À Antony, dans les Hauts-de-Seine, Patrick Abat Diaz dirige Mosaïc Concept, un atelier consacré à la mosaïque d’art, à la création et à la transmission. Son parcours de reconversion l’a conduit à suivre une formation professionnelle à l’Atelier d’Art Dzibilnocac de Montreuil, auprès d’Antoine de Crozé, où il a développé sa sensibilité et appris les techniques du métier. Il s’est ensuite spécialisé dans la pose de mosaïques monumentales sur façade et au sol, tout en conservant une pratique de création personnelle. Dans son travail, le marbre, le granit, les roches ornementales, les émaux et les ors de Venise permettent de composer des surfaces où les textures minérales et la lumière dialoguent.
La taille de chaque tesselle constitue un geste à part entière. Une marteline et un tranchet permettent de détacher un morceau de marbre ou d’émail selon une ligne choisie, avec une attention portée à la forme, à l’épaisseur et à l’orientation. Le matériau ne se comporte pas de la même façon selon sa nature : le marbre révèle une texture et une profondeur propres, tandis que les émaux de Venise offrent des couleurs intenses et des reflets changeants. La main ajuste la pièce pour qu’elle trouve sa place dans le dessin, puis l’andamento organise la direction des tesselles et accompagne les volumes ou les mouvements de la composition.
Patrick Abat Diaz aime particulièrement associer les marbres et les ors de Venise. Le contraste entre la matière rocheuse, plus dense, et la lumière des tesselles vitrifiées donne aux œuvres une présence qui évolue selon l’éclairage. Un fragment doré peut souligner une ligne, ouvrir un éclat dans une zone sombre ou faire vibrer un détail. Les marbres apportent pour leur part des nuances, des veines et des surfaces qui ne se répètent pas exactement. L’accord entre ces deux familles de matériaux demande de régler la taille, les écarts et le rythme de pose pour éviter que la lumière ne soit distribuée au hasard.
Les créations de Mosaïc Concept sont guidées par un regard attentif à la beauté et à la vulnérabilité de la nature. Les textures de la pierre, les mouvements d’une végétation, les silhouettes animales ou les jeux de lumière peuvent nourrir une composition. Le sujet n’est pas reproduit comme une image plate : il est traduit par une succession de fragments, de directions et de niveaux. Un fond peut rester calme pour laisser respirer une figure, ou au contraire participer pleinement au rythme de l’ensemble. La mosaïque devient alors un langage de matière, capable de porter une émotion sans perdre la précision de sa construction.
L’atelier réalise des œuvres de dimensions modestes comme des mosaïques monumentales. Une petite composition permet de travailler un motif rapproché, une gamme de couleurs ou une texture avec une grande concentration. Une œuvre destinée à un sol ou à une façade impose d’autres décisions : la résistance du support, la circulation des personnes, l’exposition aux intempéries, la planéité et la sécurité doivent être prises en compte. Le dessin doit rester lisible à la distance de regard prévue, tandis que la pose doit tenir dans un environnement soumis aux usages et aux variations de température.
La mosaïque monumentale sur façade appartient aux compétences particulières développées par Patrick Abat Diaz. Elle demande de comprendre la relation entre l’ouvrage et le bâtiment, de préparer les surfaces et d’organiser la pose de manière à conserver la continuité du motif. Une réalisation au sol répond à des contraintes encore différentes, car les tesselles sont exposées aux pas, au mobilier et au nettoyage. Le choix des matériaux, du liant et du joint accompagne donc l’emplacement. La beauté du décor reste liée à une construction adaptée à la vie du lieu.
Les créations peuvent également prendre place dans des objets et des pièces décoratives. Une coupe en laiton et marbre, rehaussée d’ors de Venise, montre comment la mosaïque peut épouser une forme qui n’est pas un simple panneau. L’objet demande de suivre une courbe, de répartir les tesselles et de penser la manière dont il sera regardé ou manipulé. Le métal apporte une structure et une couleur différentes de celles de la pierre ; l’or de Venise introduit des touches de lumière qui peuvent devenir le fil conducteur de la composition.
