À Saint-Ilpize, dans les hauteurs verdoyantes de la Haute-Loire, Yanis Bertaud forge des couteaux artisanaux au sein de L’AmeClovis. Coutelier et forgeron autodidacte, il travaille l’acier, le bois et différentes matières pour créer des pièces pensées autour d’un usage, d’une forme ou d’une histoire personnelle. L’atelier propose des couteaux de cuisine, des modèles de poche, des pièces de collection, des objets forgés et des transformations d’outils anciens. La fabrication est réalisée à la main et chaque commande fait l’objet d’un échange consacré aux dimensions, aux matériaux et aux finitions.
L’entreprise artisanale a été fondée en 2021. Le parcours de Yanis Bertaud s’est construit par la pratique de la forge et par une volonté de développer une vision libre de la coutellerie. L’approche autodidacte lui permet d’explorer des formes qui ne suivent pas nécessairement les conventions d’un modèle de série. Le feu, le marteau et l’acier imposent cependant leur rythme : la matière se réchauffe, se déforme, se refroidit et se révèle par étapes. Le coutelier observe la réaction du métal, rectifie un profil, affine une émouture et vérifie l’équilibre général avant de passer aux finitions.
Un couteau sur mesure commence par la destination. Un couteau de cuisine doit accompagner des gestes répétés de découpe, de tranchage ou d’éminçage. La longueur de lame, le profil du tranchant, le poids et la forme du manche sont alors liés à la main et au plan de travail. Un couteau de poche doit rester transportable, s’ouvrir de manière maîtrisée et offrir un rangement sûr. Une pièce de collection peut privilégier une ligne, une matière rare, une gravure ou une inclusion. La discussion permet de choisir la géométrie, l’acier, l’essence de bois, la texture, la couleur et le niveau de détail qui donneront au couteau sa personnalité.
Le travail de la lame passe par plusieurs opérations. Le coutelier prépare une pièce d’acier, la forge ou la façonne par enlèvement de matière selon le projet. La forme générale est dégrossie, puis les surfaces sont reprises pour obtenir une émouture régulière et un fil cohérent. Le traitement thermique conditionne la dureté et la résilience ; il doit être compatible avec l’acier choisi et avec l’usage envisagé. L’affûtage final révèle le tranchant et demande une progression contrôlée. Une lame bien équilibrée doit couper efficacement, rester agréable en main et pouvoir être entretenue sans difficulté particulière.
Le manche fait partie de l’ergonomie. Le choix d’une essence, sa densité, son veinage et sa résistance à l’humidité influencent la sensation au toucher. L’atelier peut intégrer du bois, des éléments personnels, des pierres semi-précieuses ou des fragments destinés à garder une valeur affective. La résine époxy a été utilisée pour emprisonner certains objets dans une matière transparente ; la démarche cherche désormais à privilégier des matières plus nobles lorsque le projet le permet. Une gravure peut inscrire des initiales, une date, un nom ou un symbole. L’étui sur mesure protège la lame et prolonge la cohérence de l’ensemble.
La restauration et la transformation donnent une nouvelle fonction à des pièces existantes. Un couteau usé, un outil cassé ou un morceau de métal chargé d’histoire peut devenir la matière première d’un objet nouveau. L’intervention commence par l’observation de la pièce, de ses traces d’usage et de ce qui peut être conservé. Le coutelier peut reprendre un tranchant, stabiliser une lame, modifier un manche ou réorganiser les éléments pour créer un couteau différent. Cette démarche ne cherche pas à effacer toute marque du passé : elle conserve la mémoire du matériau tout en lui redonnant une fonction solide et agréable.
L’AmeClovis organise aussi des stages de forge et de travail du bois. Une demi-journée peut être consacrée à un ustensile en bois, comme une spatule ou une cuillère, avec croquis, travail à la hache, ciseaux à bois, ponçage et huilage. Une journée permet de découvrir l’initiation à la forge et de réaliser une petite lame, en choisissant un bois et en poinçonnant ses initiales. Sur deux jours, le participant peut travailler un couteau droit ou pliant, choisir une lame plus ou moins grande et découvrir le guillochage ou le martelage. Les formats plus longs ouvrent la possibilité d’une dague, d’une épée symbolique, d’une incrustation avancée et de finitions détaillées.
La transmission se fait dans un cadre convivial, avec un accompagnement adapté au niveau de chacun. Le participant apprend à préparer son poste, à manipuler les outils, à surveiller la chaleur et à respecter les temps de refroidissement. La sécurité autour du feu et du métal fait partie de l’apprentissage, tout comme la patience nécessaire pour reprendre une surface ou ajuster un assemblage. L’objectif n’est pas de reproduire une pièce identique à celle d’un autre stagiaire, mais de comprendre les gestes et de repartir avec un objet façonné par ses propres décisions. Les modalités pratiques, les matières disponibles et le programme sont définis avant la réservation.
Les commandes peuvent porter sur un couteau professionnel, un objet de poche ou une pièce offerte pour un événement familial. Une personne qui prépare un projet gagnera à décrire l’usage quotidien, la main qui utilisera le couteau, les dimensions souhaitées et les contraintes d’entretien. Les photographies d’un manche apprécié, d’un outil à transformer ou d’une matière personnelle peuvent nourrir la discussion. Le coutelier pourra ensuite préciser les options réalistes, les étapes, le calendrier et les conditions de livraison. Les créations personnalisées demandent un échange préalable, car la forme, l’acier et les inclusions modifient le temps de fabrication.
L’atelier reçoit sur rendez-vous à Saint-Ilpize, entre Brioude et Issoire. Cette rencontre permet de regarder les pièces, de parler du tranchant, de comparer les bois et de comprendre la différence entre une lame forgée et une lame façonnée par enlèvement de matière. L’AmeClovis réunit ainsi coutellerie artisanale, restauration, transformation et transmission. Chaque couteau naît d’un dialogue entre le feu, le métal, la main et l’histoire de la personne qui le portera, avec la recherche d’un objet fonctionnel, durable et singulier.