concours et des responsabilités professionnelles. Elle a reçu des prix dans des concours internationaux de mosaïque et a été associée à des jurys consacrés aux métiers d’art. Ces expériences nourrissent une vision exigeante du métier, où l’inventivité ne peut pas se séparer de la qualité de coupe, de la solidité de l’assemblage et de la précision de la finition. Une pièce peut être libre dans sa forme tout en restant rigoureuse dans sa construction. La fantaisie vient alors du dialogue entre les fragments, les reliefs et les couleurs, pas d’un effet ajouté sans relation avec le support.
À Plassac, Émilie Baudrais fait vivre une mosaïque qui regarde à la fois vers les traditions italiennes et vers les recherches contemporaines. La coupe à la marteline, les émaux de Venise, le marbre, le verre, les ors et les matières naturelles servent une écriture fondée sur l’harmonie, la lumière et les volumes. Les œuvres décoratives, les projets architecturaux, les bijoux en micro-mosaïque, les parcours collectifs et les formations composent un ensemble cohérent. Chaque création cherche à donner aux matériaux une place active : la pierre apporte sa densité, le verre sa vibration, l’or son éclat et la coupe son rythme. Cette attention transforme l’assemblage de fragments en une expérience visuelle et tactile, pensée pour durer et pour continuer à se révéler selon la lumière et le mouvement du regard.