La transmission occupe une place réelle dans l’activité de Mosaïc Concept. Patrick Abat Diaz crée et anime des cours et des stages de mosaïque pour adultes, destinés aux personnes qui découvrent la pratique comme à celles qui souhaitent approfondir leur geste. Les participants peuvent apprendre à tailler le marbre à la marteline et au tranchet, à poser des tesselles sur filet et à comprendre les protocoles liés à la réalisation d’une œuvre. Ils abordent aussi la notion d’andamento, qui aide à donner une direction cohérente aux fragments et à renforcer la lecture du motif.
Un débutant peut commencer par une copie d’œuvre ancienne afin de comprendre les bases techniques. Ce travail permet de découvrir le comportement du marbre, la taille, la pose semi-directe sur filet, les niveaux et les règles de préparation. La copie n’empêche pas l’expression personnelle : le choix d’une coupe, la pression exercée sur l’outil, la régularité des fragments et la façon d’orienter les tesselles font apparaître une sensibilité propre. Avec l’expérience, les participants peuvent s’éloigner du modèle et développer un projet plus personnel.
Les cours accueillent aussi des mosaïstes plus avancés. La pratique peut alors porter sur une composition personnelle, un tableau inspiré d’une œuvre, une interprétation de végétation ou une création qui associe marbres et émaux de Venise. L’accompagnement concerne à la fois la technique et la dimension artistique. Le choix du support, la préparation du dessin, la taille des fragments, la pose, le joint et la finition sont examinés pour que le projet garde une cohérence d’ensemble. Le regard du groupe enrichit également la réflexion, car chaque participant apporte une relation différente aux couleurs et aux matières.
Le travail de conception commence par l’observation du sujet et du lieu. Une mosaïque destinée à un mur intérieur ne se pense pas comme une œuvre installée en extérieur ; un sol artistique ne reçoit pas les mêmes matériaux qu’un tableau décoratif ; une pièce en relief demande d’anticiper les ombres et les arêtes. Les dimensions, la distance de regard, la lumière, l’humidité, le passage et l’entretien orientent les choix. Cette approche évite de traiter la mosaïque comme une surface interchangeable et permet de relier le dessin aux conditions réelles de son installation.
Les matériaux offrent une palette de textures et de couleurs qui se construit progressivement. Les marbres et les granits donnent des variations naturelles, avec des grains et des veines propres à chaque pierre. Les émaux et les ors de Venise ajoutent des couleurs plus franches, des transparences et des reflets. Le travertin peut apporter une structure poreuse, tandis que d’autres roches ornementales renforcent l’aspect minéral. Pour les projets contemporains, le choix ne se limite pas à une gamme décorative : il accompagne la lumière, le toucher, l’usage et le caractère architectural du support.
Le montage sur filet permet de préparer une partie de la composition avant sa pose, tout en conservant la relation entre les fragments. Cette méthode peut convenir à certains projets et à certaines surfaces, à condition de respecter les protocoles de collage et de transfert. La pose directe offre une autre manière de travailler, plus proche du support final. Le choix de la technique dépend de la taille de l’œuvre, de sa destination, de la complexité du motif et de la nature du lieu. Patrick Abat Diaz transmet ces différences afin que les élèves comprennent les raisons d’un procédé plutôt que d’appliquer un geste sans le relier au projet.
L’atelier d’Antony accueille les échanges autour de la mosaïque, de la création et de l’apprentissage. Une personne qui souhaite réaliser une première œuvre peut venir avec une idée, un modèle ou simplement l’envie de découvrir la taille des matériaux. Un client qui prépare une fresque, un sol, une façade ou un ouvrage décoratif peut discuter du format, du support et de la gamme de matières. La réalisation se construit ensuite à partir du sujet, de l’emplacement et de la finition recherchée, avec une attention égale portée au dessin et à la solidité de l’ensemble.
Mosaïc Concept relie ainsi plusieurs dimensions du métier de mosaïste. Les marbres, granits, roches ornementales, émaux et ors de Venise sont taillés et assemblés pour des œuvres personnelles, des objets, des tableaux et des projets monumentaux. La formation auprès d’Antoine de Crozé a conduit Patrick Abat Diaz à développer une pratique attentive aux textures, aux rythmes et aux couleurs, tandis que les cours et stages transmettent la marteline, le tranchet, la pose sur filet, l’andamento et la préparation des supports. À Antony, la mosaïque devient une construction patiente où chaque tesselle contribue à la lumière, au mouvement et à la durée de l’œuvre.